L’auto-critique d’un socialiste devenu gilet jaune

Les socialistes portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Le reconnaître serait un premier pas pour retrouver un peu de crédibilité...

L’auto-critique d’un socialiste devenu gilet jaune :

Les gilets jaunes c’est d‘abord une jacquerie contre les taxes. Et nous avons échoué, en tant que socialistes, à expliquer les vertus de la taxation écologique et reculé face aux bonnets rouges “cousins bretons” des gilets jaunes. L’échec de Hamon à la présidentielle c’est aussi l’échec à expliquer que socialisme et écologie allaient ensemble. Il aura au moins essayé avant de recevoir quelques bons coups de poignard dans le dos. Fraternité socialiste à n’en pas douter.

Les gilets jaunes c’est aussi un soulèvement populaire... et nous avons échoué en tant que Parti à reprendre langue avec ces couches populaires pendant les 5 dernières années où nous étions au pouvoir.

Les gilets jaunes c’est le procès de l’arrogance des élites et de la technocratie au pouvoir. Et nous avons échoué en tant que parti dans notre logique d’émancipation sociale reproduisant, dans les grandes lignes, le pouvoir des “mêmes”.

Enfin, les gilets jaunes c’est un mouvement issu et nourri par une crise qui n’en finit plus de finir. D’où le procès fait “aux politiques” qui ont gouverné ces 40 dernières années.

Les gilets jaunes nous oblige donc à mener notre auto-critique comme préalable : nous avons nourri et entretenu le social libéralisme, l’illusion de la “mix policy”, d’abord on serre la vis et un jour on redistribuera. Le ruissellement macronien n’est qu’une résurgence des théories de l’offre auxquelles nous nous sommes convertis dès les gouvernements Rocards en 88, et que nous avons entretenu avec zèle avec Ayrault et surtout Valls, illustre fossoyeur du socialisme de gouvernement qui n’a fait finalement que poser le dernier clou au cercueil.

Si les gilets jaunes font le procès de Macron désormais il font par la même occasion notre procès : le PS a été le service des ressources humaines de La République En Marche. Macron a été propulsé sur l’avant scène par un président socialiste. Son état major est composé majoritairement d’ex socialistes. L’assemblée compte un président ex socialiste, le groupe LREM a pour principale composante des ex
socialistes.

C’est un ex socialiste qui est ministre de l’intérieur et qui a fait pleuvoir un millier de grenades lancées en une journée soit beaucoup plus que le nombre de grenades utilisées en 2017. Qu’il n’y ait pas de morts à deplorer est miraculeux.

Ce matin j’ai revêtu un gilet jaune à mon tour. Par solidarité pour tous ceux qui battent le pavé pacifiquement, tiennent les ronds points et gênent l’accès aux grandes surfaces. Car je suis en colère moi aussi. Alors que j’ai les moyens de faire mon plein de diesel et alors que mes enfants auront des cadeaux sous le sapin à Noël.

Je suis en colère car notre parti, le beau parti de Jaurès, porte une responsabilité dans la situation actuelle. Une responsabilité lourde.

Olivier Faure devrait reconnaître cela. La lucidité et l’honnêteté sont des bases pour retrouver la confiance des gens.

Sinon il continuera et nous avec lui à être invisible et inaudible. Une petite voix de gauche diluée et dispensable dans le grand vacarme de la colère

Amities
Boris Faure
BRUXELLES

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