liberté, égalité, etcetera.

Cette belle devise qui accompagna l'abolition des privilèges de la révolution française semble faire l’unanimité tant qu’elle reste sur les frontons mais divise lorsque l'on se risque à y regarder de plus près (oui: la devise qui divise). Réalistes et idéalistes en viennent à oublier le troisième terme dans leurs affrontements.

Point besoin n’est de définir les concepts, ceci n’est pas une dissertation. Les médias dominants nous fournissent volontiers leur illustration négative avec les cas nord-coréen ou saoudien pour nous signifier comme notre condition est enviable et on ne peut que leur donner raison: les nombreuses demandes d’asile (bientôt traitées hors-sol) le confirment. C’est pourquoi il faut être prêt à défendre  … quoi au juste ?

Là commencent les difficultés puisque cette devise incarne notre nation qui s’étend actuellement de Nouméa á pointe-á-Pitre et est unie par un régime républicain fier de sa diversité. Diversités faudrait-il dire puisque les Basques pour prendre un exemple se subdivisent en lgbti+ et hétérosexuels , pro et antipasse sanitaire, Atlético et Paris-St Germain, affreux gauchistes et fachos débiles, catholiques, athées et les autres… la liste est longue et démontre qu’en effet le premier terme de la devise est assez bien ancré dans les moeurs malgré les frictions passagères qui seraient le propre d’un état d’esprit gaulois puisque je peux être qui je veux et faire ce que je veux dans les limites de la loi et de la liberté d’autrui.

Finies les basses idées matérialistes á prétention historique qui affirmaient que la liberté englobait aussi la faculté de jouir d’un travail et d’un revenu décent pour pouvoir enfin travailler pour vivre et non l'inverse: le mouvement ouvrier obtint cette liberté au prix de sacrifices oubliés et le pouvoir d’achat garanti par les barèmes officiels est devenu honorable lorsque l’on n’habite pas trop loin de son lieu de travail ni á Paris, que l’on n’est pas au chômage, que l’on a hérité d’un logement, que l’on dispose d’un diplôme, que l’on est pas malade trop longtemps, que l’on accepte les humiliations en affichant le sourire disneylandien et le manque de moyens alloués pour effectuer ce travail, que l’on courbe l’échine á chaque fois que c’est nécessaire. Nous sommes donc libres et nique le matérialisme historique.

Fini aussi le n’importe-quoi des agitateurs et anarchistes qui ne veulent pas entendre raison, ces enfants gâtés jamais d’accord: pensent qu’á faire la fête avec leur sono et leurs zad á la con, quant aux autres, ces fachos qui refusent de se faire vacciner et tous ces complotistes qui ne disent que des conneries, puisqu’ils refusent la loi républicaine pourtant votée par nos représentants eh bien qu’ils se débrouillent entre eux mais pas question qu’ils se mélangent á nous qui acceptons sans sourciller la laisse du QR-code puisque c’est pour notre bien et celui de nos enfants et de nos petits enfants. Le déluge ? Mais de quoi parlez-vous, restons dans le sujet !

Sommes-nous égaux alors ? Oh je vous entends venir: 

     rien ne l'est dans la nature, comment pourrions-nous prétendre le devenir et la vie serait bien morne. 

     - Donc vous ne croyez pas à la devise, c’est ça ?

     - si bien sûr, mais ce n’est qu’un idéal à impossible à atteindre.

     - mais puisque la vie serait morne, cet idéal n’est donc pas souhaitable ?

     - si, pour les droits fondamentaux et la dignité mais pas pour le reste.

     - alors je peux gagner autant que mon patron et l’obliger à porter une jupe comme il me le demande?

     - ça dépend de la loi qui est l’expression de notre volonté commune par nos représentants.

     - nos représentants font alors des distinguos entre nous ?

     - oui, c’est obligé.

C’est Candide qui avait raison de  méditer tout cela dans son jardin: vive Voltaire, faisons taire les récalcitrantes et les récalcitrants. Et tant pis si chaque rose est différente, elles au moins se laissent tailler à ma guise: la vie est décidément bien compliquée.

Vient la fraternité alors ou plutôt la sororité, enfin non, la sofraternité, bref l’amour de son prochain et de sa prochaine, l’empathie, la solidarité et ce genre de belles choses que l’on garde jalousement dans sa poche ou son sac pour éviter de les gaspiller, bien au chaud á côté de nos papiers qui nous y donnent droit: gare aux personnes dépourvues de ceux-ci, si ça ne leur plait pas, qu’elles retournent chez elles. Et cette épave humaine échouée dans l'encoignure de la porte qui nous gêne pour rentrer chez nous, il y a les volontaires et les services sociaux pour s’en occuper pourtant: font vraiment mal leur boulot ces gens. Ne parlons pas de ces débauché/es qui font la fête: aucun respect de nos jours. Quant aux fachos, je ne leur adresse jamais la parole, qu’ils crèvent ! Soit, il ne fait aucun doute que si une goutte froide nous tombait dessus ou une tornade gigantesque, les paquets de secours afflueraient immédiatement et le facho me tendrait une main secourable comme je le ferai à l'inverse, on est pas des sauvages. Et on s’y mettrait tous pour déblayer la boulangerie. Mais en temps normal, qu’on ne vienne pas m’emmerder et qu’on me laisse me défouler dans le forum de mediapart et sur twitter: tous/tes des connard/sses !

Nous le voyons, notre devise si célèbre dans le monde qui fait notre fierté, ce ne sont que des mots creux  que des idéaux à relativiser. Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde  toujours les appliquer puisque ma liberté commence là où s'arrête celle de l’autre, que nous ne naissons pas égaux et qu’il faut bien punir les délinquant/es. Mais qu’il fait bon vivre en France !


BC  licence creative commons CC BY © Boca BC licence creative commons CC BY © Boca

photo prise dans une obscure résidence perdue au fin-fond d’un pays dit du tiers-monde

                                                              (libre de droits)

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