Lettre ouverte à une ingénieure

Est reproduite ici, avec son accord, la lettre d’un géologue à une ingénieure sortie de l’X, lettre qui rappelle les quelques principes physiques auxquels une juste gouvernance doit se conformer si l’humanité ne veut pas abréger sa carrière sur le seul astre habitable connu. Le mur des lois de la matière attend les sectateurs de la croissance au tournant.

Bonjour X.

J’espère que, pour Élise et toi, la virée en bateau s’est bien passée et qu’il en a été de même pour votre retour chez vous.

Après que nous nous sommes quittés, le vendredi soir, et alors que je savais très bien que j’avais dû te saouler « sévère » à essayer de t’exposer la vision politique qui n’est jamais – jamais ! – évoquée dans les grandes écoles d’ingénieurs, mon cerveau – petit – est resté plusieurs jours en ébullition : il me venait sans arrêt à l’esprit des choses dont j’avais oublié de te parler alors qu’elles me paraissent pourtant pouvoir et devoir compléter utilement mon « brutal » exposé oral.

Il faut dire que je ne perds aucune occasion d’essayer de faire passer des idées, que je pense être positives, à des personnes comme toi, quelle que soit leur école d’origine, qui ont ou auront, au cours de leur vie, la possibilité de plus ou moins influer sur le déroulement de projets ou le choix de solutions techniques. Cette habitude a-t-elle déjà porté des fruits ? Eh bien, excepté le fait que, peut-être à cause de moi, mes deux nièces ingénieures sont devenues très sensibles à la cause écologique, presque jamais ! Mais je suis tout de même content que deux de mes anciens PDG m’aient souvent dit que j’étais très positif, y compris quand je fais du rentre-dedans ; et je fus étonné, un jour, en voyant que la patronne de la Lyonnaise des eaux prenait des notes alors que je dézinguais le principe de fonctionnement de son secteur d’activité.

Cela dit, compte-tenu de ces résultats insignifiants, vais-je m’arrêter ? Non ! Ainsi cette lettre ! Lettre récapitulative de mon habituel et sempiternel discours ; lettre où tu trouveras des sources d’information et de réflexion que je considère comme étant essentielles. Et ce serait super que tu la transmettes à Élise, qui – la veinarde – a échappé à mes élucubrations (grâce à Michael qui la tenait éloignée de l’autre coté de la table), parce qu’en urbanisme, comme pour tout, il y a beaucoup de choses à améliorer pour assurer un futur à l’Humanité.

Certes, ces sources d’information sont hétérodoxes et, donc, je le répète, peu relayées dans l’enseignement et les médias, mais elles me paraissent plus à même d’aider à percevoir la réalité du Monde.

En effet, le néolibéralisme et la finance actuelle ne font qu’imposer des vérités qui ne sont pas réalités. Ces vérités diffusent dans les inconscients à tous les niveaux de la Société et sont systématiquement argumentées, lorsqu’elles sont contestées, par un simple TINA (le fameux « There is no alternative » de Margaret Thatcher).

Toujours est-il qu’elles font qu’on nous projette dans des mondes dont on ne sait où ils se trouvent mais dont on peut être certains et certaines qu’ils n’existent pas ; à moins, et c’est là la subtilité !, à moins que des législateurs corrompus (pléonasme en cette époque des lobbies-rois) n’aient créé ces mondes par une loi.

Hélas, ou – c’est selon – heureusement, ces mondes de jure ne peuvent durer bien longtemps puisqu’ils se retrouvent très rapidement confrontés, de facto, à la réalité des Lois de la Physique. Car s’il est vrai que, dans un bureau ou une assemblée, on peut tricher et ne pas tenir compte de ces Lois pour prendre des décisions ou faire de la paperasse, sur le Terrain, on ne le peut pas ! Tout simplement parce que les Lois de la Physique sont immuables et qu’elles feront toujours qu’un arbre abattu ne repousse pas en cinq minutes, que des polluants dispersés ne se retrouvent jamais concentrés (ou alors jamais là où il le faudrait), que le pétrole brûlé ne redevient pas du pétrole à brûler…

  • Introduction

Elle va être courte : le point capital, c’est l’énergie !

En effet, avec une certitude réelle et absolue on peut affirmer que rien ne se passe dans l’Univers sans que de l’énergie soit en jeu ; donc il faut de l’énergie « concentrée » ou « de haute qualité », et sûrement pas de l’énergie dégradée (ces qualificatifs pour l’énergie sont purement anthropocentriques), pour qu’existe une économie ; tout comme il faut aussi de cette bonne énergie pour dématérialiser le réel ou pour matérialiser le monde « dématérialisé » de la finance à risques (« Matérialiser la dématérialisation » ? J’ai remarqué qu’il est toujours acrobatique de parler de la finance), c’est-à-dire la finance des produits dérivés, des CDS (« credit default swap », contrats de protection financière), etc., traités au HFT (« high frequency trading », transactions à haute fréquence).

  • Le corpus

Une question pour commencer : peux-tu me donner une définition de l’énergie ? Oui ? Non ? Oui !? J’attends… Tu as le temps…

Allez ! En fait, c’est une blague ! Surtout, ne t’inquiète pas si tu t’es sentie désarçonnée. Normalement, personne ne sait répondre à cette question de prime abord. Mais je me marre. J’aurais aimé voir ta réaction lorsque tu as lu cette question-surprise. Ou plutôt, j’aurais dû penser à te la poser de vive voix. J’aurais peut-être vu sur ton visage un bref instant d’hésitation : « May be, you would have made my day », pour parler familièrement. Mais en fait, j’ai comme un pressentiment que tu aurais su couper court à ma taquinerie en donnant sur-le-champ la définition. Je le pressens parce que tu m’as « épaté-complet » quand, lors de notre conversation, tu en es venue à parler tout naturellement, et fort à propos, d’un système ouvert s’agissant de la Terre. Par là, je sais que tu sais ce qu’est l’énergie et que tu as de bons « restes » en thermodynamique. Oui, tu m’as bien épaté ! Je te suis tombé dessus à froid et tac ! Bonne pensée, bonne réplique, tout de suite ! À moi, il m’a fallu dix ans pour arriver à voir ce que tu as vu instantanément.

