mots-dards et mots repoussoirs

Le débat public au siècle de la communication prend de plus en plus l'allure d'un dialogue de sourds où l'on s'envoie des balles que sont les clichés sous forme d'expressions éculées. Les forums en sont le terrain privilégié où chacun poursuit ses objectifs propres mais toujours dans l'espoir de voir ses idées confirmées et surtout approuvées. La concision y est un impératif, aussi l'échauffement des esprits que suscite le débat conduit-il facilement à résumer ses idées de façon trop sommaire. Ce recours à des mots galvaudés et non analysés correspond à notre besoin de ranger les notions et les humains dans des tiroirs bien étiquetés mais le décalage entre les étiquettes des uns et des autres accentue de façon tragique les malentendus et les risques de dérapage. 

Le débat public au siècle de la communication prend de plus en plus l'allure d'un dialogue de sourds où l'on s'envoie des balles que sont les clichés sous forme d'expressions éculées. Les forums en sont le terrain privilégié où chacun poursuit ses objectifs propres mais toujours dans l'espoir de voir ses idées confirmées et surtout approuvées. La concision y est un impératif, aussi l'échauffement des esprits que suscite le débat conduit-il facilement à résumer ses idées de façon trop sommaire. Ce recours à des mots galvaudés et non analysés correspond à notre besoin de ranger les notions et les humains dans des tiroirs bien étiquetés mais le décalage entre les étiquettes des uns et des autres accentue de façon tragique les malentendus et les risques de dérapage.

 

Notre série sur les mots-dards tentait de démontrer qu'il existe des flèches rhétoriques qui, lorsqu'elles ne visent pas à stigmatiser l'adversaire, ont cependant pour effet d'envenimer l'échange si celle-ci est tirée dans notre direction ou de créer une fausse connivence si elle est ressentie comme provenant d'un tir allié. Certaines peuvent être renvoyées à l'adversaire comme dans le cas de la bien-pensance qui peut désigner tout et son contraire de même que bobo, d'autres par contre restent incrustées comme c'est le cas pour l'obscurantisme ou bisounours pourvus d'une cible spécifique. Toutes prétendent résumer une idée en se moulant dans les schémas préétablis par la vulgarisation politique telle que l'on peut l'observer au quotidien sur les plateaux télévisés. Ces expressions réduisent, enferment et limitent la réflexion autour d'un sujet tout en crispant l'échange.

 

Les mots repoussoirs que nous analyserons sont d'une autre nature: ils bénéficient d'un consensus assez large concernant leur acception mais sont perçus comme négatifs: usés jusqu’à la corde, ils tournent encore en boucle par automatisme ou paresse langagière et viennent le plus souvent soutenir une accusation (cosmopolitisme, relativisme) bien que parfois aussi ils soient assimilés à une idée obsolète (tolérance, norme). Largement débattus de par le passé contrairement aux mots-dards, leur emploi est plus rare car on se méfie de leur galvaudage: ils ont fait leur temps et se voient frappés d'ostracisme. Et si le sens donné à leur signifié peut être partagé, il n'en va pas de même pour sa valeur ou sa portée morale qui dépend de la vision du monde de chaque locuteur: ainsi le politiquement correct par exemple renvoie-t-il à un conformisme qui serait dicté par les médias mais son contenu est variable.

 

Etre conscient des enjeux sous-jacents à l'emploi de ces mots, c'est se prémunir contre le délitage du discours politique et affermir son jugement. En effet la tentation de la simplification et la recherche de l'impact immédiat pervertissent la pensée dans la médiocrité propagée entre autres par les propagandes officielles et officieuses.

 


 

Rappel des mots-dards analysés: droitdelhommisme , communautarisme , bisounours , bien-pensants , bobos , obscurantisme

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