Nationalisme ou patriotisme, une opposition cache-sexe

E. Macron privilégie le patriotisme et voue le nationalisme aux gémonies en ces commémorations de la paix. Les similitudes l'emportent pourtant sur les différences entre ces deux concepts malmenés dans la vaste opération d'enfumage du centenaire de l'armistice.

Création de toutes pièces Création de toutes pièces
Le récit national nous décrit la boucherie de 14-18 comme le résultat de l'affrontement des nationalismes en dissolvant la responsabilité des gouvernants de l'époque dans une supposée communion du peuple avec ses mandatés ayant la bénédiction du Saint Vote au Royaume de la Démocratie.

 

 

boulanger rassis boulanger rassis
La ficelle est un peu grosse: justifier la globalisation marchande qui laisse les peuples au bord de la route par le bellicisme des nations à abolir dans le grand tout de l'UE revient à fausser l'histoire. Si l'on admet que la nation est la concrétisation de l'unité d'un peuple sur un territoire donné, il n'y a pas lieu d'en tirer une idéologie qui sera par la force des choses partisane. Qu'y a-t-il de commun entre un nationalisme de gauche qui prône une identité sociale/iste et flirte avec le pacifisme et son corollaire de droite exigeant un régime fort et conservateur ? Il est vrai que le boulangisme, ce revanchisme qui voulait en découdre avec le “boche” ou le “teuton” pour récupérer l'Alsace-Lorraine perdue en 71 trouva un assez large écho dans ce que l'on appelait déjà l'opinion publique. Il est indiscutable aussi que Bismarck avait amené la nation allemande une et indivisible sur les fonts baptismaux de la galerie des glaces, semant les germes des conflits à venir. Mais Bismarck n'est pas le peuple, François-Joseph et Guillaume II ne sont pas le peuple. Hitler démocratiquement élu avec 33% des voix et une forte participation (80%) n'est pas non plus le peuple ni les présidents de la République française.     

 

alliances des peuples? alliances des peuples?
L’enchaînement des déclarations de guerre participe de la logique des alliances. Ces alliances établies sur la base de traités entre gouvernements obéissent à des intérêts géostratégiques et commerciaux: ce ne sont pas les nationalismes qui en sont à l'origine mais les impérialismes et les militaires qui écoulent les armes en fournissant les “nations” alliées. L'idéologie de la nation se met au service d’intérêts cupides d'une poignée de décideurs au grand dam des peuples qui paient toujours les pots cassés.

 

nu-patriotisme nu-patriotisme
Le patriotisme serait donc plus politiquement correct pour les spin doctors dont notre président est le chirurgien en chef. Quel dangereux retournement de veste depuis le tristement célèbre débat sur l'identité nationale qui réhabilita Marseillaise, honneurs au drapeau, coq et hommages à Marianne, mettant à l'ordre du jour la lutte contre l'”autoflagellation”! Ces symboles “forts” supposés renforcer une fierté nationale menacée par la décadence et le relativisme seraient, eux, dépourvus de bellicisme revanchard ? Affirmer son identité dans les stades avec des joueurs achetés arborant le tricolore que survolent des chasseurs de facture française serait donc plus légitime que de revendiquer un retour á la nation dans un frexit, une nostalgie maurassienne de clocher ou un protectionnisme ringard: tout sauf ça, entendez le sport mais pas la guerre, contentons-nous du pelotage.

 .... le patriotisme le contraire du nationalisme ?  - à d'autres !

 

 

 

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