Alors, je te l’affirme, même si cela peut paraître maladroit de le faire (je ne fais que réagir une seconde fois à une chose dont tu m’as confié qu’elle t’avait été jetée à la figure à ton entrée à l’X) : ce n’est pas parce que tu es une femme que tu as fait Polytechnique, n’en déplaise aux idiots stratosphériques qui ont osé te dire le contraire, fussent-ils désormais polytechniciens. Non ! Tu as fait l’X parce que, réellement, tu es capable de « voir » vite et bien. Maintenant, les flatteurs – lorsqu’ils écrivent – vivant aux dépens de ceux qui les lisent, en retour je te demande juste de bien vouloir lire ou regarder, au moins un peu de chacune, les références que je te propose. Tu m’as dit que durant tes études tu avais la tête dans le guidon ! Il faut maintenant que tu te « reposes ». Et ce n’est pas seulement, de temps en temps, un séjour en bateau qu’il faut que tu t’accordes. J’ose te le dire : lève la tête au-dessus du guidon ! Il y a tant de choses à voir dans toutes les directions de l’espace ! Tu es de celles et ceux les plus à même de les appréhender avec une vue d’ensemble, pour considérer tout en globalité et en tirer les conclusions qu’il faut. En fait, toute cette lettre, c’est pour te permettre de te reposer. It’s a joke, of course !

Une anecdote pour commencer vraiment : en 1973, il y eu la première crise pétrolière. Tout le monde s’inquiétait du prix de l’essence lors des repas dominicaux. Déjà d’un caractère bileux, j’angoissais à l’idée de ne plus pouvoir user de la bagnole pour aller voir la famille. Lors de chaque plein à la pompe, les tambours de litrage et de prix tournaient, tournaient, à me faire peur (je vois encore le truc !) et j’espérais que mes parents auraient assez d’argent pour payer. C’est bête les garçons, bon sang que c’est bête ! Après un passage dans une station-service, j’ai demandé à mon père d’où venait l’essence : « On la trouve dans la terre, dans certains pays. » Ma réponse fut : « Mais alors, un jour il y en aura plus ! »

La morale : n’importe quel gamin de huit ans et demi à qui on a expliqué que la Terre est « ronde » sait qu’elle a un volume fini, ce que quasiment tous les politiques et financiers de tous les pays n’ont toujours pas réellement compris, du moins au point de savoir en déduire ce qu’il faut.

D’ailleurs, il y a un ou deux ans, on a pu entendre le patron de la Banque française d’investissement (BFI) dire, sur France Inter, sans qu’aucune contradiction ne lui soit apportée, que désormais « la Terre est plate ». Il voulait faire entendre par là que, grâce à la technique, on peut faire tout à l’infini ! Il était convaincu, comme le porteur d’une foi – le néolibéralisme –, et sans nul doute il aura réussi son coup : faire oublier les Lois de la Physique et les avancées en matière de connaissances géographiques et scientifiques à 90 % des auditeurs ; ces auditeurs qui n’entendent que ce qu’ils veulent bien entendre parce que cela les arrange et qui constituent une masse électorale d’une si grande inertie qu’elle rend impossible tout changement salvateur pour l’environnement et l’économie. Bref, c’était une véritable séance d’obscurantisme ! Un truc digne de l’Inquisition !

Alors, pour bien appréhender, prendre conscience et se convaincre, s’il le fallait encore, de la sphéricité de la Planète et de la déplétion pétrolière inéluctable qui commence à découler de cette réalité, je te propose tout d’abord d’écouter une conférence de Jean-Marc Jancovici (JMJ ou Janco pour les intimes, X Télécoms), patron, avec Alain Grandjean (X aussi), du cabinet Carbone 4. Par exemple celle du 21 novembre 2017 à Paris (plus de deux heures d’écoute ; quand même !) :

Il y en a sans doute d’autres disponibles ; il « conférence » souvent.

Janco encore : des étudiants sont allés jusqu’à créer une chaîne YouTube pour mettre en ligne ses exploits de talentueux vulgarisateur. Son titre : « Dormez tranquilles jusqu’en 2100 ».

Dormez tranquilles jusqu’en 2100, c’est aussi le titre d’un bouquin que Jancovici a sorti en 2017.

Sur la date d’une tranquillité qui serait acquise jusqu’en 2100, je trouve que c’est très optimiste ; mais c’est juste une impression personnelle, celle d’un géologue réaliste.

Tu peux aussi aller voir le site de JMJ, Manicore, riche en chiffres et données sur l’énergie.

Et tu peux même, sur ce dernier site, t’amuser à essayer de répondre aux questions du sujet d’examen qu’il a donné dernièrement à ses élèves de Mines-Paris (je viens de le découvrir). La question n° 5 devrait t’intéresser. La n° 4 est passionnante pour un géologue. La n° 8 me parle beaucoup, puisque je dis et écris depuis longtemps qu’il faut faire en sorte que le Joule devienne une sorte de monnaie. Pour cela, il faudrait donner un prix au Joule ; un prix qui ne pourrait que grimper, à monnaie constante, puisque l’énergie disponible sur Terre s’épuise car présente en quantité finie. Nul doute que pareille disposition démultiplierait réellement les efforts pour faire enfin de véritables économies d’énergie dans les processus économiques. En tout cas, dans le prix d’un produit, manufacturé ou pas, il faudrait que la totalité de l’énergie grise le composant soit payée. Ce qui veut dire : y compris celle pour son recyclage complet, voire, s’il y a lieu, celle nécessaire à l’élimination complète des pollutions générées pour sa fabrication ; cela afin que la Collectivité n’ait plus à systématiquement payer seule les inévitables externalités négatives propres à toute production.

