on a tué les mariachis de la liberté

On ne sait pas grand'chose d'eux. Enquêter dans le triangle maudit sur leur exécution serait signer son arrêt de mort dans la région d'Amérique Latine la plus touchée par les assassinats de journalistes, ces héros de la liberté de la presse fêtée la veille. A fortiori pour les blogueurs qui se sont tus, rendus muets par la terreur exercée par les cartels.

20 ans à chanter la joie de vivre dans les fêtes comme l'exige la tradition pour les 15 ans des jeunes filles ou les mariages. Groupe local profondément croyant comme tout le monde dans ces contrées, ils publiaient encore récemment dans leur mur Facebook (ici) leur foi en la providence divine qui devait les accompagner sur leur route. Et c'est justement sur un des axes les plus mortels qu'ils ont été retrouvés, elle torturée et lui gisant à quelques kilomètres de sa femme qui chantait les solos accompagné par les envolées de sa trompette. Ils se rendaient à l'enterrement d'un ami et avaient aussi l'intention de vendre leur véhicule.

 

Non, lorsque l'on tue les musiciens, les prêtres et les étudiants ce n'est plus de la barbarie, c'est du sacrilège. Étaient-ils au mauvais endroit au mauvais moment comme tant de victimes de la folie meurtrière qui sévit dans toute l'Amérique centrale ou s'agit-il d'une vengeance pour refus de service ? L'omerta règne et gageons que rien ne transpercera dans l'impunité généralisée hormis des rumeurs dont la pire est “il n'y a pas de fumée sans feu”, traduisez: ils y sont bien pour quelque-chose.

 

Les vilaines langues mentionneront aussi les musiciens des narcocorridos, ces chansons populaires qui exaltent les forfaits des barons de la drogue dont les plus connus sont les Tigres del Norte, mais rien de tel dans les chansons de ces mariachis qui enseignaient la musique dans les écoles en obtenant des distinctions honorifiques pour leurs élèves. Pas des têtes brûlées; non: un couple d’âge mûr que l'on disait responsable et fiable.

 

Cela fait longtemps qu'on a tué la liberté dans cet isthme entre Pacifique et Atlantique aussi baptiser sa formation “liberté” est à lui seul un acte provocateur. Ou utopique, c'est selon. En tuant ce couple de musiciens, on a donné l'estocade à la maigre part de rêve et de poésie qui subsistait dans les fêtes, maintenant emplies de deuil.

 

La France est bien loin de tout cela ? Possible, mais il est établi que la consommation de cocaïne alimente les cartels de la drogue qui sont ceux qui font régner la terreur au Mexique, et les circuits qui transitent par la région de Imelda et Raúl en faisant tant de victimes, ne débouchent pas qu'aux Etats Unis: l'Europe en consomme aussi une bonne part.

 

(boite noire) le mur de FB de la formation de mariachis "Libertad de Sayula" n'est plus visible, selon les cas s'ouvre un mur avec des photos macabres ou le mur original tronqué dans lequel ne subsiste qu'une photo.

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