La Turquie emprisonne Amnesty International et se rend au G20

Alors que le président Erdogan participe au G20 après avoir incarcéré à la volée plus de 40 000 personnes dont de nombreux journalistes, la position de la France doit faire barrage à la poursuite de ce déni des Droits Humains qu'il a poursuivi ce mois-ci avec l'arrestation du président et de la directrice d'Amnesty en Turquie. Le président Macron s'y est engagé dès le 7 mai.

« Le 16 mai, le président turc avait rencontré son homologue américain Trump à Washington. Des manifestants s’étaient réunis à cette occasion devant l’ambassade de Turquie. Mais à l’arrivée d’Erdogan, des gardes du corps du président turc ont commencé à en frapper certains, et 9 d’entre eux ont dû être hospitalisés. Un mois plus tard, Washington a émis 12 mandats d’arrêt contre des gardes du corps de M. Erdogan. » in Granfacho/blog Mediapart et L'Express

« Le 6 juin 2017, le président d’Amnesty International Turquie, Taner Kiliç, a été arrêté à Izmir avec 22 autres avocats, accusés d’appartenir au mouvement de Fethullah Gülen. Il a été inculpé trois jours plus tard et il est actuellement dans l’attente de son procès, alors qu’aucune preuve ne le relie, lui comme des milliers d’autres, aux accusations dont ils font l’objet, … » Amnesty International France information annoncée également par le journal turc Milliyet

« Le 5 juillet 2017, Idil Eser, directrice d'Amnesty International Turquie, a été arrêtée en même temps que sept autres défenseurs des droits humains et deux formateurs lors d'un séminaire sur la sécurité numérique et la gestion des données à Büyükada, au sud d'Istanbul » information confirmée également par ce même journal turc Milliyet.

Le journal russe Sputniknews.com reprend dans son article qu' «  Un rapport d'Amnesty International sur les violations des droits de l'homme en 2016 indique qu'après la tentative de coup d'État «des dizaines de milliers de personnes ont été écrouées, l'activité de centaines d'ONG a été suspendue, de nombreux médias ont été fermés et les opérations militaires se sont poursuivies dans les régions à majorité kurde». »

Le rapport d'Amnesty précise les faits commis par la Turquie :

« Turquie 2016/2017

À la suite d’une tentative de coup d’État, le gouvernement s’est engagé dans une campagne de répression massive visant les fonctionnaires et la société civile. Les personnes accusées d’être liées au mouvement Fethullah Gülen en ont été la principale cible. Plus de 40 000 personnes ont été placées en détention provisoire en l’espace de six mois d’état d’urgence. Des éléments ont mis en évidence que des détenus avaient été torturés après la tentative de coup d’État. Près de 9 000 fonctionnaires ont été limogés ; plusieurs centaines de médias et d’ONG ont été fermés ; des journalistes, des militants et des parlementaires ont été arrêtés. Cette année encore, les forces de sécurité ont commis en toute impunité des violations des droits humains, en particulier dans le sud-est de la Turquie, à population majoritairement kurde, où les habitants des villes ont été soumis à un couvre-feu en vigueur jour et nuit. Près d’un demi-million de personnes ont été déplacées dans le pays. L’Union européenne (UE) et la Turquie ont conclu un accord visant à empêcher l’arrivée dans l’UE de migrants en situation irrégulière. Cet accord a entraîné le renvoi de plusieurs centaines de réfugiés et de demandeurs d’asile, et l’UE a modéré ses critiques portant sur le bilan de la Turquie en matière de droits humains.  »

Alors que Le President Recep Tayyip Erdoğan est attendu au G20, « Le ministère des Affaires étrangères allemand a informé Ankara que les gardes du corps du président Erdogan impliqués dans des violences contre des manifestants pro-kurdes à Washington, étaient personæ non gratæ en Allemagne pour le prochain G20, d'après le journal Die Welt. » et « Le social-démocrate Martin Schulz, principal rival de la chancelière Merkel aux législatives du 24 septembre, s'est lui aussi dit opposé à la tenue d'un meeting de M. Erdogan. « Des responsables politiques étrangers qui chez eux foulent au pied nos valeurs ne doivent pas être autorisés à obtenir une tribune pour leurs discours haineux en Allemagne. Je ne veux pas que M. Erdogan, qui en Turquie met en prison les opposants et les journalistes, organise de grandes manifestations en Allemagne », a déclaré l'ancien président du Parlement européen » RFI

Alors qu'Amnesty International déclare par la bouche de Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International  :

« Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que d'éminents défenseurs turcs des droits humains, parmi lesquels se trouve la directrice d'Amnesty International Turquie, ont été arrêtés sans aucune raison. Le placement en détention au secret de ces défenseurs des droits humains qui participaient à un séminaire des plus banals, constitue un abus de pouvoir grotesque et montre bien que la situation des militants des droits humains dans le pays est difficile. Idil Eser et les personnes qui ont été arrêtées en même temps qu'elle doivent être remises en liberté immédiatement et sans condition.

« Les dirigeants de la planète actuellement réunis à Berlin ont été remarquablement tolérants à l'égard de la dégradation de la situation des droits humains en Turquie. Compte tenu de la présence à leurs côtés actuellement du président Erdoğan, le moment est particulièrement propice pour tenir un discours de fermeté et demander la libération de tous les défenseurs des droits humains actuellement détenus. »

Le mois dernier, « Le président Emmanuel Macron a[vait] demandé samedi [3 juin 2017] à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le retour en France «le plus vite possible» du photojournaliste français Mathias Depardon détenu en Turquie, a[vait] affirmé l’Elysée à l’AFP. » Libération

Il est à espérer que le Président Français se positionne à nouveau de façon très ferme contre ces arrestations arbitraires, qui contreviennent frontalement aux principes européens et français des Droits Humains. Le 7 mai, durant l'entre-deux tours, il avait ainsi tracé sa perspective éthico-politique :

« Je regrette très profondément le chemin que la Turquie est en train de prendre et je le désapprouve. [Il avait assuré que] la France protègerait "les démocrates dans tous les pays" s'il parvenait à l'Elysée, car "le rôle de la France, c'est évidemment de tenir son rang et la vision qu'elle porte de l'Europe et de ses valeurs.» LaLibreBelgique

Pour l'inciter à concrétiser fortement cet engagement,  je vous invite à signer les trois pétitions qu'Amnesty International France met en ligne ici :

• pour Taner Kiliç :  https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/petitions/petition-pour-le-president-damnesty-turquie

• pour Idil Eser :   https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/petitions/liberte-pour-la-directrice-damnesty-turquie-et-9-autres-personnes

• pour les journalistes turcs :   https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/petitions/liberte-pour-les-journalistes-turcs

 

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