Tout finit et tout commence à la Mutualité

Au rassemblement de la Mutualité, le 9 Mai, les socialistes ont lancé leur campagne des législatives.

Tout finit et tout commence à la Mutualité


Tiède. Comme ce soleil de Mai qui tente de réchauffer le coeur des socialistes qui attendent sur les marches de la Mutualité le début du rassemblement des candidats socialistes aux législatives.


Les permanents du Parti ont la mine grave, mais on perçoit aussi ça et là les sourires de ceux qui sont simplement heureux de se retrouver "en famille" après notre défaite aux présidentielles et l'arrivée à l'Elysée d'Emmanuel Macron, grâce à notre victoire commune contre l'extrème droite.


On parle souvent de cette "nécessité de se rassembler", comme un mantra politique récurrent dans les discours socialistes.


Cette expression prend tout son sens en ce 9 Mai, jour qui célèbre  la déclaration Schuman et la naissance symbolique et politique de l'Europe :


Dans cette salle mythique de la gauche sociale et politique,  ce n'est donc pas à l'enterrement de la gauche de gouvernement auquel j'ai assisté. Les socialistes sont sonnés. Mais il ne sont pas K.O. Et je nous crois capable de nous relever pour mener le combat.


Les motifs d'espérer ?


Un Bureau national qui le matin même a abouti à un compromis sur une plateforme politique qui fixe l'axe de nos campagnes : Le texte est le fruit d'une synthèse entre le projet de Benoit Hamon, en particulier sur la dimension écologique et sociale, et la valorisation des acquis du quinquennat. La partie "litigieuse" du texte, qui intégrait notamment la mesure d'Emmanuel Macron sur la suppression de la taxe d'habitation, a été supprimée. Les proches de Benoit Hamon ont donc obtenu satisfaction sur ce point et ont approuvé le texte au final, même si la presse a pu faire écho d'autres insatisfactions qui demeurent.


Un slogan de campagne a été choisi, "la justice sociale d'abord", preuve que les socialistes feront campagne sur leurs valeurs de gauche.


Le premier ministre, Bernard Cazeneuve, a été longuement ovationné. Emu, combattif, il a rappelé que tout l'héritage que nous portions, de Jaurès à François Mitterrand jusqu'à François Hollande, constituait le "fil d'une mémoire" qui ne s'interrompra pas, resituant ce combat pour les législatives dans la longue histoire des combats de la gauche du réel. Il mènera la campagne des législatives et a fait part de sa disponibilité à tous les candidats, rappelant qu'il n'attendait rien pour lui (il se mettra en retrait de la politique après la campagne) et qu'il se mettrait au service de tous ceux qui le souhaiteraient, sans gêner ceux qui ne le souhaiteraient pas.


Il a stigmatisé, à raison, les errements de Jean-Luc Mélenchon pendant l'entre deux tours et l'absence de consigne républicaine claire, Cambadélis, ensuite, rappelant que Mélenchon avait "banni le mot de gauche" de ses discours : Très clairement, Il n'y aura pas d'alliance possible avec les mélenchonistes et la France Insoumise, même si les alliances avec les autres forces de gauche sont possibles localement.


Emmanuelle Cosse, ex responsable de EELV, a rappelé d'ailleurs toutes les avancées qu'il y avait eu en matière de politique de logement sous ce quinquenat (que ce soit en terme de construction de logements sociaux ou de rénovation thermique).


J'ai apprécié particulièrement l'intervention d'Olivier Faure, président du groupe PS à l'assemblée nationale :


"Ni opposition mécanique (à Emmanuel Macron). Ni soutien inconditionnel. Mais une 3ème voie. La France a besoin de se redresser.  Mais a également besoin de vigilance. Les dérives possibles doivent être empêchées par un contre poids. Les Français ne sont pas seulement binaires. On peut souhaiter la réussite de cette présidence, mais en même temps considérer qu'il n'est pas possible de réformer le travail par ordonnance. Nous pouvons travailler avec tout le monde si nous savons qui nous sommes. Nous allons nous battre en disant justement qui nous sommes et ce que nous voulons. Pour peser. Sans nous renier"

 

Jean-Christophe Cambadélis, lui, revenait sur le fameux droit d'inventaire :


"Il faut être fier de ce que nous avons fait pendant 5 ans. Et pour tout ceux qui sont gênés aux entournures sur certains points du bilan, il y a le droit d'inventaire. (...) seule la gauche peut répondre au problème de la fragmentation sociale (que le vote FN, vote de classe, démontre cruellement), la droite, elle, veut déchirer le tissu social. (...) nous devons être la gauche constructive, vigilante; Il faut arrêter l'irresponsabilité de camarades qui pensent à leur faction plus qu'au sort de la France"


Aux côtés d'Hélène Conway, qui assistait à ce rassemblement, et de Didier Le Bret, notre candidat sur la 9ème circonscription, les autres candidats FFE n'ayant pu faire le déplacement pour cause de distance géographique, j'ai pu trouver dans ce rassemblement de l'énergie pour aller de l'avant.


Sans candeur, car je n'ignore pas que le "temps de l'inventaire" viendra, et qu'il sera surement le fruit de débat passionné, mais avec un sentiment de responsabilité : Car c'est à nous de faire vivre l'héritage de cette gauche de gouvernement qui a mené de rudes batailles sous le quinquennat et qui peut s'enorgueillir, comme le rappelait Najat Vallaud-Belkacem, de la création de 60 000 postes de fonctionnaires, quand Emmanuel Macron, lui, veut en supprimer 120 000.


A la FFE, nos candidats sont déja en campagne depuis plusieurs mois pour certains. Il faut je le crois, plus que jamais, assumer notre héritage qui va de Jaurès à Hollande, tout en traçant des sillons pour l'avenir, comme l'a fait Benoît Hamon, en défendant crânement nos couleurs socialistes et écologistes.

 

Il n'y aura pas de dissolution dans le grand magma Macroniste, et les socialistes chercheront donc à avoir un groupe autonome à l'assemblée. La ligne rouge n'a pas été franchie collectivement malgré les débauchages individuels du "grand aspirateur" Macron.


Tout finit à la mutualité, de ce quinquenat difficile où les socialistes se seront parfois perdus dans les sables mouvants de la déchéance de nationalité ou de l'absence de compromis sur la Loi El Khomry, qui aura mis la France dans la rue. Un quinquennat où nous aurons néanmoins redressé la France, ses comptes publics, sa situation économique en terme de marge retrouvée des entreprises et d'investissement, même si l'absence de résultat durable et concret sur le chômage restera comme notre plus grand échec.

 

Mais tout commence aussi à la Mutualité, pour cette gauche sociale démocrate, réformatrice, et imaginative, écologique, qui de Rocard hier  à Hamon aujourd'hui, de la génération de Cazeneuve à  celle de Matthias Fekhl, de Martine Aubry à Anne Hidalgo porte en elle de beaux espoirs pour demain et continue à écrire son histoire.

 

Amitiés socialistes

Boris Faure

1er secrétaire fédéral FFE PS

 

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