Maintenant, il faut quand même dire que Janco à un défaut : il est pro-nucléaire ! C’est vrai ! Mais on peut lui trouver une excuse. Il est « pro-nuc » parce qu’il considère que les Humains sont les Humains et qu’il faut bien partir de la situation actuelle pour aller vers le futur et, donc, que les centrales nucléaires existant, il faut faire avec ! C’est seulement quand il dit qu’il faut en profiter que cela devient critiquable, car cela tient du pari très, très, risqué que de croire en une quelconque fiabilité de ces machineries infernales (trop complexes, trop sensibles, trop instables… et capables de causer des dégâts éternels, à l’échelle humaine, en cas d’accident).

Un autre site intéressant, sur le pétrole : le blog Oil Man de Matthieu Auzanneau, auteur du livre Or noir. Il te rendra compte de l’actuelle situation pétrolière.

Les derniers articles n’annoncent rien de bon. Comme ceux d’avant d’ailleurs. 

Il y a enfin un dernier blog assez valable sur le pétrole, celui de Benoît Thévard, ingénieur des Mines ; très centré sur la résilience vers la fin[1] ; mais de bons articles tout de même.

Deux remarques personnelles maintenant :

1 - Par une analyse de simple naturaliste, on trouve assez vite que pour qu’il y ait croissance (économique) dans notre monde, il faut que chaque jour il soit consommé plus de pétrole que la veille. Il me semble que ce constat est un peu la réponse à la question n° 1 de Janco pour l’exam de Mines-Paris : croissance des factures par croissance de la combustion de pétrole en proportion ; et « inversement »… ? Ou peut-être « en bijection » ? Non ??? Pouuffff ! De toutes les façons, je suis complètement nul en maths ! Peu importe, toi tu sais, et c’est le principal.

2 - Le Monde est en crise constante depuis une dizaine d’années car le flux de pétrole est parvenu à un maxi ; maxi qui a pu se maintenir jusqu’à présent par la seule grâce de l’arrivée sur le marché des gaz de schistes étasuniens (on parle ainsi de « plateau ondulant »). Mais ces derniers commencent à s’essouffler (cf. les derniers articles d’Oil Man, dont je ne peux que valider le contenu en tant que petit géologue). Lorsque la déplétion s’installera pour de bon (pourquoi pas – c’est tout nouveau, ça vient de sortir ! – à cause de quelques destructions d’installations pétrolières en série aux « jeux de drones »), petit à petit des pays entiers vont tomber ; et pas parce que le prix du baril augmentera à crever les plafonds, non ! non ! Ils tomberont parce qu’on ne leur livrera plus de fuel et parce que la très virtuelle loi de l’offre et de la demande aura été remplacée par une loi très réelle : celle de la puissance militaire au service des plus nantis pour du pétrole le moins cher possible, ou du moins à un prix assez stable par rapport à l’inflation et à la variation du cours du dollar.

À ce sujet, un truc rigolo est de regarder l’évolution du coût du baril (158,98 litres) en Smic, entre les années 1970 et aujourd’hui. On trouvait ça sur le blog très amusant Aerobar Films, le blog sérendipesque (qui, je viens de le voir, n’est plus alimenté depuis l’an dernier) sous la forme d’indicateurs insolents mais très parlants à l’aspect de manomètre, dont le « Barrel-O-metter » simple, gradué en dollar, avec trois zones :  « Assez », « Pénurie » et, pour un prix au-dessus de 200 dollars, « Spéculation »[2]. Il y avait aussi la version du « 159 litres » en Smic. Mais comme ce blog n’existe plus, je te renvoie à JMJ, qui nous révèle (le côté rigolo de mon point de vue) qu’en monnaie constante, on paye le pétrole de moins en moins cher.

Tout ceci pour dire que le néolibéralisme est le champion des règles illogiques : une matière première se raréfie, est de plus en plus consommée et, malgré cela, son prix baisse ! Mais l’illogique devient logique pour ce système puisque plus on brûlera du pétrole, plus il y aura de croissance (cf. le point 1 ci-dessus), et qu’il y aura encore plus de croissance si le pétrole voit son prix baisser. Encore un truc finalement vachement acrobatique ! Surtout sur le long terme.

À lire aussi, le blog de François Roddier, astronome-astrophysicien. Une grosse réflexion, en 147 articles, sur la thermodynamique de l’économie. Ses deux bouquins ne doivent pas être mauvais non plus.

Ce monsieur a donné une définition du Troisième principe de la thermodynamique à l’échelle macroscopique : « Les systèmes complexes tendent à maximiser la dissipation de leur énergie. » Ce qui veut dire que plus c’est compliqué, plus ça consomme de l’énergie. Dit autrement, plus une société devient complexe dans sa façon de fonctionner, plus elle a besoin d’énergie « de haute qualité » qu’elle dissipe en chaleur (qui est l’énergie « de basse qualité »), entropie oblige. C’est ainsi que depuis environ 20 ans, je pense que l’ingénierie du futur ne sera que si elle est celle de la simplification. Y arriver serait d’ailleurs un bon moyen de se préserver au mieux des vilains tours que joue toujours la loi de Murphy quand c’est trop compliqué. Voilà pourquoi, du reste, en aéronautique et en astronautique, on fait systématiquement au plus simple : cela permet d’éviter les pannes, à tous les coups très stressantes lorsqu’on se trouve en position de tomber par terre.

Mais pour le problème « thermodynamique et économie », le maître restera le précurseur Nicholas Georgescu-Roegen, dit NGR. Thèse à la Sorbonne, fin de carrière au MIT, il a donné tous les arguments scientifiques nécessaires pour prôner sérieusement la Décroissance, « la seule voie ». Mathématicien roumain, il est à mon sens le théoricien de l’économie le plus important. Avec lui, on ne triche pas : son approche fait que l’économie devient réellement une science dure.

