Peut-on aimer la politique ?

Objet de passion ou de répulsion souvent comparé au foot, ce vice ou cette chimère a le don de semer la discorde dans les repas dominicaux. Ses commises et ses commis de toute taille sont plutôt les catalyseurs des haines que des amours: n'est pas Kennedy qui veut. La politique mérite-t-elle ces débordements ou n'est-elle qu'un dérisoire défilé de spots publicitaires?

C'est le même cinéma à chaque élection et les Français en ont assez: le bal des étiquettes avec les éternelles têtes de gondole, les débats fabriqués dans les alambics des spin doctors, le déballage des turpitudes réelles ou inventées des adversaires et l'inévitable épouvantail extrémiste brandi par le panache blanc. Mais comme la magie bien commerciale de Noël, celle des élections s'empare de nous bien malgré nous: infime rouage de ce colosse républicain, ne suis-je à même de faire balancer le destin de mon pays et ne puis-je exercer une influence telle par mon militantisme pour que le monde n'aille plus à sa perte? 

La politique tout bien pesé n'est que l'histoire au présent ou la facette synchronique de la diachronie pour parler comme les linguistes structuralistes. Cet instant fugitif où tout se décide et qui ouvre la porte à tous les espoirs. A en juger par les effets de manche et les tristes joutes oratoires de nos (anti)héros professionnels, ces espoirs ne sont pas bien reluisants puisqu'il nous est si difficile de croire en la sincérité de leurs chantres. Les abandons de Taubira, Duflot, Hamon ou Hulot semblent vertueux c'est vrai, mais n'oublions pas celui de Macron quittant le navire Hollande avant qu'il ne coule pour naviguer en solitaire.

Le star system a encore de beaux jours devant lui, le déchaînement des trolls montant au front numérique en témoigne. Homme providentiel ou femme leader, la catharsis marche à plein et si elle n'est plus autant attisée qu'autrefois par le 20 heures, gilets jaunes obligent, elle se nourrit des débats, commentaires, exégèses et rumeurs propagés par les réseaux prétendument sociaux qui mettent les "décideurs" en exergue. La valse des étiquettes ne s'essouffle pas et le L ajouté devant FI ou le F devenant R devant le N maintiennent les troupes en alerte et donnent l'illusion d'un changement: les partis tels les marques de lessive mettent leur logo au gout du jour à défaut de faire la pluie et le beau temps.

Finalement, s'intéresser à la chose politique c'est faire vibrer les parcelles d'utopie qui subsistent, à moins que ne prédomine la facette ludique et spéculative mâtinée de réalisme comme chez les realpoliticiens. Le regain d’intérêt amorcé avec l'indignation citoyenne à la Stephane Hessel qui culmine actuellement avec la revendication du référendum d'initiative partagée ou citoyenne et le désir de démocratie directe porté par les Gilets jaunes débouchera-t-il sur un nouveau paradigme voire une nouvelle République ? La théorie marxiste établissait que les superstructures étaient le reflet des rapports de force économiques et attribuait aux “masses” un rôle décisif, masses jugées amorphes et abruties par les écrans de toute nature et la fièvre de consommation. L'avenir les départagera.

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