in memoriam

A la suite de l'excellent billet de Register honorant les membres du groupe Manouchian tombés au Mont Valérien le 21 février 1944 il me semble opportun d'honorer aussi les Résistants exécutés au même endroit deux ans plus tôt le 23 février 1942 dont Boris Vildé, cofondateur du Réseau du Musée de l'homme:

        D'origine russo-balte son parcours tumultueux s'est assagi à Paris lorsqu'il épousa en 1934 Irene Lot, fille de professeurs de Sorbonne . Entré en France sans titre de séjour régulier en 1932 sur l'invitation d'André Gide rencontré à Berlin qui le met ensuite en rapport avec Paul Rivet, directeur du Musée de l'homme en cours d'installation au palais de Chaillot, il doit passer par Monaco pour obtenir une autorisation de séjour d'un an et finit par être naturalisé Français en 1936. La brillante carrière d'ethnologue linguiste qui s'ouvre à lui se voit brutalement compromise par la guerre et son engagement précoce dans la Résistance dont il est un des précurseurs avec des collègues restés en poste. Son naturel aventurier le conduit à organiser le réseau baptisé ultérieurement par Germaine Tillion "du Musée de l'homme" en raison de ses premiers morts (1)L'activité de filières d'évasion et de transmission de renseignements se complète par la publication et la distribution du journal clandestin "Résistance", Pierre Brossolette en rédigera le dernier numéro en mars 1941. Balancé par le délateur agent double au service du SD allemand Albert Gaveau grassement payé, Boris Vildé est arrêté en mars 1942 ainsi que André Weil-Curiel. Aux dires de mon père, lui-même arrêté en février, le tribunal militaire allemand présidé par Ernst Roskothen qui prononça 10 condamnations à mort fut bienveillant et digne (2), ce n'est que plus tard que la répression prit le tournant d'une justice expéditive. Boris Vildé tenta en vain de dédouaner ses camarades en prenant tout sur lui. Il n'y avait que quatre poteaux d'exécution et les deux Russes Vildé et son adjoint Lewitsky demandèrent et obtinrent d'être exécutés en dernier(2).

Dans sa dernière lettre à sa femme au matin de son exécution il écrit:

qu'on rende justice à notre souvenir après la guerre, cela suffit

CQFD

vilde
 

(1) Julien Blanc, "au commencement de la Résistance", p 9

(2) Anne Hogenhuis, "des savants dans la Résistance", p 156, p 165, p 173

 

hyperlien vers le billet de Register impossible à insérer dans le chapô : https://blogs.mediapart.fr/register/blog/220220/souvenons-nous-du-groupe-manouchian

Myriam Le Roy nous signale aussi le martyre d'un autre groupe jugé en avril 1942: https://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_de_la_Maison_de_la_Chimie

complément d'information sur le réseau du Musée de l'homme: https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-reseau-du-musee-de-lhomme

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