Nicolas Georgescu-Roegen (1906-1994), un des rares économistes dignes de ce nom. Nicolas Georgescu-Roegen (1906-1994), un des rares économistes dignes de ce nom.
Son bouquin[3] The Entropy Law and the Economy Process, sorti en 1971, a réussi à bouleverser un « récompensé » du « Prix de la Banque de Suède en science économique en mémoire d’Alfred Nobel » (Prix qui n’est donc pas un « Prix Nobel » !), néolibéral de son état, qui avoua qu’il ne verrait plus jamais les choses de la même façon (j’ai oublié son nom et c’est bête, car c’est sans doute le moins guignol des guignols). C’est là que je me permets d’évoquer le cas des deux avant-derniers récipiendaires de ce prix (dont la création en 1969 a dû faire se retourner dans sa tombe l’inventeur de la dynamite) : ils sont des champions toutes catégories de guignolerie, crétinerie, sottise, déficience mentale, stupidité, ineptie, imbécillité, inintelligence ; notamment Romer, qui affirme, le plus sérieusement du monde, que dans notre Monde on peut espérer 5 milliards d’années de croissance économique. Mouarf ! Et pourquoi pas 50 milliards tant qu’on y est ? Ou même, grâce à une bonne équation mathématique bien compliquée, qui, assurément, subjuguera le Monde, 500 milliards d’années ?!?

Enfin bref ! Romer est une preuve incarnée que les économistes de l’école de Chicago (presque tous des mecs), dont beaucoup pointent au Mont-Pèlerin et à Bildelberg (cf. plus bas), sont des fous loufoques ; mais qui réussissent, malheureusement, à faire croire aux gogos qu’une science humaine devient tout d’un coup une science dure parce qu’on utilise des mathématiques absconses pour le commun des mortels.

Mais il est vrai que plus c’est gros, plus ça passe. D’ailleurs, un dictateur des années 1930 et 1940 n’a-t-il pas écrit, dans un bouquin dont les feuilles si dégueulassées par ses mots ne pourraient même pas servir de PQ en temps de crise papetière : « Un mensonge colossal porte en lui une force qui éloigne le doute » (« colossal », c’est très germanique).

Là, j’ouvre une parenthèse pour affirmer une évidence : le 21 juin 2019, Macron, avec l’aide du Sénat (qui ne lui est pourtant pas favorable), a réussi à faire passer une loi qui interdit aux journalistes d’aller mettre leur nez dans les opérations financières en cours de préparation. Nuire au BIZ NÈS, NON ! Nuire à la Démocratie, OUI ! Une nette démonstration que Démocratie et néolibéralisme sont antinomiques.

Sinon, de l’anthropologue et ancien « trader » Paul Jorion (qui avait prédit précisément, et plusieurs années avant son déclenchement, la crise des subprimes), je te conseille Argent mode d’emploi chez Fayard. C’est du lourd ! Ce livre est considéré par beaucoup comme ce qui s’est écrit de mieux sur la réalité technique de la monnaie (moi, j’ai eu du mal à suivre, mais je fais confiance à Jorion dans ce domaine, je le connais).

À lire aussi, de Jorion et Grégory Maklès, La Survie de l’espèce, BD très drôle et instructive, chez Futuropolis. Paul Jorion a aussi écrit une vingtaine de bouquins qui valent la peine. À propos de Jorion, toujours, son blog (qui, hélas, est devenu payant, mais pas, heureusement, pour ce qui est des anciens textes) reste une très bonne et divertissante source d’info, avec de nombreux textes de contributeurs d’anthologie. Dès que la prochaine crise financière commencera (vers janvier ou février, pour que des dividendes sur 2019 puissent être engrangés, ce sera toujours ça de pris avant la Bérézina !), il y a fort à parier que son audience remontera au niveau de celle des années 2008 à 2012 : 400 à 600 kilovisites par mois. Sinon, Jorion propose rien de moins que d’interdire la spéculation. Pour lui, la chose serait simple : il suffirait d’abroger la loi de 1885, dite « loi de l’exception de jeu » (cf. les nombreux articles à ce sujet sur son blog). Avec à la clef un Monde nouveau : plus de spéculation, plus de risque et plus de règlementation ! Mais sois sûre que, pour ce qui est de ton cas personnel, tu retrouverais rapidement du boulot (du boulot qui serait d’un autre genre que nos boulots actuels) : le monde a besoin de personnes comme toi, qui savent écouter et penser en conséquence (et ce n’est pas de la flatterie : je l’ai constaté).

Du centralien Philippe Bihouix – que j’ai fait découvrir à un de « mes » anciens PDG, qui, depuis, ne me considère plus du tout comme un rigolo mais plutôt comme un ami (il a changé ses lectures) –, les livres suivants :

- Quel futur pour les métaux ?, EDP, Sciences, 2010.

- L’Âge des low tech, Seuil, « Anthropocène », 2014.

- Le bonheur était pour demain, Seuil, « Anthropocène », 2019, ce dernier livre offrant un regard éclairé sur le passé et le futur.

Gênant pour les partisans de la dématérialisation totale, le bouquin suivant :

Impacts écologiques des technologies de l’information et de la communication – Les faces cachées de l’immatérialisation, Groupe EcoInfo, EDP Sciences, collectif (de quatre hommes et quatre femmes), 224 pages. Dans mes souvenirs, c’est un livre passionnant, très instructif, bien construit, qui se lit très facilement.

Il faut lire aussi Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, Cornelius Castoriadis, André Gorz, tous des grands penseurs et critiques du XXe siècle. Et aussi, plus récents, Juan Branco, François Bégaudeau, Günther Anders et, dans une moindre mesure, Serge Latouche (ce qui fait chier, c’est que ce ne sont que des mecs !). Et pour l’actualité et la critique du système, vise d’un œil le mensuel La Décroissance (pour profiter pleinement de ce journal, il faut un temps d’adaptation ! C’est parfois un peu « violent », quand on le découvre).

