juger Filoche ou le rachat de conscience pour le PS

Si l'antisémitisme est une horreur, faut il exclure Filoche du PS pour un Tweet foireux alors que l'homme s'est excusé depuis ? Le bureau national du PS devra se prononcer lundi sur cette exclusion en forme de rachat de conscience possible...Lundi on jugera beaucoup plus qu'un tweet finalement et la lutte contre l'antisémitisme servira sûrement de prétexte à certains.

J'avais initulé cet article au depart "Juger Filoche : La fin (apparente) de la politique du "gros trait" au Parti socialiste prépare t-elle plus de cohérence pour demain ?"

Mais qui connaît la "politique du gros trait" ?

Après les élections libres de 1989 en Pologne, le premier ministre Mazowiecki avait utilisé la formule du "gros trait" (gruba kreska) pour signifier qu'aucune purge ne serait organisée dans l'appareil d'Etat vis à vis des communistes ou ex communistes . il s'agissait alors de ne pas diviser le pays et de pouvoir compter sur toutes ses forces vives pour organiser le passage à l'économie de marché et promouvoir la réconciliation des polonais entre eux. 

 

Au PS la politique du "gros trait" a été pratiquée ces derniers mois, sans pour autant être assumée clairement. Le nombre de socialistes qui rejoignirent Macron avant ou pendant les présidentielles fut si important alors, que les instances du Parti jugèrent qu'il ne fallait pas se lancer dans une politique de règlement de compte fratricide qui aurait montré qu'un bon tiers au moins de l'appareil jouait désormais contre l'appareil lui même. Les statuts du PS furent au passage rangés au placard. Le parti se vida lentement  de sa substance.  Nous étions devenus un parti hémophile qui ne savait pas vraiment comment stopper l'hémorragie.

 

Les "dégoutés" qui jugèrent qu'il n'y avait plus de règle commune, que trop de complaisance prévalait à l'égard des Macronistes, Et et qu'il etait donc temps de claquer la porte furent nombreux. La création du Mouvement du Premier Juillet surfe, en autre, sur ce besoin de renouveau et de cohérence.

 

Avec la saisine du Bureau National et la traduction de Gérard Filoche devant les instances du Parti pour son tweet antisémite (la caricature qui l'accompagne l'est. Le tweet lui même est anti-macroniste avant tout), il semblerait que le PS veuille "éclaircir le trait" et en finir avec la politique du gros trait.  on m'a déja dit depuis deux jours qu'on ne peut comparer la trahison en faveur de Macron et l'antisémitisme. Je ne peux qu'être pleinement d'accord avec cet argument.

 

Et pourrais donc a priori me féliciter de ce souci de cohérence nouvelle. Mais à y regarder de près cette situation laisse un goût amer : A choisir une "victime expiatoire" (René Girard a montré comment le sacrifice d'un Bouc-émissaire était capable de souder un groupe) j'aurais préféré que ce soit une autre personne qu'un tribun de gauche comme Filoche qui écope même après ce qu'il a reconnu être "une connerie"... je n'ai jamais vu un antisémite faire son examen de conscience et battre sa coulpe aussi rapidement.  Les détracteurs de Filoche l'affirment : il a trop souvent dérapé. Il va surement payer pour sa langue trop bien pendue et pour ses sorties médiatiques, tout autant que pour son tweet antisémite. On va donc juger Gérard Filoche pour l'ensemble "de son oeuvre" et finalement pour ses positions de poil à gratter du PS autant que pour son tweet. Car si le procès au BN ne devait porter que sur le caractère antisémite du Tweet pourquoi le PS et son représentant légal n'ont ils pas déjà saisi la justice judiciaire pour incitation à la haine raciale ?

 Bien entendu il ne sera jamais dit assez à quel point l'antisémitisme est une horreur. Les antisémites n'ont pas leur place au PS.  Nous nous montrerons donc intraitables désormais avec tous ceux qui  incitent directement ou indirectement à la haine raciale ou qui véhiculent des paroles discriminatoires. Un tweet frelaté d'une personne que nul ne songe réellement à reconnaitre comme  antisémite vaudra l'exclusion. Car le jugement semble déja acté par avance. Ce sera la porte.  La politique de fermeté retrouvée devra donc appeler demain d'autres sanctions. Notamment quand c'est l'islam qui sera maltraité dans les rangs socialistes. Professer une vision punitive à l'égard des musulmans en instrumentalisant la laïcité comme le font certains camarades ne semble pas devoir valoir pour l'instant la sasine du BN. Mais demain tout va changer...  

Espérons donc seulement que "demain" la cohérence ne soit pas  biaisée. Si l'on ne devait sortir les charrettes que pour les membres de l'aile gauche du PS, nous choisirions la justice de Fouquier-Tinville (l'accusateur public pendant la Terreur) à celle de Jaurès. voilà le risque lundi. Que le procès fait à Filoche ne  se transforme en tout autre chose que le seul  procès de l'antisémitisme. 

 

Je souhaite donc aux membres de la direction collégiale et du BN du PS de trouver "le chemin de la cohérence" et d'avoir la main ferme,  certes, mais aussi le coeur ouvert et l'esprit éclairé. puisqu'ils auront à statuer en bureau national sur beaucoup plus qu'un Tweet. Et je pense qu'ils l'ont déja compris.

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