Des femmes et des hommes: le malentendu mortifère

Les clichés de genre sont incontournables lorsque l'on s'interroge sur la féminité ou la virilité et le simple fait de citer l'une avant l'autre vous classe. Assumons-le une fois pour toutes: l'auteur de ce billet est un homme et se trouve empêtré lui aussi dans les certitudes transmises qui deviennent contradictions à l'heure de l'action.

ça commence mal: des deux, qui agit ? La légendaire passivité féminine s'est dissoute dans l'interaction qui est la seule envisageable dés lors que l'on parle de relations humaines et le politiquement correct l'a sanctionnée sous nos latitudes. Finie l'action unilatérale attribuée à l'homme pour la drague et dans les alcôves il doit en aller de même supposons-nous. Voici pour la norme et la théorie controversée de genre qui se déclinerait au pluriel. Mais voilà: les clichés ont la vie dure et sans aller jusqu’à la négation de la dignité humaine dans le viol, l'idée que le mâle domine perdure dans nos moindres réflexes transmis par l'éducation comme le simple fait de tenir la portière de la voiture ou de choisir une table au restaurant pour sortir de l'indécision.

L'éducation est bien au centre de cet enjeu que constitue la promotion de l'égalité entre les filles et les garçons comme le démontrent les luttes âpres autour de l'éducation sexuelle ou du voile à l'école, mais l'exigence démocratique donne une légitimité à cette revendication ainsi qu'aux autres complémentaires. Là aussi pourtant, le gouffre entre les principes démocratiques affichés et les pratiques est profond, en particulier au sein des couples où la prise du pouvoir par l'un des partenaires au fil du temps est le plus souvent une fatalité et dans la société où hormis le décalage patriarcal perpétuant l'inégalité salariale on peut citer les injustices dans l'attribution de la garde des enfants en grande partie soumise aux schémas "maternalistes".    

Maintenant, où se situe la violence dans les rapports entre hommes et femmes: toujours du côté masculin? Telle le feu, celle-ci s'enfle, s'étend et se propage en fonction de ce qui l'alimente comme les piques verbales, les attentes frustrées et les rancœurs, l'absence de communication, les différends financiers et de ménage ou les maladresses. La décharge presque toujours est masculine tel le jet de sperme que l'on retrouve dans le tir des armes à la guerre, affrontement essentiellement viril. Les quelques exceptions tendent à confirmer la règle ainsi que les tristes statistiques des féminicides. 

Mais cette constatation incite à décharger de toute responsabilité la partenaire dans l'escalade verbale d'abord puis physique tout comme le fait de séduire quelle qu'en soit la finalité constitue une licence attribuée de plein droit aux femmes en contraste avec la muflerie attribuée aux hommes qui sont appelés à dominer leurs instincts bestiaux en cas de rétractation. Affirmer cela est jouer avec le feu et s'exposer à un déferlement de commentaires peu amènes à l'heure de #metoo qui a enfin mis en avant les violences auxquelles sont exposées les femmes. Constatons au passage que le pays d'origine étymologique du machisme, l'Espagne, mène depuis plus de dix ans une action d'envergure de lutte contre les féminicides (affichage en grand, décompte rigoureux en indiquant le numéro dans le macabre décompte annuel au JT ) que la France peut lui envier et souvenons-nous des foules venues dénoncer le viol en groupe d'une jeune femme à la Saint Firmin.  

Les mentalité changent au bénéfice de la femme sans qu'il soit réellement nécessaire d'avoir recours à des béquilles comme l'écriture inclusive et l’avènement par retour de balancier d'un matriarcat serait justice bien que nous préférions une solution plus démocratique. Comme être humain on ne peut que s'en réjouir bien qu'en tant qu'homme l'affirmation de sa virilité devienne problématique: la baisse alarmante de gamètes dans le sperme en serait-elle l'expression?

 

 

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