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La réduction des risques est une notion venue des pays anglo-saxons (« harm reduction »), qui se traduit par une stratégie privilégiant des politiques publiques axées sur le contrôle et la limitation des dangers plutôt que l’interdiction. Avec en tête une approche pragmatique et concrète. L’idée sous-jacente étant que l’interdiction complète ou l’abstinence totale ne sont pas réalistes (pour des raisons d’accoutumance ou de liberté publiques par exemple), le rôle des autorités de santé est d’orienter les individus vers des solutions préférables, bien que non idéales.
Réduction des risques contre tolérance zéro. Le débat entre principes et efficacité fait rage depuis des années au sein de la communauté médicale. Un débat qui remonte à la question du « safe sex » dans l’Amérique puritaine des années 80, confrontées au Sida, et qui a notamment pris de l’ampleur ces derniers mois avec les expériences de « salles de shoot », à Paris notamment, qui visent à encadrer les toxicomanes et à limiter les risques pour la santé des consommateurs de drogue.
La lutte contre le tabac est également concernée par la problématique de « harm reduction ». Certains pays européens comme l’Angleterre ont décidé de faire basculer leurs campagnes anti-tabac sur la voie de la réduction des risques. Les autorités sanitaires britanniques font donc le choix, par exemple, d’accompagner les fumeurs vers des substituts à la nocivité moindre (notamment les dispositifs électroniques), sans nier leurs inconvénients potentiels, mais dans une pure démarche comparative…
Et cette tendance de santé publique basée sur le pragmatisme progresse, comme s’en félicite Jacques Fradin, qui définit ainsi les politiques de réduction des risques : « La recherche de toute alternative, une troisième voie permettant la réduction de risques de par des innovations scientifiques et techniques mais aussi par de nouveaux usages et comportements. »
Une définition qui élargit le terme et mène la réflexion vers d’autres thématiques, comme celle de l’environnement, qui se trouve pourtant être un sujet qui concerne aussi la santé.
« La réduction des risques doit être envisagée dans sa dimension individuelle et collective et doit constituer le socle de toute future politique environnementale ambitieuse, de santé et plus généralement du développement durable », explique le chercheur.
En effet, si l’on suit son raisonnement, il ne faut pas se contenter d’appliquer une vision de reduction des risques à la santé publique, mais bien ouvrir ce concept à toute politique publique, notamment en matière d’environnement.