Manifeste Alterniba et publication du GIEC

Rendez-vous des possibles, ces trois derniers jours concentrent à la fois la pensée des scientifiques précisant de façon urgente l’enclenchement d’un processus climatique funeste et l’action coordonnée des générations outrées, décideuses d’une prise en main de notre propre sort.

Ce matin, 8 octobre 2018, les gouvernements des 195 pays qui composent le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) viennent d’approuver la publication du rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire supérieur à 1,5 °C (par rapport aux niveaux préindustriels), ainsi que les profils d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Le GIEC a étendu la portée de ce rapport aux défis du changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté.

Ce rapport spécial servira de base scientifique pour la COP24 de décembre 2018 à Katowice en Pologne afin de faire le point sur les efforts planétaires réalisés à ce jour et d’inviter les pays à augmenter leurs engagements d’ici à 2020.

Points clés

• Les activités humaines ont déjà provoqué un réchauffement climatique de 1 à 1,2 °C au-dessus des niveaux préindustriels.

• La température moyenne augmente actuellement de 0,2 à 0,3 °C par décennie en raison des émissions passées et actuelles.

• A ce rythme, le réchauffement dépassera 1,5 °C entre 2030 et 2052.

⤷ La hausse des températures estimée d’ici à 2100 pourrait être de 5,5°, si rien n’est fait pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Pour les scientifiques, une telle hausse aurait des conséquences catastrophiques sur l’environnement. Pour rappel, la dernière extinction des espèces s’est produite avec une hausse de 6° C.

• La réalisation des engagements actuels dans le cadre de l’Accord de Paris ne suffira pas à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Des efforts supplémentaires en matière d’adaptation seront nécessaires.

Les modèles prévoient de fortes différences climatiques régionales, entre les conditions actuelles et un réchauffement de 1,5 °C, et entre 1,5 °C et 2 °C.

Les conséquences

Ces différences se manifestent par l’augmentation de la température moyenne dans la majorité des pays, par des chaleurs extrêmes et des précipitations intenses dans la plupart des régions habitées et par des risques de sécheresse chronique dans certaines régions.

Certains impacts peuvent être de longue durée, voire irréversibles et entraîner la perte de certains écosystèmes.

Les impacts sur la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l'approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique vont augmenter par rapport à aujourd’hui dans le cas d’un réchauffement de 1,5 °C, et plus encore dans le cas d’un réchauffement de 2 °C.

* * * *

Les 6 et 7 octobre à Bayonne ont concentré les énergies humaines solidaires qui se déploient depuis 2013 et même avant autour d’ALTERNATIBA, pour que la démocratie, véritable, s’organise au-delà des faux-semblants, où les consultations populaires périodiques (Traité de Lisbonne en 2015) mais aussi du Parlement (2018) sont remisées tacitement et de façon systémique :

Dernière en date,la décision prise par Emmanuel Macron le 21 septembre 2017 : le CETA (accord de libre-échange UE-Canada) « mis en œuvre de façon provisoire » n’est en rien modifié par les réticences et inquiétudes de la Commission Sénatoriale d’Évaluation du CETA qui a remis au gouvernement le rapport d’experts “Schubert” le 8 septembre 2018, l’étudiant sous l’angle de l’environnement et de la santé.

La journaliste et députée Clémentine Autain atteste que M. Moscovici repousse tout débat public sur le sujet à une date postérieure aux élections européennes de 2019 !

Le message porté par ALTERNATIBA est double :

à la fois précis, technique, engagé (mais non-violent), solidaire mondialement et politique (non politicien)

et simultanément positif et salvateur, portant les aspirations d’une mobilisation citoyenne.

 

Je me fais donc l’écho de cet engagement des nouvelles générations, main dans la main de leurs aînés et dans la non-violence, pour exiger désormais des gouvernements et des élus de toute obédience

- qu’ils se mobilisent immédiatement pour mettre en œuvre et augmenter puissamment les engagements non contraignants et largement insuffisants de la COP21 et planifient la “transition énergétique” rendue obligatoire par le dérèglement climatique en cours

- et qu’ils rendent, légitimement, des comptes aux citoyens, très mobilisés pour le bien commun et les valeurs solidaires incontournables, notamment avec les peuples tenus de migrer du fait des impacts climatiques extrêmes en cours.