Un rapport intéressant, de 1972 : celui du Club de Rome, rédigé par les époux Meadows (Ahhh, enfin une femme !) et une équipe de modélisateurs du MIT. Cette étude est demeurée si juste pour ce qui est de la prévision des variations de cinq paramètres économiques majeurs, pour trois différentes intensités de croissance supposées, que le « Prix du Japon » leur a été décerné en 2009.

Janco parle de ce rapport sur son site Manicore et tu trouveras des versions de mises à jour assez facilement – because tu causes english perfect – qui montrent toujours une assez parfaite superposition des courbes calculées en 1972 et des courbes réelles tracées années après années.

Petit détail : dans le modèle, ça se fini toujours mal ! Quelle que soit l’intensité de croissance prise en compte.

Je t’invite aussi à découvrir, si jamais tu ne la connaissais pas, ce qu’est la Société du Mont-Pèlerin, son rôle dès sa création en 1947 pour détricoter, pas à pas, les accords de Bretton Woods signés en juillet 1944. Ces accords, d’inspiration keynésienne, avaient pour but de faire en sorte que des crises comme celle de 1929, avec guerre mondiale à suivre, ne pussent plus survenir.

Ils ont entravé un temps les ardeurs des financiers mais la victoire du Mont-Pèlerin, qui enrôla, dès 1947, une armée d’économistes aux dents longues dans le but de les détruire, fut patente en 1971, avec l’abandon de la convertibilité du dollar en or et, définitive, avec les arrivées au pouvoir de Thatcher et de Reagan, respectivement en 1979 et 1981.

Et puis aussi, de la même manière, si tu ne le connais pas, regarde ce qu’est le groupe Bildelberg, bien réel mais si secret qu’il attise délires complotistes et fantasmes. C’est en son sein que, sans contrôle des Peuples, se « mélangent » en grand secret, grâce à une protection qui fait passer celle du président US pour l’œuvre d’amateurs, des politiques, financiers, journalistes, diplomates, économistes ou toutes autres personnes qui pourraient apporter des éclairages sur la géopolitique du moment et l’état du Monde ; juste pour que le « monstre » s’adapte au mieux, sans cesse, sans jamais être pris au dépourvu : le côté obscur de la Force ! 

Et puis encore, par curiosité, regarde ce qu’est le Bancor ; bien évidemment si tu ne sais pas déjà ce que c’est. On pourrait en faire une version plus moderne, qui, par exemple, pénaliserait les surconsommations énergétiques, les destructions d’espaces naturels et les pollutions.

Pour finir avec mes suggestions de lectures, ne manque pas la Lettre ouverte à l’humanité, étonnante, de Jérémy Désir-Weber, ancien « quant »[4] chez HSBC.

Quand un humain se révolte contre l’injustice, il faut toujours l’entendre.

Et une autre révolte à peu près du même genre à noter, surprenante : celle de Gilles Laroyenne, conseiller municipal Les Républicains de la ville d’Orange, qui a voulu « savoir », qui a donc beaucoup lu, découvert Jancovici, ce qui finalement l’a conduit à démissionner en septembre dernier de son désormais ancien parti pour promouvoir la Décroissance ; car il ne veut plus mentir à ses concitoyens : « Il faut rendre les gens libres pour pouvoir parler de Décroissance », dit-il.

Question films, deux à voir absolument :

1 - Le film Let’s make money, de 2008, évoque le Mont-Pèlerin et explique très bien le détricotage de Bretton Woods ainsi que la logique du néolibéralisme, par la bouche même de types dont je ne souhaiterais pas qu’ils fussent les ennemis de mes pires ennemis (voir à 15 min 44 s).

2 - Le film Capitalism : A love story, de Michael Moore, hélas produit par ce salaud de Weinstein. C’est du brut de décoffrage, incroyable, percutant. Les dessous de l’Amérique et sa vie réelle. Là où tu vois que les présidents US sont réellement des pantins depuis Reagan, commandés par des banquiers (de Merrill Lynch d’abord, puis de Goldman Sachs – cette banque, « La Firme », a des types introduits partout où il y a le pouvoir, tel Super Mario Draghi) et par des membres du Mont-Pèlerin, comme Milton Friedman, que l’on reconnaît, à un moment du film, avec ses grosses lunettes.

Ici, deux autres remarques personnelles :

1 - Depuis 2008, les financiers n’ont réussi qu’une chose : doubler l’endettement total du Monde (de 130 kilomilliards de dollars à 270 kilomilliards de dollars), et cela malgré le fait que les planches à billets des banques centrales des peuples ont tourné à plein dans la période pour renflouer les banques (l’encre des billets n’était pas sèche que déjà ils étaient dans les coffres des banques !). Pour des gens qui donnent sans cesse des leçons de gestion au Monde entier, faut le faire ! À ce propos : sais-tu – mais je suis certain que oui, bien sûr ! – que les deux plus grosses banques allemandes ne sont pas du tout en forme olympique ? Ce qui montre qu’en finance, on peut paraître sans être vraiment. Faut juste jouer la puissance et savoir jeter discrètement un voile pudique sur les données gênantes de sa comptabilité. Pauvre Grèce ! Écrasée qu’elle a été par la « rigueur » germanique toute relative quand il s’agit de l’Allemagne, et par la roublarde et malhonnête Goldman Sachs – pléonasme. Aussi, j’espère que les compagnies pétrolières du gaz de schistes, qui ont contracté des dettes énormes pour se développer et qui n’ont, jusqu’à présent, jamais atteint le seuil de rentabilité (elles ne le pourront d’ailleurs jamais, cf. Oil man), vont bientôt passer à la caisse ; en vertu de la loi du marché et des bonnes règles comptables qui ne sont imposées systématiquement qu’aux peuples jusqu’à présent.

Et j’espère aussi qu’Elon Musk passera à la caisse de même ! Ce type est le champion toutes catégories des faiseurs de dettes, l’as de l’arnaque aux levées de fonds pour son « hyperloupe » et ses implants d’IA dans les cerveaux, implants qui font bien rigoler les neurologues (le scientisme est une maladie grave mais banale dans les hautes castes en ce début de siècle). Je le sens bien très bientôt passer du statut de « premier de cordée » à celui de nouveau roi de la cavalerie de Ponzi. On parie ? 

