Vous avez dit droitdelhommisme ?

Alors que le clivage entre les modérés et les atterrés parmi les électeurs de gauche s’envenime après la trêve postélectorale, les premiers reprochant aux autres leur impatience et les impatients accusant le gouvernement de ne pas refondre complètement le système grippé, on voit ressurgir ici même les expressions à l’emporte-pièce qui étaient jadis propres aux disciples de Guaino, Hortefeux voire Le Pen: bobo, angélisme, doux rêveurs, gauche irresponsable atténué par un « mais au demeurant sympathique », démagogues « avec leur bon cœur » et bien sûr droitdelhommisme. 

Alors que le clivage entre les modérés et les atterrés parmi les électeurs de gauche s’envenime après la trêve postélectorale, les premiers reprochant aux autres leur impatience et les impatients accusant le gouvernement de ne pas refondre complètement le système grippé, on voit ressurgir ici même les expressions à l’emporte-pièce qui étaient jadis propres aux disciples de Guaino, Hortefeux voire Le Pen: bobo, angélisme, doux rêveurs, gauche irresponsable atténué par un « mais au demeurant sympathique », démagogues « avec leur bon cœur » et bien sûr droitdelhommisme.

 

 

Il faut croire que ces cinq années délétères ont produit leur effet et il est affligeant de voir ces antiennes réductrices reprises  par les défenseurs d’une action gouvernementale disons réaliste qui ignorent la continuité que cela représente. L’emballage change, mais pas vraiment le contenu : les quotas demeurent et  on va même jusqu’à revendiquer l’intervention de l’armée pour rétablir l’ordre dans la cité phocéenne. Interminable confrontation entre raison-réformisme-répression d’une part et idéal-révolution-subversion d’autre part ? Peut-être. Mais pour beaucoup la gauche incarne encore le rêve, ce rêve si décrié par ces pourfendeurs de démagogues qui vise des valeurs pourtant communes aux deux camps : justice, solidarité, dignité…

 

 

On est en droit de se demander alors pourquoi les droits de l’homme sont si décriés : ne seraient-ils plus une valeur ? Droits humains pour être politiquement correct, car je me demande s’il me serait aussi facile d’adhérer aux droits de l’homme en tant que femme, mais passons. Il est vrai que leur rédaction laisse parfois songeur comme cet article 13 qui ouvre les frontières pour sortir du pays mais ne souffle mot du droit d’entrer, même pour raisons de force majeure. Il est vrai que ces droits émanent de la culture dite occidentale et se voient disons relativisés si l’on adopte un autre angle de vue. Il est vrai aussi qu’ils ont servi tant de fois de cache-sexe à bien des exactions : allez expliquer à ceux d’Abou Ghraib ce en quoi le respect de la dignité humaine passe par celui des animaux comme maint défenseur de la SPA vous le démontrera.

 

 

Nombreux sont ceux ici qui affirment que le PS n’est pas ou plus la gauche. Mais c’est le concept même qui pose problème, chacun ayant sa représentation et y allant de sa rengaine, cela débouche sur un concert de sourds. Etre assis à gauche d’une ligne de fuite partant du fauteuil du Président ne signifie pourtant pas adhérer à une conception commune de la chose politique, prenons un exemple : la paix. D’aucuns soutiendront qu’il s’agit là d’une valeur de gauche s’opposant aux marchands d’armes. Oui, mais quid des emplois de l’industrie d’armement vous diront les réalistes. Il suffit de faire le compte du vote de reconduction de l’intervention en Libye pour constater qu’en effet les députés ne se souviennent plus guère de leur jeunesse (AN: 482 pour et 27 contre, Sénat: 311 pour et 24 contre), bien que les quelques voix contre se trouvaient principalement à gauche de l’hémicycle (vers le mur latéral en général).

 

 

Alors de grâce cessons de voir Satan chez les idéalistes : tout comme les écologistes qui ont incontestablement fait avancer les choses de l’environnement en se faisant traiter de rêveurs, les libertaires, les anarchistes, les communistes, les pro sans-papiers, les squatteurs… tous participent du même « élan fraternel ». Et de même cessons de nous chamailler à coups de noms d’oiseaux sur la ligne de partage entre maintien et démolition du système économique actuel, avançons plutôt des arguments originaux et solides qui puissent faire leur bonhomme de chemin pour parvenir, qui sait, aux décideurs.  

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