vous avez dit communautarisme ?

Il est d’usage en matière d’immigration d’opposer les épouvantails anglo-saxon ou allemand á notre modèle qui viserait l’intégration dans un rejet du communautarisme source de tous les maux : délinquance bien sûr, intégrisme, parasitage social, sexisme, racisme dit anti-blanc, tribalisme… Le consensus á ce sujet comme d’habitude résulte d’une campagne médiatique orchestrée par nos puissants experts de plateau prompts á stigmatiser selon les besoins religion islamique, minorité Rom, jeunesse des banlieues ou tout autre groupe susceptible de détourner les ressentiments anti institutionnels.

Il est d’usage en matière d’immigration d’opposer les épouvantails anglo-saxon ou allemand á notre modèle qui viserait l’intégration dans un rejet du communautarisme source de tous les maux : délinquance bien sûr, intégrisme, parasitage social, sexisme, racisme dit anti-blanc, tribalisme… Le consensus á ce sujet comme d’habitude résulte d’une campagne médiatique orchestrée par nos puissants experts de plateau prompts á stigmatiser selon les besoins religion islamique, minorité Rom, jeunesse des banlieues ou tout autre groupe susceptible de détourner les ressentiments anti institutionnels.

 

Passons sur le fait notable qu’étymologiquement on trouve dans ce terme une racine commune au communisme maudit, amalgamant ainsi de manière subliminale tous les maux attribués et pas toujours avérés de cette construction idéologique vaincue á une forme de vie sociale. La communauté serait donc á l’origine de l’échec d’intégration des étrangers ainsi que des minorités repliées sur elles dans son refus du milieu d’accueil et son obstination á prétendre importer coutumes, croyances et superstitions barbares. De même l’organisation de filières mafieuses ou le vampirisme des prestations sociales irait de pair avec le repli tribal. Il convient donc de casser ces réseaux pour fragmenter ces phénomènes. Ce discours est cependant captieux car il caricature le fait communautaire en diabolisant une facette pourtant louable de la nature humaine : la solidarité familiale d’abord et grégaire ensuite. Les Français de l’étranger agissent exactement de même avec un nouvel arrivant dans leur colonie auquel ils facilitent l’installation.

 

Les conflits adultes ne sont pas sans rappeler ceux de nos cours de récréation où le « c’est lui qui a commencé » roule d’âge en âge sans vouloir mourir jamais (petit clin d’œil á Baudelaire). Aussi le rejet de la responsabilité du manque d’intégration de ceux qui ne sont pas d’ici rebondit-il dans un éternel va-et-vient entre les immigrés qui accusent les locaux de les rejeter par toutes sortes de contraintes arbitraires alors que ces derniers croient observer un refus de la culture d’accueil de leur part. Cercle vicieux qui s’amplifie grâce aux discours stigmatisants des lepénistes et des muftis et mollahs en quête de fidèles et de notoriété. Serions-nous effectivement des canins qui marquent leur territoire et immobilisent les intrus plus faibles après un corps-á-corps dissuasif ? Les cheiks de la Côte d’Azur régnant sur leurs fonds souverains en tout cas ne se voient pas inquiétés ni rejetés de même que les caciques et potentats du tiers-monde dont la fourrure en pétro- ou narcodollars réduit au silence toute velléité de domination autochtone, l’inverse étant plutôt le cas.

 

Mais revenons á la communauté immigrée : cette cellule présente l’inconvénient d’être fermée, mimant en cela celle, plus large, qui l’accueille et la soumet á ses codes car « personne ne vous a demandé de venir » (actuellement du moins). Mais elle repose aussi sur la solidarité qui compense les effets de l’isolement en milieu, soyons honnêtes, hostile. Cette solidarité intracommunautaire justement qui justifie la préférence française chère aux frontistes. Ce qui manque dans ce sophisme c’est la contextualisation aussi bien historique que socioéconomique : si la question de la responsabilité coloniale fait l’objet de controverses, celle de la contribution immigrée au bien-être national se voit pour sa part occultée par une mise en exergue des nuisances. Quelle contribution ? Tâches les plus ingrates, contributions prélevées sans contreprestations en retour comme pour la TVA dans le cas des sans-papiers, l’apport vieillesse non remboursé pour cause de retour au pays, les frais de dossiers de procédures de naturalisation ou autres refusées par l’administration, le dopage d’un taux de natalité chaste…). La prolifération des voiles, défi á l’ordre laïque qui prône pourtant le respect des religions, participe de ce nationalisme exacerbé de toutes parts auquel il vient faire contrepoids comme un drapeau brandi dans le stade.

 

Comme tous les mots fourre-tout, le communautarisme est donc une notion galvaudée au service d’intérêts puissants qui la manipulent outrageusement : ses effets bénéfiques comme la régulation de la marginalisation par la solidarité sont occultés au profit d’un discours inquiétant qui vise la prise du pouvoir par tous les moyens et qui pénètre par porosité celui de gauche.

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