2 - Le problème des Nations, c’est que les élites qu’elles forment deviennent aujourd’hui des soldats de la finance mondialisée, inéluctablement, parfois sans même s’en rendre compte, alors qu’avant, dans la seconde moitié du XIXe et durant la première moitié du XXe, ces élites devenaient de Grands Serviteurs de leurs États respectifs. En bref, le pantouflage ne doit plus être toléré.

  • Quelques pistes pour le futur

Au stade où nous sommes arrivés, nous ne pouvons plus continuer avec un système « croissanciste », système adopté dès le Néolithique. Il nous faudrait désormais fonctionner (sans plus perdre de temps) selon les Principes de la Nature, dans ce que j’appellerais une économie écologique, respectant les Lois de la Physique. En fait – et je ne sais sans doute pas m’exprimer correctement –, cela reviendrait à assujettir nos lois – celles régissant nos sociétés – aux Lois de la Physique. Ainsi, une chose, ou une activité, ne serait permise que si elle ne génère pas des conséquences par trop « irréversibles », du point de vue de la Thermodynamique, pour l’ensemble du Vivant. Dès lors, les réserves restantes d’énergies fossiles, biens communs à toute l’Humanité tout comme le sont l’Eau, l’Air, la Terre et tout le Vivant, ne pourraient plus se voir appropriées par quiconque et, équitablement partagées, seraient parcimonieusement réservées à des activités indispensables pour le bien de la Collectivité : Secours, Santé, Instruction, Recherche (pour l’intérêt général de la Biosphère et des Humains) et Agriculture. Cette dernière serait alors à l’opposé de celle actuelle, c’est-à-dire une agriculture basée sur la connaissance des sols, utilisant les milliers de techniques de l’agroécologie et se développant en circuits courts. On sait d’ailleurs bien ce qu’elle pourrait offrir comme résultats[5]. Les industries de la mode et de l’armement seraient abandonnées, elles qui consomment matières et énergie en quantités astronomiques pour des choses à vie courte.

Cette économie écologique serait aussi l’économie de l’économie d’énergie. Dans le bâtiment, par exemple, plus de normes ! Plus de ciment ! Plus de matériaux trop standardisées et coûteux en énergie grise ! L’ingénieur serait roi à tous les niveaux, pour une conception rationnelle, efficace, pérenne, modulable, logique, permettant une « démontabilité » anticipée du bâtiment pour favoriser une récupération future du maximum des éléments et matériaux constitutifs[6], ces derniers, originaires des alentours immédiats du bâtiment, devant être utilisé au mieux en fonction de leurs caractéristiques physiques. Et l’architecte ?!?, me diras-tu. Eh bien il pourrait faire l’agencement des pièces et, éventuellement, donner son avis pour embellir la façade, en choisissant les couleurs naturelles des badigeons de chaux ; sous réserve qu’il ait des notions de thermodynamique tout de même… et du goût bien entendu (ce n’est pas toujours le cas).

Un métier de peu d’utilité, finalement, « architecte » ! Métier qui a servi à tous les dictateurs (un métier de mecs, ça aussi, tiens ! la testostérone étant mauvaise conseillère) au cours de tous les âges depuis l’Antiquité, pour marquer les esprits, asseoir une domination ou faire la guerre.

En fait, l’économie écologique, ce serait une alliance avec la Nature, par exemple grâce à des actions permettant :

- de faire en sorte qu’il ne soit plus nécessaire de chauffer (ou alors vraiment très peu) ou de climatiser (jamais) les habitations ;

- de faire en sorte que la bagnole ne soit plus indispensable ;

- de faire en sorte que les sols redeviennent à la fois nourriciers et puits de carbone (en arrêtant les pesticides qui les tuent et qui tuent aussi les forêts, les fleuves, le plancton et l’ensemble du vivant) ;

- de faire en sorte que des forêts fonctionnelles (à initier peut-être mais à laisser pousser toutes seules ensuite, suivant les dynamiques naturelles, sur de larges surfaces qu’on aura décidé de leur allouer pour s’assurer de leur efficacité dans le ralentissement du réchauffement climatique) restaurent naturellement les « cycles » de l’eau, du carbone, de l’azote et de la silice ; en te rappelant que le cycle n’existe jamais dans l’Univers, tant, par exemple, pour un être vivant (vieillissement) que pour un moteur (usure)[7].

En tout cas, il n’y a nul espoir avec les pesticides, ni avec la bagnole et l’avion partout, ni avec le transport maritime tous azimuts et pas plus avec la géo-ingénierie, que ce soit pour le nettoyage des océans, pour le captage et le stockage artificiel du CO2 que nous émettons ou pour la modification de l’atmosphère afin d’augmenter l’albédo de notre Planète. Pas d’avantage d’espoir non plus avec les biocarburants, « l’hydrogène », « l’électrique » (quoi que ça veut dire ?), l’économie circulaire (toujours l’illusion du cycle éternel !), la géothermie (sauf cas anecdotiques et très ponctuels), les centrales électro-solaires en orbite et encore moins avec l’IA, le transhumanisme ou la colonisation d’autres planètes, cette dernière étant un truc totalement impossible (cf. le paradoxe de Fermi). En fait, ces grands bazars resteront impossibles pour des raisons de disponibilités insuffisantes en matières et énergies concentrées, parce que leur rendement énergétique global est nul, voire négatif et, accessoirement, par le fait d’un cruel manque en cerveaux géniaux et féconds. En effet, combien d’Einstein, homme et femme (elle était très, très forte en math, Madame Einstein !) perdons-nous chaque décennies, dans les pays pauvres et même dans les riches ? Parce que les enfants sont mis en esclavage (c’est rentable) au lieu d’aller à l’école (c’est trop cher), cette dernière étant d’ailleurs partout toujours trop chère d’après l’idéologie néolibérale !

