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Scénariste Belge, Benoît Forget est journaliste et politologue de formation. Il est l'auteur de multiples oeuvres originales. De même, il a (co) scénarisé et pu participer à de multiples projets dans divers domaines. Plusieurs fois primé/soutenu par la SACD.

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Billet de blog 27 décembre 2011

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Liban : la chasse aux oiseaux, une véritable boucherie (3/4)

Au Liban, la chasse est souvent une activité de proximité. Elle se pratique dans le jardin ou les vergers avoisinants. Le chasseur s'installe parfois même confortablement. Seul ou entre amis, on attend... pas trop longtemps en général, le flux des oiseaux de passage étant continu. Reportage de terrain de Benoît Forget

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est le cas de Youssef, la soixantaine finissante, rencontré cet automne non loin du petit village de Anaa (plaine de la Bekaa). Comme à son habitude, il a garé son véhicule dès l'aube le long d'une des allées boisées menant au village. Assis sur sa chaise en plastic de jardin à côté de sa vieille Toyota, il en a aménagé le coffre, laissé ouvert, afin d'agrémenter sa journée de chasse. Sur la gauche : thermos de café chaud, arak, pâte de figue, radio et téléphone ; sur la droite son tableau de chasse, déjà imposant si l'on en juge au fait qu'il n'est que 10H00 du matin : une bonne vingtaine de fauvettes à tête noire mâles et femelles bien rangées côte à côte, une petite dizaine de rouge-queue à front blanc, quelques fauvettes de jardins, deux hirondelles de cheminée, un gobe-mouche gris, un pipit des arbres... « La saison des pinsons est pour bientôt », précise Youssef, pour qui la chasse semble visiblement être une activité menée tout au long de l'année en fonction du flux et du reflux des espèces. Comme beaucoup d'autres chasseurs, Youssef utilise un enregistreur à baffle puissant juché au sommet d'une perche pour attirer les oiseaux. Bien des chasseurs en font usage24h00 sur 24. C'était notamment le cas cet automne aux abords du village de Barouk ainsi que, non loin de là, en contrebas du petit parking de l'entrée de la Chouf Cedar Reserve. La diffusion d'enregistrements en boucle - notamment celui de la caille des blés, particulièrement prisée - à forte intensité toute la nuit est suivie des traditionnelles battues matinales. Les impatients n'hésitent cependant pas à chasser de nuit avec des projecteurs. D'autres disposent aussi de multiples pièges relevés régulièrement.

A certains endroits de chasse jugés stratégiques, telle cette belle colline de la région de Qubayat (province de Akkar, frontière nord avec la Syrie) aux petits champs bordés de haies idéalement orientée nord sud et donnant au loin sur la mer, la quantité de douilles usagées et de boites à cartouches au mètre carré est telle qu'on ne peut pour ainsi dire plus voir la couleur du sol.

Je chasse donc je suis

Si la sécurité semble laissée à l'appréciation de chacun, aucun réel code de conduite ne semble non plus vraiment de mise au Liban. Ainsi, on tire entre les maisons, on n'hésite pas à s'arrêter de manière impromptue en bord de route pour tenter d'abattre un rapace aperçu quelques secondes auparavant...

Il semble qu'il n'y ait non plus pas d'âge pour commencer à pratiquer. Ainsi, on offre parfois son premier fusil à son fils de dix ans, le calibre des projectiles et des armes offertes évoluant avec l'âge du nouvel adepte. Tout cela est considéré comme normal. Certains considèrent même la chasse comme faisant partie intégrante d'un rite de passage de l'enfance à l'âge adulte. Le fils part chasser avec son père, il est fier de porter un fusil et de tirer avec adresse. Au passage, la chasse participe aussi d'une certaine reconnaissance sociale. Et la fierté du port de l'arme à feu n'est que renforcée par l'ampleur du tableau de chasse qu'on se plaît à photographier et à mettre en ligne ou à afficher à la fenêtre de sa voiture.

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