La peste, le choléra, le Covid

«Que papi et mamie n'aillent pas chercher les enfants à l'école». Par ces mots, M. Castex condamne d'un revers de la main toute une partie de la population. Tu sais, ce qui ont déjà l'impression ne plus servir à rien, d'être sur le côté de la société.

Ce billet pour te dire que je m'inquiète sévère pour ma mère. Et par la même pour tous les grands-parents, de plus de 60 ans. A la retraite, socialement parlant. Ceux qui, après avoir fait mai 68, se retrouvent privés de liberté, d'enjeu, d'objectif, de contact humain. Ceux à qui on préconise de rester confinés, et de ne pas aller chercher les petits-enfants à l'école. Et puis aussi il faudrait que tu évites de les voir. Tu comprends, tu risques de mourir, ou de faire gonfler le nombre de lits occupés en réa. 

Mais alors quelle fin de vie on leur donne? Et quel but à atteindre? Ma mère a été au foyer. Sa vie, comme pour beaucoup, ce sont les gosses : les mener, aller les chercher à l'école, jouer, transmettre, cuisiner… Elle fait partie d'une association d'aide aux devoirs, et elle se régale. Ma mère, elle a quatre petites filles, et elle les adore. Je ne dirai pas qu'elle ne vit que pour elle, mais presque. Je ne sais pas encore quel est la nature de ce lien, puisque je ne suis que mère pour l'instant, mais je sais qu'il est essentiel, de part et d'autre des âges. Je sais également que sans ce lien, elle risque gros également. 

Aujourd'hui, j'ai annoncé à ma mère qu'elle ne viendra pas chercher mes filles à l'école, ni ne les mènera, et ce pour une durée indéterminée. Aujourd'hui, j'ai dit à ma mère qu'il ne fallait pas qu'elle chope la covid, tu comprends, tu pourrais y rester, et surtout papa, lui il a 2% de chance de s'en sortir si jamais. Aujourd'hui, j'ai pris conscience que j'enlevai à ma mère ce qui fait que tu as envie de vieillir. 

Du coup, on fait comment? Parce que je sais, j'en ai même conscience depuis le début, que les dommages psychologiques inhérents au confinement sont en train de nous exploser en pleine poire. Et je prédis également que ma mère n'y survivra pas, si elle est privée de son essentiel. Elle déprime déjà, si tu veux tout savoir. Et je ne sais pas quoi faire. 

En résumé, pour nos aînés, le choix du risque à prendre est acide, dur, sombre. Il est même impossible. Tu dois choisir entre mourir de la covid et mourir de chagrin. C'est pas le Choix de Sophie, je sais bien. Mais ça n'est pas non plus annonciateur d'un futur serein. Sans oublier la responsabilité lourde des parents qui n'ont d'autre option que celle de solliciter leurs propres parents. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.