3ème Salon Off Road Pyrénées à Bagnères de Bigorre : climato-scepticisme officiel ?

alors que le GIEC a décrit les scénarios de réchauffement de la planète, et que chaque État (sauf exception) se sent obligé par la réalité climatique de limiter sa contribution à l’effet de serre global, les institutions publiques semblent prôner l’irresponsabilité d’un climato-scepticisme affiché.

3° Salon OFF-ROAD Pyrénées, activités de PLEINE NATURE © activemaville.fr 3° Salon OFF-ROAD Pyrénées, activités de PLEINE NATURE © activemaville.fr

 

 

« C’est officiel le 3ème Salon OFF ROAD PYRENÉES sera à BAGNÈRES DE BIGORRE du 27 au 29 septembre 2019. Une rencontre avec les différents acteurs du secteur (CCHB, élus et l’hôtel Carré Py) afin de déterminer le meilleur endroit pour lancer le salon. Le choix s’est tourné sur le Carré Py, endroit prestigieux, accessible et spacieux. Les deux premiers salons se sont déroulés à Tournay avec jusqu’à 3000 visiteurs et environ une quarantaine d’exposants, l’objectif de 2019 est de doubler ces chiffres. » peut-on lire dans l’article de activemaville.fr 1

 

Le paradoxe avec l’actualité brûlante est criant :

alors que le GIEC a décrit les scénarios de réchauffement de la planète, et que chaque État (sauf exception) se sent obligé par la réalité climatique de limiter sa contribution à l’effet de serre global, les institutions publiques – Communauté de Communes de Haute Bigorre et mairies de Bagnères de Bigorre, Beaudéan, Asté et Gerde semblent prôner l’irresponsabilité d’un climato-scepticisme affiché.

 

Théorisé pour la première fois par Paul Josef Crutzen, docteur en météorologie et prix Nobel de Chimie en 1995, l’ Anthropocène  signifie étymologiquement « l’Âge de l’Homme ». Dans la chronologie de la géologie, ce serait une nouvelle ère ayant débuté lors de la Révolution industrielle de 1850 dans laquelle les activités humaines ont eu un impact global décisif sur le devenir de l'écosystème terrestre. Ce documentaire diffusé par France 5 détaille le sujet. 2

Le tout dernier rapport de France Stratégie — institution rattachée au Premier ministre dénommée aussi Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) — prône un certain nombre de mesures pour enclencher une baisse notable des émissions de gaz à effet de serre : 3

Comment faire enfin baisser les émissions de CO2 des voitures

Les objectifs européens

« Alors que les émissions de CO2 des voitures neuves sont reparties à la hausse depuis deux ans avec la hausse de celle des SUV 4, les constructeurs automobiles parviendront-ils à atteindre le seuil fixé par l’Union Européenne face à l’urgence climatique de 95 g/km d’ici 2021 ? Et la baisse supplémentaire de 37,5 % d’ici 2030 ? 

Les faits

La seule baisse significative des émissions réelles de CO2 des voitures neuves — 6 grammes de moins en 2009 — correspond à un pic des ventes de petites voitures conco- mitant à une chute des ventes de SUV.»

«Le poids intervient dans trois des quatre résistances à l’avancement d’une voiture : la traînée de roulement, l’énergie potentielle (dans les montées) et l’inertie (lors des accélérations). Que la voiture soit à propulsion thermique ou électrique, il convient donc avant tout de minimiser son poids pour minimiser sa consommation énergétique. »

Les premières décisions politiques

« certains États membres comme la France ont encouragé la vente de voitures plus légères. »

Les effets du marketing

« L’engouement depuis 2010 pour les SUV, qui représentaient au début des années 2000 moins de 5 % des ventes de voitures neuves, ne montre pour l’instant aucun signe de ralentissement, avec plus d’1 voiture neuve sur 3 immatriculées en Europe en 2018. »

Les propositions du rapport

« En s’inspirant de la Norvège, l’Union européenne pourrait instaurer un bonus-malus indexé sur le poids qui permettrait à une voiture de 900 kg comme la Smart ForTwo de bénéficier d’un bonus de 1 500 euros à l’achat, tandis qu’une Audi Q7 devrait s’acquitter d’un malus de 17 500 euros. En France, cette somme viendrait en sus du malus CO2 plafonné à 10 500 euros pour toute voiture émettant plus de 190 grammes de CO2/km. »

«[Ce] bonus-malus contribuerait à dissuader les ménages d’acheter des voitures toujours plus grosses et plus lourdes. D’autant qu’ils les utilisent le plus souvent en « autosolistes » : 90 % des allers-retours domicile-travail en France sont effectués avec une seule personne à bord »

Les conclusions du rapport

«Si on veut réduire fortement les émissions de CO2 des voitures particulières, il est essentiel de réorienter le marché vers des voitures plus légères et moins émettrices.

