le sens des mots

Les mots frappent notre imagination, modèlent notre pensée et agissent sur nos émotions. Outils de manipulation, leur choix est soupesé dans les officines des spin doctors tout comme dans les salles de rédaction: “séparatisme”, ”inceste” ou ”souverainisme” dominent le débat et s’imposent à la table du dimanche faute de comptoir de café où s’épancher. Mais sait-on de quoi on parle ?

Signe des temps, “syndicalisme” , ”capitalisme” et son corollaire “prolétariat” font nettement moins recette: oubliés les Gilets jaunes au grand soulagement du gouvernement autoproclamé défenseur de la sécurité sanitaire ce qui permet de reléguer le concept de lutte des classes au rang des curiosités vintage. Les “gestes barrière” que nul n’est censé ignorer se voient propulsés en haut du piédestal alors que dans d’autres cultures on se réfère moins prosaïquement à une “saine distance”. La barrière au moins, c’est du concret bien solide et incontestable:  javel, savon ou salive, voilà un débat sain loin des vaines spéculations capilotractées s’interrogeant sur l'hypothèse d’une vie chez cet affreux machin clouté de rouge.

Galvauder les mots à son bénéfice n’est pas nouveau, les templiers s’y sont employés en adjoignant l’adjectif “saint” à “guerre” pour rendre les croisades plus plaisantes ou plus récemment les nazis en formant l’oxymore “national-socialiste” histoire de se mettre tout le monde dans la poche. Le néologisme macronien “séparatisme” constitue un exemple parfait de dévoiement lexical aux fins d’une cause car originellement un tel projet de séparation se définissait comme le fait de groupes homogènes géographiquement délimités souhaitant tel  les Slovaques ou les Catalans se détacher d’un ensemble plus grand. Ce glissement sémantique cherche à éluder l'ambiguïté du mot communautarisme qui exprimait auparavant cette idée selon laquelle beaucoup d’immigrés ne cherchent pas à s'intégrer au milieu d’accueil, la France, et la radicalise en affirmant haut et fort qu’ils ont l’intention de faire sécession de la République sans toutefois le démontrer. Rappelons que le but d’un terroriste est de terroriser et de détruire et non de séparer, son moteur est la haine, sa foi le nihilisme et son étendard le fanatisme.

Dans le domaine des mœurs on peut aussi observer les mouvances sémantiques qui affolent les boussoles lexicales égarées dans un triangle des Bermudes LGBT+ alors qu’elles étaient fermement calées sur le nord patriarcal: finie la Vertu aux femmes et le Pouvoir aux hommes dont celui d’entacher celle-ci. Le secret des alcôves sombre dans l'abîme des perversités sous les projecteurs publics donnant lieu á un mélimelo dans lequel se confondent pédérastie, pédophilie ou inceste et les savantes distinctions entre hétérosexualité, bisexualité ou trans* pour n’évoquer que celles-ci s’invitent aux déjeuners dominicaux. Entre les plateformes de pornographie en accès libre et les caricatures sodomisantes, le Sexe s’est emparé du débat national sous le regard blasé des jeunes esprits déjà assombris par la collapsologie et marqués au sceau du covid. Mais pas de pessimisme déplacé: un chat restera un chat qu’il soit castré ou non, ce n’est pas comme chez les bovins oú un bœuf juste bon á être bouffé ne vaut pas un taureau pourtant juste bon à foncer sur le rouge (mais on le mange aussi au final accompagné de rouge).

En langue le paradigme est traditionnellement issu d’une racine morphologique ou lexicale comme “vie”,”vivant”,”vivons”,”vive” etc donnant lieu à un axe paradigmatique contrastant avec le syntagmatique qui combine les éléments en énoncé mais l’usage s'est étendu aux autre disciplines pour définir un modèle ou une approche que l’on peut décliner selon le contexte. Sa substitution entraîne effectivement un bouleversement de l’ensemble car bien qu’un énoncé ne s'écroule pas si l’on “change de paradigme”, la variation de sens est significative, exemple: “les mesures sanitaires s’imposeront á tout le monde” ne revient pas à dire “les mesures sanitaires convaincront tout le monde”.  

C’est ainsi que les mots  parviennent à changer la société en bien ou en mal tout comme “ma dame” ayant évolué de la soumission servile au respect républicain égalitaire en passant par la domination proxénète ou l’enfermement conjugal dont est dégagé l’homme affublé d’un “monsieur” quel que soit son État civil. On pourrait aussi évoquer “confiner” ou invoquer “embastiller” pour la force performative des mots qui se convertissent en réalité.

Aussi une émancipation des pouvoirs qui tous cherchent à imposer leur vision du monde (Weltanschauung) passe-t-elle par une analyse critique des mots, concepts ou hashtags qui nous sont soumis loin de toute innocence. Il s’agit aussi d’un préalable à tout débat se voulant constructif.



*la pédérastie concernerait des mineurs moins jeunes que la pédophilie, l’acception française de l’inceste inclut la famille au sens large et les trois formes de sexualité hétéro, bi et trans en excluant les animaux s’appliquent aux deux genres et aux combinaisons possibles entre ceux-ci.

 

PS mes excuses à Claude de Villepin dont je viens de m'apercevoir que j'ai plagié le titre mais le moteur de  recherche donne la primeur à Thierry Maulnier, écrivain issu de l'Action française.

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