Voici donc ce réquisitoire réaliste et prospectif, exigeant et décidé, que Gaby et Moriba ont porté devant les 15 000 personnes venues de toute la France pour se concerter à Bayonne.

 

MANIFESTE

Le temps de l’espoir et de l’action”

Alternatiba Bayonne - 7 octobre 2018

Gaby et Moriba © Alternatiba Gaby et Moriba © Alternatiba

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manifeste “Le temps de l’espoir et de l’action

Alternatiba Bayonne le 7 octobre 2018

 

Lu par Gaby, 16 ans, lycéenne, vivant à Poitiers et Moriba, 16 ans, migrant guinéen hébergé à Bayonne.

Je m’appelle Gaby, j’ai seize ans et je viens de Poitiers, en France. Il y a quelques mois, le Tour Alternatiba passait dans ma région.

Je m’appelle Moriba, j’ai seize ans et je viens de Conakry, en Guinée. Il y a quelques mois, j’ai traversé la Méditerranée sur un canot gonflable, avec quatre autres jeunes. Nous avons failli nous noyer mais nous avons été secourus par un bateau de sauvetage maritime.

Aujourd’hui, nos trajectoires se croisent, alors que nous sommes au carrefour de l’avenir de l’humanité.

Nous sommes unis par un même défi qui concerne tous les êtres vivants sur la planète : le dérèglement du climat.

Le dérèglement du climat

Nous pourrions le répéter 7 milliards de fois puisqu’il concerne chacune et chacun d’entre nous.

Aujourd’hui, avec seulement 1,1°C de réchauffement global, le monde a déjà beaucoup changé. Les pays du Nord sont de plus en plus affectés par les conséquences du dérèglement climatique. Et les pays du Sud les subissent de plein fouet depuis plusieurs années. Ils en sont pourtant si peu responsables, quelle injustice !

Depuis plus de 40 ans, les scientifiques ont multiplié les cris d’alarme.

Depuis que nous sommes nés, il y a eu le sommet de Copenhague et la COP21 à Paris.


Mais rien n’a changé concrètement. Les émissions de gaz à effet de serre à l’origine du dérèglement climatique continuent à augmenter. Le pétrole, le gaz et le charbon particulièrement responsables de ces émissions destructrices sont toujours brûlés massivement. Le système économique actuel, capitaliste et productiviste réchauffe la Terre. Les lobbies et la finance dictent leur loi.

En continuant sur cette voie, nous fonçons vers un réchauffement d’au moins 3°C, vers un monde livré à des évènements climatiques extrêmes, aux conséquences immenses, à des changements si rapides et si profonds qu’il sera difficile voire impossible de s’y adapter. Un monde de pénuries au coût humain tragique, où les inégalités, la faim, la soif, la misère exploseront comme jamais.

Un monde de conflits et de guerres incessantes pour l’accès aux ressources ou pour contenir les centaines de millions de personnes fuyant les régions entières où la vie sera devenue impossible. Un monde sans saveur, sans beauté, où la biodiversité se sera effondrée. Un monde où les mots paix, démocratie et liberté tomberont dans l’oubli. Un monde fossilisé.

Depuis plus de 40 ans, nos dirigeants se sont montrés ignorants et inefficaces face à cette menace sans précédent pesant sur l’humanité et sur la vie. Nous n’avons plus le temps de les attendre.

Nous n’acceptons pas d’être condamnés à un monde de + 3°C. Les scientifiques nous le disent : on peut encore rester en dessous de 1,5°C si nous changeons le système, maintenant ! Alors faisons-le !

Ça vous parait impossible ?

Mais nous devons tenter l’impossible, pour éviter l’impensable. Chaque dixième de degré supplémentaire a des impacts tragiques pour des millions d’êtres humains et nous approche des seuils de rupture et de basculement, aux conséquences dramatiques. 


C’est notre avenir, ce sont nos vies, c’est la beauté du monde, qui sont aujourd’hui directement menacés par votre inaction, vos choix criminels, mesdames et messieurs les dirigeants.

Nous nous opposerons, et nous nous interposerons, de manière non-violente et déterminée, jusqu’à la désobéissance civile, face à toute politique, à tout projet, à toute mesure, à toute activité contribuant à augmenter les gaz à effet de serre, et donc à déstabiliser le climat. Nous avons un devoir de tolérance zéro face à tout ce qui menace les conditions de vie dignes dans ce monde, et dans celui où nous vivrons quand nous serons adultes.

