Mon référendum d’autodétermination à moi

Ici Nouméa, ville du désaccord, élue capitale de la décolonisation française de 2018. Ayé on y est, l’année du référendum d'autodétermination. Celle qui fait tant bouillir dans les chaumières, cristallisant toutes les peurs les plus Historiques du pays… Eh la bande, on a les projecteurs de la Frônce entière braqués sur la gueule. S’agirait de montrer l’exemple !

Nouméa, ton univers impitoyable

Ah Nouméa… Naître à Nouméa, dans ses quartiers Sud plus précisément. Vous voyez la série Beverly Hills ? Ben c’est un peu pareil. A Nouméa, tout le monde il est beau il est blanc. Les corps sont jeunes, minces, fuselés, le teint hâlé à faire pâlir les plus grandes stars du showbiz. Les sourires sont étincelants de vitalité, exposant intégralement un alignement de dents aussi blanches qu’une pub Hollywood chewing gum. Nouméa, un monde parfait où la perfection frise la copie conforme. À 30 ans, si t’es pas marié.e-des-gosses-une-maison-à-crédit-sur-30-ans, ben t’as raté ta vie. Le bon vieux schéma traditionnel quoi. Et comme qui se ressemble s’assemble, à la fin le capitaine finit avec la chef des pompom girls.

Parce qu’à Nouméa, tout le monde il est riche. Ou du moins, tout le monde essaie d’en avoir l’air. Ah les signes extérieurs de richesse. Oh un smartphone, une belle voiture, des vêtements de marque… Même les vacances se ressemblent. Elle te vend du rêve, la Golcôsse avec ses buildings et ses bodybuilders. Ici on compare, on en profite pour pester contre notre manque de « modernité ». Oh le superbe aéroport de Tontouta aux allures internationales… Tout cet argent flambant aussi vite qu’un incendie de voiturettes, qu’on aurait pu utiliser pour faire autre chose comme, j’sais pas moi, réduire les inégalités socioéconomiques par exemple.

Mais à Nouméa-les-nouzaut’, on est trop occupés à se chercher. On se dit « Calédonien mais », on voulait être Américains, on veut « rester dans la France » même si on ne se lasse pas d’accuser le zoreil de nous voler notre travail et nos femmes. Nous voilà bien avancés. Alors ben en attendant de dialoguer vraiment, on se charrie sur nos différences. En attendant, on reste chacun chez soi, bien autocentrés.

Autocentrés ? Non rien à voir avec les automobiles.

Le féminisme, cette arme de déconstruction massive

A ce stade de l’article, tu te demandes : Nan mais attends, qu’est-ce qu’elle raconte la Bitch Crew ?! C’est quoi le rapport entre décolonisation et féminisme ? Eh bien, l’objectif est commun : se libérer de la domination.

Parce qu’au fond, ce sont toujours les mêmes – les bien-pensants, les bien-portants, les mâles dominants[1] – qu’on entend ouvrir leur grande gueule sur les ondes et les réseaux sociaux. Ils brandissent fièrement leur « opinion » tellement ils ont l’habitude de monopoliser la parole sans réfléchir aux conséquences de leurs propos. Dommage, ça leur ferait du bien (et surtout au reste de l’humanité) de fermer un peu leur bouche, arrêter de troller et écouter les concerné.e.s – se décentrer quoi.

En 2017, un tsunami féministe sans précédent a déferlé sur la toile, #Balancetonporc, libérant la parole de millions de femmes dans le monde entier.

Et ici en Calédonie ? Nan rien. Pourtant, la même année, selon le rapport du CESE « Combattre les violences faites aux femmes dans les outre-mer », une femme sur quatre en Calédonie a subi une agression physique ou sexuelle au moins une fois dans sa vie. Et une jeune fille sur huit qui atteint l’âge de quinze ans a été victime d’attouchements sexuels, de tentative de viol ou de viol[2].

Et là, tu vois toujours pas le rapport ?

« Sois pas sale, t’es pas seul », de l’indécence des discours sur les violences faites aux femmes

Ah ces « salauds » qui font du mal aux filles… Un bien grand mot pour trois fois rien. Comme s’il y avait d’un côté les « salauds », de l’autre les « gentils ». Les « bons » et les « méchants », comme dans un bon vieux western. Bien entendu, à ce jour on n’a pas encore observé un homme dans son milieu naturel s’auto-qualifier de « salaud ». En revanche, des voix s’élèvent toujours à l’unisson pour rappeler que « Les hommes ne sont pas tous comme ça ».

D’ailleurs, ils les exècrent ces « salauds » qu’il faudrait émasculer et jeter au cachot selon eux… Et surtout n’en parlons plus, n’essayons pas d’analyser comment l’humanité est partie en vrille à ce point. Enfin presque. On n’y coupera malheureusement pas au gerbant « En même temps, qu’est-ce qu’elle faisait aussi dehors toute seule à cette heure-là ? ». Y a toujours un.e abruti.e pour poser cette question débile… Pourquoi elle est allée courir seule, pourquoi elle ne s’est pas débattue, pourquoi elle a bu, pourquoi elle s’habille comme ça. Les bien-pensants n’auraient pas fait ceci cela, EUX. C’est vrai que c’est tout à fait « normal » de restreindre sa liberté parce que d’autres ne la respectent pas. C’est tellement plus rassurant de croire que ça n’arrive qu’aux autres, d’être au mauvais endroit au mauvais moment – et du mauvais genre.

Bref, les « salauds » n’ont qu’à bien se tenir. Bien vite l’opprobre sera jeté sur les femmes, qui passeront en un temps record du statut de « brebis égarée » à « elle l’a bien cherché ». V’là que c’est devenu la faute aux femmes, de s’être crues libres.

Mais si si, ils sont « gentils »[3] hein, vous vous souvenez. Ils sont pour la paix dans le monde. Même qu’ils donnent des pièces au Téléthon pour Miss France (ah on me dit dans l’oreillette que ça n’a rien à voir, ça passe juste à la TV le même soir…).

Le plan, tu respecteras (ou pas)

Les hommes ne sont pas tous comme ça, heureusement. Nous n’avons jamais dit le contraire. Alors pourquoi c’est tout le temps à nous qu’on le rabâche ? Pourquoi ce n’est pas à l’agresseur qu’on lui dit que C’EST PAS ÇA, être un homme ? Peut-être parce que c’est justement comme ça qu’on éduque les garçons[4]. On leur apprend qu’il faut être conquérant, se battre, ne jamais douter d’eux-mêmes, ne jamais faiblir, ne jamais pleurer. On ne leur apprend pas à prendre le temps de se remettre en question et considérer l’autre dans toute sa légitimité. Ceux qui le font, c’est entièrement leur choix et c’est tout à leur honneur.

Être féministe, c’est aussi se battre pour ceux-là. Parce qu’il existe des laboratoires du destin commun qui prennent vie ici et là dans le pays, heureusement. Dans des endroits insoupçonnés, des échanges d’apparence anodine, de tous âges, de toutes les couleurs et de tous les genres… se sentir exister. Peut-être simplement par cette attention pour l’autre, un bonjour au voisin, un merci à la caissière, un coucou à l’automobiliste, une main tendue dans un rire partagé.

Alors purée Mousline… les gens ! Pourquoi on écoute encore les dominants ? Le monde se porterait mieux si on s’écoutait davantage les uns les autres.

Va falloir vous y mettre aussi les gars, au féminisme. On peut pas tout porter non plus.

Pis c’est meilleur pour la santé[5].

Alors haut les cœurs.

Haut et fort.

2018, année de la suite.
 

 

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