L'Europe en sursis

L'UE constitue une fracture essentielle de la gauche, FI plongeant ses racines dans le refus du traité de Lisbonne qui ne craint pas un Frexit alors que EELV et les europhiles rejettent une plongée dans l'inconnu ou un enfermement souverainiste. E Macron doit sa victoire en bonne partie à une mobilisation du vote pro-européen qui risque de s'effriter sérieusement si rien ne change.

Alors qu’à droite les lignes de partage sur ce sujet sont claires entre LR-EM et le FN, l'embrouille permanente autour de ce nœud gordien constitue en face le principal facteur du récent échec aux présidentielles et entrave sérieusement les candidatures d'union aux législatives. Figées, les positions s'appuient davantage sur des convictions et des paradigmes manipulateurs des deux côtés que sur une connaissance de cette construction supranationale.

S'affrontent les arguments autour du PTCI/TAFTA , des lobbys (qui existent aussi à Paris), des paradis fiscaux (Luxembourg et maintenant Malte), des OGM... et le débat s'enkyste. Le traumatisme de la crise de la dette humiliant les pays méditerranéens et l'Irlande auquel on oppose le mythe islandais (qui demeure une économie de marché) a parachevé la séparation des plaques tectoniques à gauche.

Ces discours constructeurs d'une nouvelle identité dans le panorama politique contemporain sont nécessaires mais hélas souvent constitutifs d'une nouvelle idéologie en rupture avec les fondamentaux universalistes, discours anti-mondialisation oblige. Le désarroi face à une excroissance débridée de la dynamique néolibérale conduit à une impasse: on arrête tout et on recommence. Plan B ou Europe des peuples prétendument “libres et souverains”.

E Macron pétri de bonne volonté devra surmonter les divergences d’intérêt entre Paris et Berlin mais l'affrontement avec le pôle anglo-saxon renforcé par le Brexit peut assouplir les positions: A Merkel n'est plus opposée à la révision des traités. De même l'optimisation fiscale extraterritoriale des grandes sociétés fait-elle l'objet actuellement d'une réforme à Bruxelles. Des petits pas bien loin cependant de l'aspiration populaire à une Europe sinon solidaire, transparente et démocratique du moins protectrice face aux coups de boutoir de la délocalisation, de l'immigration et du dumping.

L'avenir nous instruira ou pas mais dépasser cette ligne de démarcation autour de l'UE est un enjeu bien plus déterminant que les échanges stériles autour de la laïcité et de l'islamophobie auxquels nous ont conduits les droites. La surmonter est une condition essentielle du retour de l'espoir: le temps presse.

 

 

 

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