politiquement correctitude

... ou rectitude politique pour les Canadiens imprégnés de political correctness: calamité conformiste ou garde-fou antifasciste ? Bien que les repères tendent à s'effacer dans l’œcuménisme jaune, la censure imperceptible demeure qui condamne autant l'antiracisme racisé que le climato-scepticisme ou la masculinité assumée.

L'indignation contre le blocage de la représentation de Mnouchkine á la Sorbonne par les racisé/es ou les ateliers non mixtes de Sud-Éducation puise sa légitimité dans les principes républicains gravés aux frontons de nos édifices publics. Mais comment défendre des principes bafoués quotidiennement: en leur conférant un statut d'utopie ? Il faut l'avouer alors, car police réprimant (Liberté), disparités sociales (Égalité) ou incivilités (Fraternité), rien n'incite à les contempler comme en voie d'acquisition depuis la révolution. Ajoutez la culture du doute qui questionne tout dogme et vous verrez le ciment de la laïcité se craqueler. Il est peu probable pourtant que les signataires de l'appel des 80 qui dénonce “un détournement indigne des valeurs de liberté, égalité et fraternité” de ces actes militants acceptent d'être qualifiés de politiquement corrects.

 

S'assumer politiquement correct reviendrait à nier toute originalité, audace et indépendance de sa réflexion, ces qualités incontournables pour prétendre participer au débat public. L'empreinte hollywoodienne du héros solitaire démiurge ou visionnaire façonnant notre monde a marqué notre individualisme au fer rouge et nous interdit tout suivisme, tout conformisme. Or la rectitude politique fonctionne à partir d'un consensus fabriqué à partir des médias. Cette tare fut dénoncée à l'origine, souvenez-vous, par les militants FN frustrés de ne pas pouvoir donner libre-cours à leurs sentiments profonds dont nous ne discuterons pas la nature qui accusaient les plateaux parisiens bobos de répandre le venin gauchiste en faveur des minorités. Zemmour et son public revendiquant la liberté d'expression à tout crin dénonçaient avec véhémence les limites imposées par la loi qu'ils entendaient transgresser impunément.

 

Il y a donc domination de la rectitude politique dotée d'une police de la pensée qui sévit par exemple dans les forums de discussion comme celui du club de Mediapart, interdisant tout faux pas et tout humour satirique osé. Ce conformisme guide les réflexions dans des ornières en reléguant les non-dits inter-dits aux échanges privés ou au refoulé de l'autocensure. Les censurés interdits de parole se voient rejetés en victimes d'un totalitarisme du collectif bien pensant et vont se replier sur des sites plus confidentiels et isolés: le syndrome des fichés “S” suspectés de radicalisation qui évoluent dans le darknet.

 

Toute vérité ne serait pas bonne à dire affirme-t-on, le hic c'est que l'on ne peut pas parler de vérités s'agissant de sciences humaines en constante évolution: ce privilège est réservé aux sciences exactes. La vision du monde déformée par des lunettes acquises à la foire aux idées rend flous les contours de toute assertion consensuelle ou pas. Je m'érige en juge omniscient alors qu'il m'est impossible de maîtriser toutes les données du problème que des experts complaisants viennent pourtant m'exposer en toute objectivité médiatique. La vérité est une construction collective dotée de multiples facettes qui peuvent se contredire: ainsi va la complexité de la vie.

 

Aussi faut-il être conséquent et admettre par exemple que l'humour a pour limite la dignité humaine, que les valeurs républicaines comme tout dogme ne sauraient être remises en question et que la disqualification constitue une atteinte à l'honneur inadmissible, ou bien au contraire que l'idiosyncrasie française imprégnée de tolérance et de zizanie bon-enfant permet les écarts et la remise en question des tabous. La navigation à vue entre ces deux caps dans le brouillard entretenu par les polémistes entraînera toujours de lamentables échouements.

 

liberation-bienpensant-et-alors

 pour aller plus loin, cet article assez fouillé: http://www.slate.fr/story/149655/politiquement-correct-racisme-homophobie

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