Père Solalinde : souffrances inchangées pour les migrants centraméricains

Le sort des migrants d’Amérique centrale en route vers l’Eldorado étasunien n’est pas plus enviable que celui des Africains remontant vers l’Europe. Le père Solalinde est le porte-parole des victimes de la Bestia, ce chemin de fer de l’horreur qui traverse le Mexique : 

Le sort des migrants d’Amérique centrale en route vers l’Eldorado étasunien n’est pas plus enviable que celui des Africains remontant vers l’Europe. Le père Solalinde est le porte-parole des victimes de la Bestia, ce chemin de fer de l’horreur qui traverse le Mexique :

 

Au Mexique a lieu un véritable « holocauste » en matière migratoire car chaque jour continuent les assassinats, vols, enlèvements, et extorsions envers les travailleurs sans papiers, il s’agit d’une partie des activités du crime organisé dont les « propres chefs » appartiennent à la classe politique du pays, a affirmé le père Alejandro Solalinde.

Lors de la présentation du rapport « récits de la migration centraméricaine à son passage par le Mexique » élaboré par diverses organisations civiles de soutien aux personnes sans papiers, le directeur du refuge Frères du Chemin (NdT : le père Solalinde) a insisté sur le fait qu’il n’est pas exagéré d’utiliser le terme d’holocauste pour se référer à ce qui se passe dans le pays.

« Il se peut que le terme correct ne soit pas « extermination » mais « holocauste ». Il y a plus de 10 000 disparus, des dizaines d’enlèvements qui n’ont toujours pas été élucidés, des centaines de milliers de personnes extorquées et violées. « Si tout cela n’est pas un holocauste, alors je ne sais pas ce que c’est », a affirmé le religieux en s’insurgeant.

Après avoir déploré le fait que les sans papiers doivent choisir entre les deux seuls maux que sont la violence du crime organisé et celle de l’Institut National de Migration (NdT responsable des migrants et souvent impliqué dans les mauvais traitements), Solalinde a indiqué que bien que les acteurs des cartels (NdT de la drogue) sont en majorité centraméricains, les vrais chefs de ces organisations de délinquants font partie de la classe politique mexicaine.

« Les chefs des cartels sont mexicains, mais il faut dire aussi que les vrais chefs de tout cela sont des politiciens ». On verra toujours le sceau de la maison (…) Il y a longtemps que le crime s’est infiltré dans la politique et il n’y a pas de limites, a-t-il déploré.

En développant le sujet, Solalinde a considéré qu’il est « impensable d’accepter que les cartels soient autonomes alors que toute l’histoire récente continue de nous montrer la complicité de beaucoup de politiciens avec eux. Il est impossible de penser que tout ce qui se passe au Mexique n’ait aucun rapport avec la volonté politique de ceux qui nous gouvernent ».

La police Fédérale, l’administration la plus violente

Dans le rapport, Le Réseau de Documentation des organisations de Défense des Migrants a révélé que rien qu’entre janvier et juin de cette année, sept refuges ont reçu plus de 21 000 travailleurs internationaux sans papiers, la majorité provenant du Honduras (44%), du Salvador (27) et du Guatemala (20%).

De même il ressort de l’analyse que 93% des migrants en question sont de sexe masculin, âgés entre 19 et 29 ans, célibataires dépourvus de formation scolaire et dont le travail dans leur lieux d’origine était en relation avec la prestation de services.

Le rapport précise aussi que les agressions les plus courantes furent le vol (52%), l’extorsion (33%) et les enlèvements (4%) commis dans la plupart des cas au Chiapas (38%), dans l’Etat de Veracruz (32%), au Tabasco (6%) et dans l’Etat d’Oaxaca (6%).

Les institutions qui réalisèrent le plus d’attaques contre les personnes sans papiers furent la Police Fédérale (35% des cas) et les différentes polices municipales (31%).

En analysant ces résultats, les organisations auteures du rapport parvinrent à la conclusion que « la politique migratoire du gouvernement actuel jusqu’à ce jour n’a pas représenté d’amélioration substantielle de la situation grave qu’enduraient les personnes en transit lors des administrations antérieures ».  

 

 

Par  CAMACHO SERVIN, F., « les politiciens, les véritables chefs de ceux qui attaquent les migrants » in La Jornada du 19/12/13, p8   traduit par nos soins.

… Cet article ne se trouve pas dans la version en ligne du journal, un autre article donne des précisions sur le rapport « récits de la migration centraméricaine » : http://www.jornada.unam.mx/ultimas/2013/12/18/en-mexico-autentico-holocausto-en-cuestiones-migratorias-solalinde-1266.html

 

Le père Solalinde a aussi affirmé avoir eu connaissance de cadavres de centraméricains mutilés par l'extraction d'organes en vue de la transplantation.

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