abus de moraline ?

chose promise, chose due: lors de la réflexion autour de la ligne éditoriale de ce site et de ses grands sujets, la question de la moraline qui les entoure a été évitée or elle est au cœur de la pratique journalistique. Terme péjoratif stigmatisant un excès de scrupules et de ce que l'on appelle les « bons sentiments », il entacherait ou rehausserait c'est selon les écrits de sa subjectivité.

Au pays de la déclaration des droits humains à vocation universelle on ne badine pas avec la morale. Le hic c'est que les critères en sont très souples et c'est bien heureux pour les responsables politiques car cela permet de détourner le débat public des questions économiques par exemple. Là où le bât blesse c'est pour la définition de ce qui est souhaitable et qui semble simple à première vue comme la préservation de l'intégrité des personnes ou leur épanouissement mais se heurte ensuite à l’ambiguïté de concepts tel que la propriété, la liberté ou la justice. Leur interprétation nous situe dans le panorama politique encore fondé sur la répartition gauche-droite des sièges dans les chambres de représentation bien que la plaque tectonique gauche glisse imperceptiblement sous celle de droite en leur centre.

 La gauche s'est caractérisée jusqu’à présent par la générosité de ses idéaux qui réclament justice pour les opprimé/es, démuni/es et exploité/es mais cet élan se heurte à l'adversité et se voit taclé par l'autre bord qui dénonce les contradictions dans lesquelles il baigne et une position hypocrite. La solidarité qui trouverait rapidement ses limites avec la préservation de ses intérêts s'oppose de la sorte à l’aumône du possédant qui, lui, ne nie pas l'étendue assumée de son patrimoine; de même la défense syndicale des droits des travailleuses et des travailleurs ne serait que celle de leurs privilèges selon les secteurs d'activité et les statuts. Mais l'argument le plus délétère est fourni à ses détracteurs par les multiples cas de faiblesse humaine des responsables incarnant la gauche immédiatement mis en scène par les médias aussi bien libéraux que non-libéraux ou/et « indépendants ». Argent et sexe, ces deux vices de l'humanité sous l'angle de la morale attendent avec leurs pics les victimes dans la fosse cachée sous le treillis de feuilles mortes.

 L’excès d'argent ou la richesse donc est immoral une fois opposé à la pauvreté et surtout à la misère : le communisme prônait l'égalité pour tous les prolétaires à travail égal sans préciser toutefois ce qu'il advenait des non-prolétaires aussi toute ostentation est jugée suspecte. L'horizon s'assombrit lourdement pour tout responsable public véreux dont le patrimoine doit maintenant être rigoureusement justifié ainsi que les notes de frais bien que le lobbyisme toujours plus inventif ne trouve des subterfuges: n'est pas Pepe Mugica qui veut. L'intégrité est attendue de tout responsable politique que l'on rêve en super-héros sans que l'on ait à démontrer ses propres vertus : la catarsis de la politique-spectacle se retourne contre ses acteurs déchus hués par la foule, voir les commentaires redresseurs de torts suscités par les chutes spectaculaires comme celles de Tapie, de Cahuzac ou des Balkany.

 L’excès de sexe est plus ambigu et concerne presque exclusivement le genre masculin qui serait plus propice à se débaucher (pas d'écriture inclusive possible ici ;-). Certes, l'idiosyncrasie française plus tolérante - ou patriarcale c'est selon - que l'anglo-saxonne a longtemps ignoré ce levier efficace qui nous a finalement privés d'un président pressenti trop lubrique le matin mais le ton est donné désormais et les politiciens doivent faire preuve de retenue comme les hommes en général. Bien que les frontières entre le bien et le mal semblent à première vue faciles à établir (viol et violence, mineur/es), la zone de flou demeure qui concerne la galanterie et les hommages balourds des « mufles » dont les égarements sont prémisses de viol selon certaines et certains. L'horizon se couvre alors des menaces de nuages lourds de moraline prête á se déverser sur les détails des comportements et des propos licencieux ou non qui régentent les rapports entre les sexes ou les genres : voir l'impact géopolitique du préservatif dans le cas Assange.

 C'est ainsi que notre journal louvoie dans les méandres amazoniens de ces flots boueux fendus par sa blanche et fière coque : le bien moral à bâbord et le mal immoral à tribord mais comme pour tout corps en mouvement les repères s'inversent avec le cap. Ce cap dont les contours restent insaisissables dans le nouveau continent de ce siècle à conquérir ...ou à subir.

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