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Billet de blog 25 juillet 2019

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REPENSER L’ÉCONOMIE POLITIQUE DE LA SANTÉ

Le débat s’engage – un peu tardivement il est vrai – sur la question du déremboursement des médicaments homéopathiques par la Sécurité sociale. Cette décision a été prise par le président de la République et la ministre de la Santé sur la proposition de la Haute autorité de santé, sans qu’aucun débat public n’ait été réellement engagé.

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La Haute autorité de santé

C’est donc sur la proposition de la Haute autorité de santé que la décision a été prise par le président de la République et la ministre de la Santé. En-dehors même du fait que cette décision ait ainsi été prise sans qu’un débat ait eu lieu dans l’espace public – qu’il s’agisse des médias, du Parlement ou des associations comme les associations d’usagers ou de consommateurs qui structurent le débat public, il importe de s’interroger sur ce qu’est cette Haute autorité et sur sa composition. S’il aurait été judicieux et même, sans doute, nécessaire, qu’une autorité soit instituée dans le domaine de la santé pour qu’une régulation des activités de santé soit pleinement organisée, une composition pleinement politique aurait été nécessaire. Or on peut remarquer que sur la vingtaine de membres qui composent cette instance, seuls deux non médecins y siègent comme représentants d’associations. La Haute autorité de santé ne comporte ainsi aucun représentant des mutuelles ou de la Sécurité sociale, ce qui réduit sa représentativité à celle d’une représentativité des professions médicales. Alors qu’une telle instance aurait été nécessaire pour structurer un véritable débat public sur un sujet aussi important que celui de la santé, sur un sujet touchant l’ensemble de la population, l’État a préféré organiser la régulation de l’activité médicale en petit comité, dans le monde restreint des spécialistes. Or, pour qu’une politique de la santé soit réellement régulée, il faudrait que soit instituée une instance comportant des représentants des mutuelles et des usagers, mais aussi des personnes compétentes dans le domaine du débat public comme des chercheurs en science politique, en anthropologie, en économie politique, et des représentants des syndicats et des associations d’usagers. Ce serait la seule façon pour qu’une telle institution soit réellement crédible et pour que ses avis engagent l’ensemble des partenaires et des acteurs du domaine de la santé, pour que la santé ne soit pas réduite à une technique, à une affaire de spécialistes.

 Que représente l’homéopathie dans l’économie de la santé ?

Sans doute n’est-ce pas un hasard si c’est sur la question du remboursement ou du déremboursement de l’homéopathie que le débat s’engage sur la Haute autorité de santé. En effet, l’homéopathie est une approche de la médecine qui, justement, ne se réduit pas à une technique, raison, d’ailleurs, pour laquelle le coût des médicaments homéopathiques est réduit. L’homéopathie constitue, ainsi, une approche de la médecine qui se tient à distance des logiques orthodoxes, reconnues, considérées comme légitimes. C’est même probablement pour cette raison que l’homéopathie fait l’objet de critiques virulentes dans le domaine de la médecine et de la santé. On peut même aller plus loin et supposer que, précisément, c’est parce qu’elle ne coûte pas aussi cher que la médecine traditionnelle que l’homéopathie est décriée et remise en cause. La logique économique de la santé dans laquelle nous vivons associe, comme dans l’ensemble des domaines de l’économie libérale, le sérieux et la légitimité au coût. Plus c’est cher, plus c’est sérieux. Quand un traitement n’est pas assez cher, c’est sans doute qu’il n’est pas assez sérieux pour être reconnu et validé.

 Qu’est-ce qu’une économie politique de la santé ?

On se trouve, ainsi, à l’occasion de ce débat sur l’homéopathie, en quelque sorte contraint de définir ce que devrait être une économie politique de la santé – un peu à la manière dont Marx entendait fonder une économie politique en sortant l’économie de la technique et de la fonctionnalité pour penser la signification politiquede l’économie. On peut proposer une définition en trois termes de cette économie politique de la santé. D’abord, il s’agit de ne pas soumettre une telle économie au marché et à ses acteurs – en l’occurrence les industriels du médicament. Par ailleurs, il s’agit de ne pas seulement penser la médecine comme un ensemble de techniques, mais aussi comme une culture, comme un ensemble de représentations, de discours, de pratiques sociales. Enfin, il s’agit d’inscrire l’économie de la santé dans le champ du débat public sur la santé pour qu’elle ne soit pas réduite à une affaire de spécialistes, mais pour qu’y participe l’ensemble de la population, toute entière concernée par la santé et la médecine.

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