Coup de cœur pour Râjel

Aujourd’hui, je reprends la plume pour ce coup de cœur, qui rallie mon écoute, ma vue, ravive et ravit la pétillance de tout mon être, en me donnant l’heur de le partager.

Comme mes lecteurs·trices l’auront remarqué, j’ai pris la décision en décembre de l’année passée de publier sur ce blog plusieurs poèmes de Râjel, qui m’ont particulièrement touché, du fait des thématiques qu’elle aborde.

Je reviens cette année vers vous avec une dose supplémentaire de magie — artistique essentiellement — car, si je puis le dire ainsi, portée, reprise dans son énergie par un autre artiste, Marc.

Nous pouvons désormais retrouver la “motsicienne” dans toute son expression (ou presque, rien ne remplace le live) : le son, en premier lieu est époustouflant, et l’image, magnifique.

Le son, et l’image. Difficile de séparer les deux. L’impression est forte, présence. Le spect’acteur que je suis — selon l’expression si juste de Lubat — se sent simultanément attentif, réceptif, emporté, passionné, renversé, accueilli, accompagné et bousculé dans ses regards intime, distancié, analytique, sensible, extime, réfléchi … ému.

Le son est proche et distant, intérieur et pluriel, tournant parfois autour pour donner à percevoir, sur la peau la distance ; laquelle est-elle la bonne quand il s’agit de Cinq Heure ?

Chacun·e est concerné par cette position de choix / non-choix qui touche à la philosophie de la vie, à l’heure où toute position individuelle prend un sens politique, la politisation du geste de sa propre vie. J’y sens l’aile puissante de Léo Ferré, caressant au scalpel la vision de cette société de l’homme-esclave, matin-cauchemar ou réveille-matin ? conscience élargie du « tous les matins, trop de matins », ce sursaut dans lequel l’image vient me prendre, me serrer à étouffer ; vais-je réagir, me réveiller à moi-même ? me réveiller à nous ? réveiller le nous ?

Atmosphère intense, multi-sensorielle, onirique… mais n’a-t-on pas entendu déjà de la bouche même des Peuples Premiers, de ceux que l’on se gausse de redécouvrir — re-découvrir simultanément ! (mais incidemment, bonne conscience affaiblie oblige) — que « le rêve est réalité ? » que nos songes sont un autre aspect de la réalité ? dans une vie multi-dimensionnelle et “multi-versée”… Le peau-aime aide à cette fusion de chaque nuit, de chaque jour où la conscience s’élargit soudainement, où l’intimité de la vie qui sourd … jaillit ! éclate ! comme une bulle lumineuse au grand jour. PO-È-ME ! sens de la vie, direction et mode d’être, sous le regard de la mode d’être.

Mais Râjel l’attrape au vol, le laisse vibrer, tourbillonner, tournebouler, et le regarde… elle le côtoie depuis la nuit des vies, des lumières et des ombres, elle me le donne à sentir, il me frôle, sauvage, il me dévisage ! La poésie sonore, chant-poème, entremêlement de ma vie et des autres vies, vertige existentiel, intemporel, me prend par l’image, proche, éloignée, superposée, opposée… le regard se fait toujours discret, complice, “en accompagnement”, comme on le dit en musique : ni devant ni derrière, à côté, attentif et soyeux, tout près jamais contre… le son de la voix, chantée, parlée, chuintée, ensorcelée, soufflée, m’enveloppe d’un écheveau invisible quasi intérieur, pourtant dehors, est-ce que je rêve ? est-ce que je rêve éveillé ? est-ce que je rêve de m’éveiller ? Mais c’est quoi ce monde ! est entré sans frapper, il me frappe… à cœur !

Je suis embarqué sur le vaisseau, immense, au vent, avec ou sans capitaine, le verrai-je ? embarqué et secoué déjà : Banco est son nom, je rameute ma prudence, mon esprit auto-critique, mais n’est-ce pas moi qui parle ?

Ne suis-je pas oiseau, à mon tour, et tellement empreint du monde qu’il serait en moi ? Je voudrais bien que… me choie, me remémore, me réveille à moi-même un pan… pas oublié puisqu’il revient soudain : j’y retrouve la chaleur première, celle qui nourrit l’âme, par l’émotion partagée, offerte. Claude, le grand Claude caresse, ici aussi, pulse ! L’enfant-monde renaît ici, la caméra a disparu, seule la geste s’exprime, puissante et ubitemporelle, pour elle·lui, le son est… oiseau !

La po-è-me reprend la vie par le corps, par la danse… le rythme, la voix, les racines, la spiritualité de l’être en symbiose, en osmose, vitalise les flux, les polarités magnétiques, les senteurs-sensations immémorielles de nos origines à tous·tes : Terre Natale explose, ruisselle !… quel beau mot, sans les acceptions de la novlangue !

Je vous parlais d’un coup de cœur, je vous engage à le ressentir, à le respirer, si, si, la technique, quand elle est orientée-humain, est capable de ça… tout est politique !

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