En fait, les meilleures machines thermodynamiques sont et resteront les sols et les océans sains, la zone humide, l’arbre, la forêt, le potager, le vélo, la maison passive[8] et son chauffe-eau solaire.

  • Récréation pour finir

Une version de la Loi de Murphy :

« Tout finit par aller mal, et si ça va bien, c’est que ce n’est pas encore fini. »

J’ai des angoisses à propos des centrales nucléaires depuis toujours !

Une citation de Paul Valéry, artiste et mathématicien :

« Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui est compliqué est inutilisable. »

La phrase de Kenneth E. Boulding à ne pas oublier :

« Ceux qui croient qu’une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini sont soit fous, soit économistes. »

C’est la réalité ! Car il ne faut jamais oublier qu’un pourcentage est une exponentielle.

Du Richard Feynman maintenant :

« Pour qu’une technologie réussisse, la réalité doit prévaloir sur toutes les vérités, car la Nature ne peut être bernée. »

C’est un peu pour ça que le fameux et célébrissime moteur à eau n’existe pas. N’en déplaise à tous les piliers de bar de France. Et à tous ceux, aussi, très vraisemblablement, de tous les autres pays (le coup du « plus c’est gros, plus ça marche ! », ça marche partout et pour tout !).

« Le premier principe est que vous ne devez pas vous duper – et vous êtes la personne la plus facile à duper. »

Douter toujours ! Toujours douter !

Du Feynman encore, mais du « à peu près » :

« Lorsque dans une population, un petit nombre exprime une opinion très différente de celle exprimée par le plus grand nombre, il faut se méfier : le petit nombre a souvent raison. »

Du Chateaubriand

« J’ai […] aidé à conquérir celle de nos libertés qui les vaut toutes : la liberté de la presse. »

Et pour rêver, du William Anders, le Pilote du Module lunaire d’Apollo 8 :

« Nous avons fait tout ce chemin pour étudier la Lune, et tout ce que nous avons fait en réalité, c’est découvrir la Terre. »

Nota : Anders est l’astronaute qui photographia, le 24 décembre 1968, le premier lever de Terre qui fut donné à voir à des Humains. Pour la petite histoire, personne à la NASA n’avait pensé qu’il y avait lieu de faire des photos à ce moment précis et très prévisible de la mission (Lois de la Physique obligeant), si bien que celles qui furent prises le furent sous le coup de l’émerveillement et de la prise de conscience, dans la précipitation et hors procédure (c’était un peu la foire dans le vaisseau !) ; ceci pouvant s’expliquer par le fait que l’évidence est toujours difficile à percevoir, tant nous sommes toujours « la tête dans le guidon » ; « la tête dans le guidon », la meilleure méthode que le Système ait trouvée pour arriver à ce que l’on continue à l’entretenir, indéfiniment, pour son seul bien, aux détriments de nos Vies, de notre Humanité et de Notre Planète.

En fait, tu l’auras remarqué, je ne cite que ce qui m’arrange. Eh bien oui, c’est de bonne guerre. Non ? Cela dit, je reste critique. Par exemple, Feynman n’a pas toujours eu raison ! Dans la retranscription d’un de ses cours que j’ai lu sur une île lointaine, il affirme que pour tous les problèmes qui se présenteront à l’Humanité les ingénieurs trouveront toujours une solution. Devant tant d’assurance, si, d’aventure, on tient compte de tout ce que je viens d’écrire, on peut dire un truc qui ressemble aux titres de deux livres de ce génial bonhomme : « Un peu trop scientiste, parfois, ce Monsieur Feynman ! »

  • Conclusion

Pardon X ! Pardon ! J’ai dû bien te heurter avec mes réflexions et bien plus te saouler que lorsque Michael et moi étions vos invités au Bar du port. En outre, quand tu liras cette conclusion, tu n’auras pas encore vu les films, ni consulté les sources que je t’ai énumérées : il est donc à craindre que cela t’aura agacée rapidement « grave-sévère », alors que,  sans mes commentaires, les sources proposées toutes seules auraient pu te passionner sans que tu fusses contrariée au préalable.

Sois certaine en tout cas qu’il n’y a aucune agressivité envers toi, ni aucune volonté de te faire la leçon ; ni même de te convaincre. Je serais d’ailleurs bien mal placé pour cela, puisque je suis un cancre qui a raté tous ses examens, que j’ai fait un Méga-kilomètre en bagnole en 27 ans pour participer à la destruction de milliers d’hectares de belles, parfois exceptionnelles, terres agricoles et qu’il m’a fallu ces mêmes 27 ans pour réagir vraiment et oser changer de voie. Le hasard au moment de la fin des études, « l’alimentaire »… je sais ce que c’est. Nous sommes toutes et tous dans un gigantesque Lego aux connexions normalisées et il est extrêmement difficile de s’en détacher pour créer ensuite d’autres types de liaisons entre nous et notre environnement. Moi, quand j’ai décidé de fuir le modèle mortifère, je n’ai pu faire « que » murailler. Toi, tu sauras toujours faire ce que tu voudras quand tu le voudras.

Pour tout te dire, afin de garder de l’espoir dans la vie, ma technique est « d’assommer » de constats alarmants et d’idées hétérodoxes les personnes qui, comme toi, ont du « bagage » ; qui sont « l’Élite ». Très mauvaise technique sans doute !?! Certes ! Mais que faire ? Sinon se dire qu’il sortira peut-être quelque chose du fait d’avoir présenté à des « zélites » un autre point de vue que celui académique ; ce point de vue académique qui vous est systématiquement exposé alors que vous avez « la tête dans le guidon » durant toutes vos brillantissimes études ; point de vue académique qui est ensuite celui censé vous guider dans le monde professionnel du système « croissanciste » qui est le nôtre, sans que jamais le doute ne vous soit permis. Les petites causes ont parfois de grands effets : je veux juste te suggérer de regarder derrière le décor.

