Facebook et Google organisateurs (de la visibilité) de la presse

À l'heure où les GAFAM organisent un environnement technologique tellement massif qu' "incontournable" en termes de visibilité, la question du droit à la liberté d'expression est-elle encore pertinente ?

Je viens de lire attentivement ce billet de l’Observatoire Européen du Journalisme, publié hier  :
j’y vois la main mise de Facebook sur la presse en deux points :
- sa soumission dite volontaire puis sa dépendance au système qui lui a demandé de fortes adaptations et lui a fourni un potentiel de lecture
- sa dépendance totale ensuite à une hégémonie de format et de « page rank » c’est-à-dire à l’algorithmique secrète
qui fait que tel ou tel site se retrouve propulsé par les logiciels en début des réponses aux requêtes, … ou aux oubliettes, en dixième, millième page, jamais visible.
C’est ce que Google vient de décider d’ailleurs aussi dans ce second billet.

Exprimez-vous donc tous, petits et grands journaux, les GAFAM organisent votre visibilité … ou non : l’empêchent… et/ou la réduisent (moyennant finances mais, si vous les intéressez) :
en droit, cela s’appelle de l’escroquerie ou du chantage.
Ici, cela est présenté comme de la soumission volontaire, dans la mesure où la fragilité financière d’un média l’amène à se rendre dépendant d’un monopole international qui lui vante l’audience qu’il aurait en lui « faisant confiance. »
De toute façon, les pays ne se battent que dès lors qu’ils y trouvent un avantage… ou, plus béatement, quand ils parviennent à comprendre que leur propre gouvernance leur échappe.
Mais par ces biais non-historiques, cela passe sous les radars… d’autant que leur grenouille ne sent toujours pas l'eau chauffer.

C’était pourtant déjà anticipé par Hollywood, dans Le Roi de la Jungle, souvenons-nous de ce cher Kââ :
il n’y a plus qu’àâ … tenter, environner, cerner, ferrer ! … puis relâcher, habituer le client (-roi !)
en le contraignant ainsi à ne plus pouvoir se passer du système, car, pour s'y adapter, il lui a fallu s’investir beaucoup humainement, et cher …

Cela pourrait aussi s’appeler de l’addiction, si elle n’était pas suggérée et imposée !
Ce qui change à 180° le sens du mot “thérapeutique” économique :
le seigneur prétendu soigneur s’avère alors être le seigneur saigneur.

Mais qui s’en soucie ? Le droit et la lutte contre les monopoles sont aux abonnés absents…pas adaptés car toujours en retard par rapport à ces nouveaux modèles disruptifs.
(qui cassent des modèles historiques pour se les approprier, par le vecteur, donc, d’une guerre technologique
à l’écart de toute constitution de valeurs sociales et sociétales, et fondamentalement opposée à toute transmission générationnelle).

Les politiques paraissent frappés de surdité couplée à de la cécité, voire de mutisme… pour raison apparente (et opportune) de chômage potentiel,coincés par une opinion publique qui n’en voit que les effets consécutifs (elle-même peinant à comprendre que chaque individu est ignoré fondamentalement dans le fait qu’il est un humain, réduit qu’il est à la part catégorisée que lui concèdent les modèles techno-économiques, tout comme chaque petit cube d’atmosphère l'est dans un modèle météorologique) et par une presse sous emprise industrielle qui auto-censure toute analyse distanciée : l’industrie a besoin de la stabilité d’un pouvoir politique, et ne peut se permettre de concourir à la lucidité critique de ses administrés, pourtant toujours flattés d’être citoyens.

Donc, Chut ! se disent de nombreux médias : Soyons soumis avec quelques radis en poche.

Pendant ce temps, le futur président des US se prépare méthodiquement :
18 janvier 2017
http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2017/01/18/32001-20170118ARTFIG00135-mark-zuckerberg-veut-il-devenir-president-des-etats-unis.php
30 novembre 2017
https://fr.sputniknews.com/presse/201711301034108469-mark-zuckerberg-president-usa/

Bonne lecture
Joyeuses fêtes… et bonne gueule de bois !

« Aiiie confiance » © Alain Bonneau « Aiiie confiance » © Alain Bonneau

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