♯metoo tue aussi

Armando Vega-Gil, un rockeur mexicain, s'est pendu à un arbre après avoir été dénoncé par le hashtag metooartistas qui l'accuse d'avoir abusé d'une fillette de 13 ans. Il a laissé une lettre clamant son innocence et disant ne voir que cette issue face au désastre. Le site en question considère cet acte comme une forme d'aveu et affirme qu'il est de sa responsabilité.

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Le pays est affligé et un débat s'est engagé sur les limites de la liberté d'expression dans l'anonymat. Si le "yo te creo" (moi, je te crois) espagnol a fait florès au pays de Cuauhtémoc, il est en passe de se retourner contre les féministes car Vega-Gil a laissé derrière lui une lettre dans laquelle il défendait la cause des femmes, ce que confirme son entourage. Il était parvenu au constat que mettre fin à ses jours était une solution radicale pour éviter à son fils l'humiliation d'une fin de carrière piteuse. 

Un suicide n'engage effectivement que la responsabilité de celui qui se tue. Pourtant lorsqu'un professeur des écoles se quitte la vie on impute légitimement la faute ou une partie à la famille ayant dénoncé de supposés méfaits. Concernant les violences inadmissibles ayant été faites aux femmes dans le passé le recours légal devrait être la première démarche. L'argument du nombre de dénonciations qui effectivement démasque les violeurs récidivistes ne devrait pas occulter comme c'est le cas les inévitables dénonciations malveillantes, le genre humain étant ce qu'il est.

Disons stop à la guerre des sexes. Le machisme et le paternalisme ont maintenant cédé le terrain sur la place publique aux droits des femmes avec ceux des autres minorités qui ont eu à subir de lourdes discriminations. La confusion des incivilités avec les agressions graves telle qu'entretenue par des militantes comme Caroline de Haas ainsi que la défense de la délation anonyme suivent un sentier escarpé le long de l’abîme totalitaire. Remplacer le pouvoir masculin par un autre basé sur la dénonciation répond à une logique de retour du balancier qui menace la convivialité alors que la majorité de la population est acquise aux valeurs féministes.

Impossible de mettre dans la balance les séquelles d'un viol et d'une calomnie, les deux pouvant briser une vie. Le mouvement ♯metoo a certainement évité des viols et permis de civiliser les rapports entre les sexes. Mais il engendre aussi son intégrisme contre lequel il faut s'élever.

 

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