Dans ma famille, mes nièces ont dû me supporter en grand donneur de leçons. Elles ont la délicatesse de ne pas m’en vouloir. Enfin je crois. En tout cas, il me semble qu’elles essayent, très fort, d’insuffler de l’hétérodoxie dans leurs choix, parfois, dès qu’elles le peuvent, ce qui est une divine récompense pour moi. Voire, elles se révoltent en participant à des actions d’Extinction-Rébellion (laissant loin derrière leur oncle qui n’allait que flâner sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes). Cependant, lorsqu’elles vont jusque-là, elles me donnent beaucoup de soucis : les préfets qui commandent « les bleus » ne sont pas des gens fins. Mon père – le pauvre ! – s’est fadé mes discours pendant plus d’un quart de siècle mais aux dernières élections, il a voté Décroissance… lui ! un ingénieur en aéronautique !?!… et c’est la première fois qu’il m’a révélé pour qui il avait voté… sans doute parce que, pour la première fois, il était content de son vote, qu’il le trouvait logique, compte-tenu de la situation du Monde (c’est du moins ce que je me laisse aller à penser). Toujours est-il qu’il m’a redonné un peu la pêche !

Plein d’amis doivent aussi endurer mon discours depuis des décennies, comme par exemple un de tes filleuls, ainsi que ses parents. D’ailleurs, même si je ne veux y croire, il serait amusant que tu le connaisses. Je lui poserai la question à l’occasion. Et là je me rappelle que tu ne connaissais pas Caroline Aigle (Polytechnicienne, première française pilote de chasse, scientifique, candidate à devenir spationaute), que j’admirais comme j’aurais admiré, dans les années 1930, la Grandissime Hélène Boucher… ou l’Immense Jean Mermoz… à la condition, pour ce qui est de ce dernier, que j’eusse été une femme. Tu peux ici remarquer que je me laisse aller à admirer des gens qui ont brûlé beaucoup de pétrole. Certes ! On a toutes et tous nos contradictions ! Mais remarque aussi que ces gens sont du passé. Aujourd’hui, seule la recherche d’un bon futur me préoccupe.

Bon sang que c’est torture d’avoir la tête dans le guidon ! Alors qu’il est si bon de l’avoir dans la Nature, le ciel et les étoiles… ceci étant le seul avantage que peut procurer le statut de cancre… que je ne souhaite pour autant à personne.

En tout cas, je pense qu’une personne ne peut réussir pleinement sa vie que si elle recherche régulièrement à comprendre la réalité du Monde et si elle parvient, chaque fois que c’est nécessaire, à démasquer les vérités que des « méchants » essayent de lui faire gober. Cela peut être dur à vivre mais c’est vivre que d’essayer d’y parvenir.

Quant à la Démocratie, elle ne peut exister qu’avec le contre-pouvoir que constitue une presse indépendante, exempte de publicité, complètement libre de s’exprimer et de rendre compte (ce qui n’est pas dans l’air du temps, merci Macron !).

Dernière minute (je n’ai point le temps de l’intégrer « savamment » au corpus) :

Un article pour montrer que le néolibéralisme ne crée pas la richesse mais qu’il s’emploie plutôt à bien la pomper dans les caisses des États ; et cela sans compter les principes très spoliateurs de « privatisation des services publics » et de « privatisation des bénéfices-Mutualisation des dettes », ce dernier ayant cours tout le temps, ce qui a notamment permis de sauver les entreprises bancaires transnationales entre 2008 et 2018.

Bon vent X.

Bonjour à Élise.

Que la Force soit avec toi. Qu’elle le soit aussi avec la Terre et ses habitants.

Y.
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[1] Attention à la résilience (au sens politique du terme), qui peut facilement glisser vers le communautarisme et/ou le survivalisme.

[2] Sous-entendu, et je suis d’accord avec ça, le prix du baril ne dépassera jamais les 200 $ en régime de croisière, sinon, c’est la fin des USA et du capitalisme ! Les grands méchants le savent. Le cours de cette matière première est donc truqué ; encore une règle économique à géométrie variable, celle du marché qui fixerait justement le prix juste grâce à fameuse « main invisible » évoquée par le copain d’Ève (Adam Smith) !

[3] Il existe un livre résumant en français le contenu de ce bouquin qui devrait être la « bible » de l’économiste : La Décroissance – Entropie-Écologie-Économie, de Jacques Grinevald et Ivo Rens, Sang de la Terre. Entre parenthèses, ce bouquin, c’est neuf mois de ma vie : trois pour le lire (c’est difficile, il y a des maths !) et six pour me remettre moralement de sa lecture. Et notons aussi que le médiocrissime Jacques Attali n’avait pas jugé bon de publier cette « bible » dans une collection qu’il « dirigeait » dans les années 1970, tout bonnement parce que son auteur ne faisait référence à aucun des ouvrages qu’il avait publiés dans « sa » collection. Ce qui s’explique aisément : comment donc la réalité aurait-elle pu enfin être exposée en faisant référence à des hurluberlus, tous partisans de l’orthodoxie néolibérale ?!?

[4] Un quant est un trader travaillant à la quantification des risques financiers et à l’optimisation et la maximisation des gains financiers par le biais de logiciels de calcul qu’il s’est chargé de créer.

[5] Rapport d’Olivier De Schutter concernant l’agroécologie pour le Droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme à l’ONU.

[6] Récupération et recyclage sont deux choses différentes : la première ne consomme que peu d’énergie, la seconde est un gouffre énergétique et un épouvantable gaspillage de matériaux et de matières ; entropie toujours !

[7] « La matière aussi, la matière aussi ! », disait Georgescu-Roegen, pour signifier que, tout autant que l’est la dégradation de la qualité de l’énergie dans les processus naturels et artificiels, l’usure est aussi une expression de l’Entropie.

[8] Une maison passive implique des habitants actifs. Exit, donc, la domotique dans la maison passive.

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