Deux poids, un fossé (parole de covidée)

Enquête. Cas contacts. Isolement. Précaution. Autant de mots qui ont du sens, quand tu en perds deux soudainement. Sauf que, dans la réalité amère des gens ordinaires, on fait moins de chichis. Je crois qu'ils sont dépassés.

Et là je suis colère. Et j’aimerais qu’on arrête l’hypocrisie. Qu’on stoppe net l’arnaque des cas contacts, les soi-disant enquêtes pour savoir comment, où, qui. Qu'on cesse de nous parler de mise à l'isolement par précaution. Il n'y a rien de tout ça, en fait, pour les ordinaires. Sûrement parce qu'il n'y a plus aucun contrôle de la pandémie. Mais qu'on nous le dise. En toute honnêteté. 

J’ai été testée positive vendredi dernier. J’avais un petit rhume depuis trois semaines, comme tous les mois de rentrée, les mois de septembre. Et soudain, comme une claque dans la gueule : plus de goût ni d’odorat. Puis la fièvre. La grosse crève. La panique, aussi, d'avoir cru que c’était la “crève de septembre”, comme je l’appelle depuis quelques années.

Lorsque le diagnostic est tombé, on m’a appelé. On m’a posé des questions. Impossible de savoir l’origine de la contamination. Tu comprends, je suis psychologue de l’Éducation Nationale, je vais dans 15 écoles, je côtoie des centaines de personnes par semaine. Je fais des réunions avec des enseignants, des observations en classe, je mène des entretiens. Je bouge tous les jours, plusieurs fois par jour. Je suis un putain de vecteur. Et surtout, je l’ai choppé malgré le masque et le lavage des mains.

J’ai également des enfants, qui, au delà d’aller à l’école, ont des activités extra-scolaires. Des grands-parents. Des interactions. Ah, et puis aussi, j’ai des amis, que je vois, et d’ailleurs je suis allée au resto avec eux il y a une semaine. Ah ben c’est peut-être aussi là que vous l’avez choppé, Madame. Oui. Et donc vous voulez le nom des personnes avec qui j’étais? Non, pas la peine, vous leur direz... En résumé, et en discutant, je me rends compte de l’ampleur du bordel. Autant de possibilités se dessinent et forment comme une pieuvre à deux cents tentacules. Et puis on raccroche. On me met en arrêt, certes. Je t’ai dit, je ne fais pas partie des asymptomatiques. Bref, ça n’est pas le propos.

Le propos, c’est l’information qu’on nous vend, comme pour nous rassurer, assurer un semblant de maîtrise avec un protocole. Je vais l’écrire en majuscules, que tu comprennes bien.

ON NE M’A CONSIDÉRÉ AUCUN CAS CONTACT.

On n’a pris aucun nom, aucun numéro. Rien sur la centaine de personnes que j’ai croisées la semaine durant. En lieu clos. En déjeuner. J’étais masquée, oui, mais je l’ai bien attrapé quelque part ce virus de merde. Et je l’ai peut-être refilé, aussi. Alors quand je vois aux informations des gens mis à l’isolement par précaution, parce que considérés comme des cas contacts, je suis colère. Sans goût ni odeur, mais avec une couleur. Rouge écarlate.

 

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