Ces mesures devront être mises en place au niveau européen afin d’en maximiser l’impact environnemental. De cette manière, le secteur du transport pourra enfin contribuer positivement à l’atteinte des objectifs ambitieux de l’accord de Paris, après avoir été le mauvais élève du protocole de Kyoto. »

Les prémisses d’une législation contraignante

«la Commission européenne a prévu de s’appuyer sur des données agrégées de la flotte des voitures neuves, qui seront équipées de « boîtes noires » pour mesurer leur consommation réelle de carburant à partir de 2021. »

On comprend sans peine la panique qui envahit les directions marketing et commercial des transporteurs, face à cette pénalisation de leur secteur, d’autant que chaque pays (et la France est favorable à la mesure) pourra légiférer singulièrement sur son territoire.

Mais les institutions publiques, situées de surcroît en zone de montagne, sensible et fragilisée avant les autres régions, doivent-elles marcher à contre-courant de l’effort collectif ?

Nous, agriculteurs, éleveurs, forestiers, apiculteurs... de par nos conditions de vie et de travail en montagne, sommes placés aux avant-postes pour mener cette réflexion sur l'utilisation des 4x4. Nous pouvons, et devons faire l'économie d'un phénomène de mode comme celui des SUV, car nous sommes confrontés à un problème beaucoup plus profond :

• Comment maintenir une dynamique de vie (habitat, travail) en milieu montagnard tout en baissant nos émissions carbonées ? Ce salon du 4x4 pourrait constituer un espace-temps de réflexion sur cette question !

• Quelles sont les possibilités d'allègement des véhicules ? (Souvenons-nous des Lada et des Méharis 4x4 qui marchaient très bien !). Or, les premiers 4x4 hybrides arrivent sur le marché : quel est le gain réel en diminution de pollution ?

« Une automobile hybride électrique est un véhicule automobile faisant appel à deux types d'énergie embarqués pour se mouvoir, dont l'un est de nature électrique (électrochimique ou électrostatique).» 5

Selon Patrick Coroller, Directeur national Air et Transport de l'AdEME,

« les solutions hybrides ne sont pas pertinentes et ne soutiennent pas la comparaison par rapport aux dernières générations de véhicules purement électriques utilisant des batteries à haute capacité de stockage. » 6

La Fondation Nicolas Hulot apporte, treize ans après, des réponses beaucoup plus nuancées quant à cette part électrique de l'hybridation… car le climat est une affaire sphérique, mondiale :

« On a mené une étude d’impact environnemental des véhicules électriques sur plusieurs indicateurs, explique Marie Chéron, responsable mobilité FNH :

[Même si son] « impact en termes d’émission de gaz à effet de serre est trois fois inférieur à celui d’une voiture thermique essence, un véhicule électrique n’est pas forcément plus écologique qu’un véhicule essence ou diesel, tout simplement parce que la fabrication du véhicule pèse beaucoup plus :

Les véhicules électriques sont un peu plus lourds et surtout on a une batterie à l’intérieur qui mobilise des matières premières de manière importante, dont l’extraction, la transformation et ensuite la production des cellules émet un certain nombre de polluants. Et c’est largement critiqué, parce que cette fabrication se fait majoritairement dans les pays en développement.

Par conséquent, le gain qu’on a à l’usage (quand on roule) pour dépolluer nos villes, se fait quelque part au détriment de la pollution de l’air, des écosystèmes, de l’eau, dans les pays en développement. » 7

 

Il nous faut cependant distinguer l'aspect loisirs de l'aspect professionnel : parfois, avec des terrains très pentus ou enneigés, glacés chaque hiver, des solutions à quatre roues motrices s'imposent pour les professionnels de la montagne… faute de mieux pour le moment.

Mais si l'ambition de nos politiques est de transformer le milieu montagnard en terrain de loisirs motorisés et qu'ils délaissent la réflexion sur l'aspect professionnel, on est dans l'irresponsabilité la plus totale ! Nous refusons d’être associés à une politique molle climaticide et écocide, qui pourrait être assimilée à un climato-scepticisme de fait.

Et en terme de loisirs, la préservation du milieu local fragile impose de façon urgente de légiférer sur toutes les pratiques : chasse, pêche, quad, motos, accès aux sentiers de randonnées, ski ...et donc 4x4, SUV, etc. Nous attendons donc des éclaircissements de la part des élus sur ce sujet impactant.

 

Gilets Jaunes de BdB et Collectif de Luttes du Haut-Adour

* * *

1https://activemaville.fr/blog134/431/dans-les-coulisses-du-3eme-salon-off-road-pyrenees.html

2https://docuclimat.com/2016/12/15/documentaire-six-degres-changeraient-le-monde/

3https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-na78-2019-emissions-voitures-meilhan-20juin-bat.pdf

4« Un SUV (abréviation de l'anglais sport utility vehicle) est un véhicule de loisirs bicorps, pouvant posséder certaines capacités de roulage hors route ou de remorquage. Au début du XXIe siècle, ce type de véhicule est très prisé aux États-Unis, et devient de plus en plus répandu en Europe. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Sport_utility_vehicle

5https://fr.wikipedia.org/wiki/Automobile_hybride_%C3%A9lectrique#Familles_de_v%C3%A9hicules_hybrides

6 (allocution Dijon 4 mai 2006 - journée EDF) https://fracademic.com/dic.nsf/frwiki/158314

7https://youtu.be/gwzXgt8eDVM?t=503 Véhicule électrique : un remède pire que le mal ? Actu-Environnement Published on Jun 17, 2019

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