IHU : pourquoi Macron doit déjuger Agnès Buzyn

Il y a quelques semaines, le Canard Enchainé révélait que le ministère de la santé avait porté un bien mauvais coup à la recherche médicale française, en portant un coup d’arrêt au système des IHU, ces instituts hospitalo-universitaires qui faisaient jusqu’alors consensus.

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Alors que la communauté internationale est en train de s’interroger sur une posture aussi suicidaire, la France est devenue la risée des autorités scientifiques mondiales lorsqu’un article de la revue Nature (la plus respectée) a épinglé cette décision incompréhensible.

Ou plutôt, trop compréhensible, si l’on en croit le Canard Enchainé, le Monde et Marianne, qui mettent tous trois en cause un potentiel conflit d’intérêt, puisque la mise sous tutelle des IHU était un souhait de longue date du Président de l’INSERM, Yves Lévy, qui s’avère être le mari de Mme Buzyn. Celle-ci s’était engagée à ne jamais trancher de sujets en rapport avec son mari : c’est fait !

Mais au-delà de cette dimension politicienne, qui fera une tâche sur la moralité du mandat d’Emmanuel Macron si la décision devait se confirmer, c’est un enjeu plus grave qui mériterait d’être pris en compte.

On le sait, le Président Macron est un ardent et sincère défenseur de l’innovation, et du rôle que le secteur privé doit jouer, aux côtés de l’Etat, pour développer les filières qui feront, demain, les emplois et la richesse français. Par leur format institutionnel novateur (libéré des carcans de l’administration), les IHU ont montré leur capacité à attirer en France des capitaux, des chercheurs internationaux, et à générer des résultats tangibles. 183 brevets et 28 start-up ont été créées : bref, un laboratoire vivant (et couronné de succès) des idées du Président Macron !

En venant au secours des IHU, le bénéfice politique pour E. Macron serait triple. D’une part, il enverrait un message d’engagement sur le chantier de la moralisation, en montrant son indépendance par rapport aux intérêts divers. D’autre part, il enlèverait une belle épine du pied à Edouard Philippe, obligé de monter au créneau sur ce dossier, qui va coller aux basques de l’exécutif pendant longtemps (et rencontre déjà un écho dans ce qui va s’avérer un jour ou l’autre la « crise des vaccins obligatoires »). Enfin, il démontrerait qu’il croit réellement en ses idées « shumpeteriennes » et dans le rôle que doit jouer l’innovation dans un pays comme la France.

Il en va de l’avenir de la recherche médicale avancée en France.

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