Où l'on chante le "vivre ensemble" tout en pérennisant le "chacun pour soi"

Au delà des slogans, des effets d'annonces et gestes cosmétiques, nos comportements confinent bien souvent au résultat inverse. Ils confirment au passage une dichotomie croissante et tragique entre une minorité de plus en plus fermée et une majorité de plus en plus larguée. Brève humeur de Benoit Forget.

On vit aujourd’hui dans une société où bien des "gens bien" embrassent des idées ou hurlent des slogans magnifiques au nom de convictions proclamées sur le «vivre ensemble»

Mais constatant que l’environnement proche ne correspond pas à leurs attentes n’hésitent pas, dans la minute, à se dédire de ces belles envolées pour faire l’inverse.

De Paris à Bruxelles, les milieux réputés "éduqués", "ouverts" et 100% bio en sont pleins à craquer.

Ainsi, l’on met donc, me dit-on, ses enfants dans les écoles de l’élite «parce qu’on n’a pas le choix» .

Au passage, on déresponsabilise d’un revers de main mais l’on fait évidemment bien pire:

• l’on pérennise une culture de l’élitisme,

• l’on stigmatise en creux – sans parfois même en avoir conscience : que c’est bon l’entre soi ! - la bêtise d’une majorité de plus en plus définitivement abandonnée.

• l’on participe de l’élargissement d’un gouffre socio-économique et culturel que l’on dit par ailleurs vouloir combler : la pauvreté, l’exclusion, l'ignorance.

Et l’on feint pudiquement d’oublier, qu’au-delà des exceptions qui confirment la règle, les «meilleures écoles» font effectivement les «meilleures élèves» qui auront les «meilleurs jobs» pour les «meilleurs salaires».

L’école est censée être un moteur d’intégration, d’ascension sociale et de construction d’un modèle de citoyenneté responsable.

Nos comportements – au quotidien - confinent au résultat inverse : une dichotomie croissante, ultrarapide (!), tragique et définitive entre une minorité de plus en plus fermée et une majorité de plus en plus larguée.

Et nous en portons une part importante de responsabilité. Que cela nous plaise ou non.

Au final, d’aucuns tenteront de se donner bonne conscience en versant de l’argent ou en posant un geste pour une association.

Dans un paradoxe comportemental absolu qui s’ignorerait presque.

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