Nous devons agir collectivement, massivement et immédiatement.

Les petits pas ne sont plus à la hauteur. Chaque jour est important. Chaque action aussi.

* * * *

 

Il y a 5 ans, ici même, sur cette place à Bayonne, un appel à multiplier les Alternatiba, ces Villages des alternatives au changement climatique a été lancé et a résonné jusqu’à Haïti, la Réunion ou Dakar. 175 Alternatiba ont ainsi vu le jour, touchant des centaines de milliers de personnes différentes. Nous avions onze ans à l’époque.

À notre tour aujourd’hui de lancer un Appel

au nom des mille cent cinquante (1 150) bénévoles qui ont organisé cet Alternatiba 2018.

Nous devons enclencher nous-mêmes le changement massif et immédiat indispensable. Nous pouvons le faire dès maintenant, dans nos quartiers, nos communes et nos territoires.

Nous voulons vivre, rêver et pas seulement survivre. Entraînons ceux qui animent nos villes et nos régions vers une autre voie. Disons-le clairement à nos élus locaux : agissons maintenant ! Soyons tous cohérents avec l’alerte rouge des scientifiques.

Les petits pas n’empêcheront pas le monde de devenir une étuve. Quelques pistes cyclables, un peu de bio à la cantine, un peu de déchets triés : c’est nécessaire mais cela ne suffit pas à préserver notre avenir.

Nous voulons des gestes forts, des changements radicaux tout de suite.

Nous aurons l’âge de voter en 2020 et demanderons alors des comptes sur ce qui aura été fait ou pas d’ici là pour nous garantir un monde vivable et désirable.

* * * *

Mais nous aussi nous devons agir !

Rassemblons-nous pour enclencher une véritable métamorphose sociale et écologique de nos territoires. Impulsons, renforçons, coordonnons nos coopératives de transition sociale et écologique, nos circuits courts de consommation, nos fonds locaux d’épargne solidaire, nos monnaies locales, nos médias indépendants, nos syndicats et associations d’entraide et de solidarité, nos recycleries, nos chambres d’agriculture alternatives, nos systèmes de production d’énergie renouvelable.

Tissons partout, dans chaque territoire, notre propre écosystème, capable de se défendre et de nous protéger face à des projets climaticides, extractivistes, consuméristes, face à un monde hors sol et délocalisé.

Et en même temps construisons l’alternative, la justice sociale, la sobriété conviviale, les souverainetés alimentaires et énergétiques, la solidarité et le refus de toutes les exclusions ou discriminations…

Ces projets nous rassemblent et nous enthousiasment. Ils donnent sens à nos existences.

 

Reprenons possession des conditions de nos vies, et mettons immédiatement en oeuvre les mesures qui permettent d’amorcer une véritable bifurcation sur nos territoires : ces mesures(*), nous savons qu’elles existent déjà et nous avons pu les voir pendant tout ce week-end dans ce Village des alternatives :

elles concernent tous les secteurs de la transition, de l’agriculture à l’aménagement, en passant par la mobilité douce, le partage des richesses et du travail, les énergies renouvelables et les bâtiments.

 

Les leviers d’actions pour nous et nos élus existent, à toutes les échelles … mais ils doivent TOUS être activés : on ne peut se contenter d’agir sur un seul de ces sujets, car tout est lié. N’ayons pas peur ! Car cette métamorphose créera des emplois qui ont du sens, embellira nos cadres de vie et permettra plus de justice et de solidarité.

Nous sommes désormais à la croisée des chemins, où chaque choix nous oriente soit vers un monde à +1,5°C, soit vers un monde à + 3°C. Ce ne sont pas seulement des chiffres, ce sont des seuils de basculement vers des mondes différents; Il est temps de choisir ! Et c’est maintenant que tout se joue.

 

* * * *

C’est pourquoi, nous, ici rassemblés à Bayonne, unis et déterminés, déclarons solennellement

Le temps de l’espoir et de l’action !

Il est encore temps ! Changeons le système, et pas le climat !

Et maintenant, nous vous appelons toutes et tous à tendre vos bras, à prendre les mains des personnes à vos côtés. Formons ainsi une forêt de bras levés et de mains serrées.

Que cette forêt humaine symbolise la solidarité et l’organisation collective dont nous avons besoin pour gagner cette bataille décisive pour l’humanité et la vie sur Terre !

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