Vous avez dit bobo ?

Oui bo-bo, celui des beaux quartiers qui baigne dans sa suffisance, qui vote à gauche (celle que vous voulez) avec le portefeuille à droite, qui s'éclate sur Mediapart l’œil rivé sur le Cac40, celui de la gauche-caviar, celui qui... bref l'ennemi à abattre. Oh pardon, je me trompe de cible ? Qu’à cela ne tienne: sus aux snobs golfeurs, aux patrons de gauche (celle que vous voulez), aux Solfériniens, aux BHLisés. Cherchez le bobo et vous le trouverez à coup sûr: c'est gagnant-gagnant.

Oui bo-bo, celui des beaux quartiers qui baigne dans sa suffisance, qui vote à gauche (celle que vous voulez) avec le portefeuille à droite, qui s'éclate sur Mediapart l’œil rivé sur le Cac40, celui de la gauche-caviar, celui qui... bref l'ennemi à abattre. Oh pardon, je me trompe de cible ? Qu’à cela ne tienne: sus aux snobs golfeurs, aux patrons de gauche (celle que vous voulez), aux Solfériniens, aux BHLisés. Cherchez le bobo et vous le trouverez à coup sûr: c'est gagnant-gagnant.

 

Cette pièce maîtresse de notre série sur les mots-dards vient chapeauter tous les “bien-pensance”, “droitdelhommisme”, “communautarisme“ou”bisounours” dont se gargarisent les contempteurs de la pensée unique, mais le flou de son signifié recèle malgré tout quelques aspects objectifs qui rendent cette expression légitime aux yeux de certains polémistes: il existe bien une classe sociale aisée et cultivée votant pour le PS ou les écologistes dont le mode de vie et les idées présentent des points communs qu'il est inutile de développer. On observe toutefois un abus de ce mot-valise qui en étend l'usage à tout ce qui s'en approche de près ou de loin et il n'est pas rare de le voir employé par ceux-là mêmes qui font l'objet du lynchage pour clouer au pilori ce qui émane de Paris ou de milieux dits branchés.

 

Ce dévoiement du lexique auquel excelle le conservatisme de droite (cf peuple, république, laïcité etc) ne réussit cependant pas à son antagoniste car ce mot-dard reste planté, il ne se laisse pas renvoyer à l'expéditeur: son objectif est de stigmatiser et une fois la cible atteinte, le discours se referme sur elle. Largement accepté et diffusé, le prototype du bobo qui sert de repoussoir serait-il inconsciemment envié pour son train de vie, sa parcelle de pouvoir supposée? Quoi qu'il en soit, le bobo n'est en général pas conscient de son appartenance à cette classe sociale ou s'en démarque tout comme il se trouve actuellement peu de prolétaires  reconnaissant l’être.

 

M'appelant Boris me direz-vous, je prends cette expression trop à cœur. Possible, mes antécédents ne plaident pas en ma faveur. Mais Renaud ne chantait-il pas dans “les bobos”  : ma plume est un peu assassine / pour ces gens que je n'aime pas trop / par certains côtés j'imagine / que je fais aussi partie du lot ? Ayant fait amende honorable depuis, débranché que je suis dans ma lointaine contrée et vacciné contre toute dérive trotskomaoguevarienne, j'assume mon boboïsme récurrent dans la sérénité qui me gagne peu à peu (sérénité ou sénilité, peu importe: les deux sont liés). Vous pouvez toujours y aller, ça ne me fera même pas bobo !

 

Avant de nous lancer dans l'analyse des mots repoussoirs dans une prochaine série sur le conformisme langagier il convient de clore sur une citation celle des mots-dards qui ne sont aucunement des mots d'art puisqu'ils servent juste à mot dire et maudire autrui: “j'entendais maudire, conspuer, calomnier et avilir tout ce que j'avais vu respecter et redouter la veille” (George Sand)

 

 


 

 

- concernant l'origine de ce mot-valise composé de bourgeois et de bohème, les avis divergent: alors que Mediapart sous couvert du grand Robert l'attribue à son journaliste A Perraud , Wikipedia sous couvert d'un autre journaliste  affirme qu'il est apparu en 2000 dans le Courrier international et non dans Télérama... l'USDMHD  pourrait peut-être demander à ses étudiants de propédeutique de faire toute la lumière sur cette fâcheuse controverse .

 

... impossible de conclure sans remercier le service de documentation de l'USDMHD qui nous a abondamment fourni en références bibliographiques et dont l'appui moral et le professionnalisme ont été décisifs dans l'élaboration de ce bref topo.

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