nationalisme, un concept biaisé par l'indépendantisme

Les vagues catalanes sont venues mourir sur la grève de l'indifférence, l'Ecosse dort sagement et la braise corse attend que le vent tourne. Mais le nationalisme du XXIéme n'a que peu de rapports avec celui du XXème: ni mot-dard ni mot repoussoir, ce concept tient du mutant.

En premier lieu, les perspectives diffèrent en fonction des pays et des individus: Basques, Chinois ou Liechtensteinois ne partagent pas la même acception et un militant FN trouvera peu de points communs avec son adversaire de l'autre bord. Pour que la langue remplisse sa fonction communicative un minimum de consensus doit cependant être établi par les locuteurs et celui-ci émane essentiellement de l'histoire qui a vu les Etats-nations s’entre-déchirer et l'Europe revoir sa copie en l'usant jusqu’à la trame:

(voir ici car le téléchargement de la vidéo est inopérant) 

 Plus que l'invective ou le rejet c'est la prudence qui commande l'emploi du mot car l'associer à des mouvements indépendantistes d'orientation progressiste comme dans le cas catalan bouscule les habitudes langagières. D'ailleurs en ces temps d'incertitude et de reconfiguration la vigilance s'impose pour l'emploi de ces résidus paléontologiques en -isme bousculés par les expressions à la mode comme identitaire, enfoiré, chelou...

 Le nationalisme actuel a hérité de son passé uniquement le lien avec l'Etat-nation auquel aspirent les mouvements indépendantistes. Bien sûr, certains Kurdes, Sahraouis voire Québécois aimeraient comme certains Catalans ou Corses se doter d'institutions pérennes mais ce désir ne fait pas l'unanimité et l'exigence démocratique est difficile à respecter en raison des intérêts en lice et des passions ou des combines politiciennes comme en Catalogne (1) qui contribuent à brouiller les cartes: l'UE, clamant sa non-ingérence a perdu ici une belle occasion de redorer son blason en renonçant à arbitrer.

Le cas de la Nouvelle Calédonie nous démontre pourtant qu'indépendantisme ne rime pas forcément avec nationalisme et que, sauf déconvenues imprévisibles à ce jour, une consultation démocratique est possible parfois. Souvenons-nous aussi du processus de décolonisation: la France a su se montrer à la hauteur de ses aspirations humanistes bien que contrainte et forcée dans certains cas et bien que le démantèlement de son empire qui a dessiné artificiellement les limites des nations se soit limité souvent à un simple transfert de pouvoir sur le dos des peuples.

 Si l'on fait exception du cas espagnol qui compte au moins trois partis indépendantistes comportant “nacional” dans leur sigle (2) et de quelques cas historiques comme le PNA québécois ou le NPS écossais, il faut bien admettre que l'immense majorité des formations s'affirmant d'essence nationale dans leur sigle se retrouvent sur les bancs de droite dans les hémicycles, réunissant les conservateurs amateurs d'hymne national et d'honneurs martiaux au drapeau. Ce transfert de la notion d'indépendantisme vers le fait national sème la confusion tout en rendant les dynamiques qui s'en revendiquent suspectes.

 En effet l'Europe des nations voulue par feu le FN - membre du groupe “Europe des nations et des libertés” au parlement de Strasbourg - démontre le conservatisme de leurs adeptes: rétablir les souverainetés nationales en faisant imploser l'UE. Rejoints par les eurosceptiques comme JP Chevénement, une nébuleuse s'est crée qui réunit nationalistes identitaires et nationalistes indépendantistes (3) tissant des alliances curieuses pour ne pas dire douteuses.

 Alors, un aggiornamento du nationalisme est-il en cours ? A en juger par ce redéploiement des fondamentaux qui viennent se superposer en fonction des besoins des différentes causes, la chose est loin d'être entendue. Pourrait-on adjoindre au “le nationalisme c'est la guerre” de F Mitterand peu avant sa mort un “le nationalisme, c'est la débâcle” ?

 

 

(1)  le refus récent de la CUP de soutenir la candidature sécessionniste de Jordi Turul démontre l'impossibilité d'un consensus à l’intérieur même du camp indépendantiste:

(2)  PNPV, PNV-EAJ, PSAN

(3)  L'accueil chaleureux par l'indépendantiste réactionnaire flamand Theo Francken de Puigdemont á Bruxelles a été sur-médiatisé.



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