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Billet de blog 1 nov. 2014

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rite des morts á Naolinco

Le village de Naolinco se trouve lové dans les brumes de la Sierra Madre orientale á près de 2000 mètres d’altitude et ses fêtes et traditions assurent sa notoriété dans l’Etat de Veracruz et au-delà. Communauté au fort tempérament isolée par le relief,  elle est soudée par le culte aux morts que l’on vénère tous les ans dans une ambiance festive et de concorde qui attire de plus en plus de visiteurs. Ceux-ci parcourent les rues du village et le cimetière en se joignant parfois aux chants et en acceptant un verre ou un tamal [1] dans les maisons qui s’ouvrent á tout venant dans la nuit du 1er au 2 novembre.

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Le village de Naolinco se trouve lové dans les brumes de la Sierra Madre orientale á près de 2000 mètres d’altitude et ses fêtes et traditions assurent sa notoriété dans l’Etat de Veracruz et au-delà. Communauté au fort tempérament isolée par le relief,  elle est soudée par le culte aux morts que l’on vénère tous les ans dans une ambiance festive et de concorde qui attire de plus en plus de visiteurs. Ceux-ci parcourent les rues du village et le cimetière en se joignant parfois aux chants et en acceptant un verre ou un tamal [1] dans les maisons qui s’ouvrent á tout venant dans la nuit du 1er au 2 novembre.

Héritage du syncrétisme religieux et du métissage, cette fête est  fortement ancrée dans la pratique religieuse qui imprègne la vie sociale dans toute l’Amérique latine : le principal référent des alabados, ces chants repris en chœur par l’assistance que ce soit au cimetière ou dans les maisons, reste le père Angel Dario né dans ce village et assassiné par les anticléricaux en 1931 á l’âge de 23 ans á Veracruz. Les instruments d’accompagnement sont maintenant interdits ce qui confère aux aubades aux morts plus de solennité. Evoluant de tombe en tombe après le chant initial á la chapelle du cimetière, les groupes se recueillent sur celles de leurs proches défunts et entonnent l’un ou l’autre des alabados dans le silence de la nuit, leurs chants s’entremêlent au gré des rencontres. Rares sont les effluves d’alcool encore au cimetière (qui s’appelle au Mexique le panteon) puisqu’il s’agit d’arriver sobre á la première maison pour ne pas perdre la face et parvenir á la dernière sans être trop affecté par le verre d’hospitalité incontournable après le chant á chaque visite.

L’empreinte ancestrale est toutefois bien présente dans les intérieurs avec les offrandes, ces autels préhispaniques où trônent les photos des êtres chers disparus entre cierges, fruits, pâtisseries et calaveritas [2] sur fond de papier ajouré multicolore. Les chemins parsemés de pétales de souci, fleur á laquelle  on prêtait la faculté d’accumuler l’énergie solaire, guident les âmes errantes vers leur ancien foyer où trône l’autel illuminé que l’on a édifié patiemment en famille lors de longs préparatifs (occasion de se réunir sans ordinateur ni télévision) et ils y trouvent leur marque préférée de tequila ou de mezcal ainsi que leur tabac, leur pain des morts et d’autres mets qu’ils sont censés savourer lors de leur visite. Les neuf niveaux des installations précolombiennes qui figuraient les différentes étapes du voyage de l’âme vers le mictlán de l’inframonde ont été ramenés á deux mais la croyance en la présence bienveillante des défunts reste bien vive. 

De même la trahison de l’indien se donnant une apparence créole en s’habillant á l’européenne, reniant ainsi sa culture, se voit-elle immortalisée et tournée en dérision par les catrinas, ces squelettes féminins inspirés d’une caricature célèbre de Posada reprise ensuite par Diego de Rivera [3]et ayant été á l’origine de ces statues-squelettes dont Naolinco est parsemée lors de cette fête. Il serait toutefois de fort mauvais goût de placer une de ces statues á proximité de l’autel et on les trouve le plus souvent dans les commerces et les espaces publics car la mairie prend une part active dans la décoration du village : c’est ainsi que sont organisées des expositions dans la maison de la culture suite á l’essor de cet artisanat auquel a fortement contribué l’Université de Veracruz avec ses ateliers libres où des pionniers se réunissaient pour faire revivre les traditions.

Certes, on ne mange et on ne boit pas dans un cimetière étincelant de cierges comme au Michoacán au lac Pátzcuaro, mais le caractère convivial de ces promenades nocturnes de tombe en maison fortifie les liens affectifs dans le souvenir des chers disparus, conférant á cette nuit un pressentiment de l’éphémère du destin individuel qui s’inscrit dans une cosmogonie ancestrale collective et profonde.

[1]  Mélange farineux á base de maïs que l’on cuit á la vapeur plié dans une feuille de bananier ou de maïs.

[2]  Ces têtes de morts en confiserie de sucre de canne au nom du défunt ou d’un vivant auquel on fait une blague. (voir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Calavera_(Mexique)  )

[3]  La calavera garbanzera de Posada est une eau forte représentant un crâne vêtu d’un chapeau á la française ; dans une peinture célèbre, D. Rivera fait accompagner Posada d’un squelette de femme (http://fr.wikipedia.org/wiki/Sue%C3%B1o_de_una_Tarde_Dominical_en_la_Alameda_Central )( lien en français) 

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