Une réforme "en kit", la réforme du réseau d'enseignement français à l'étranger

Le débat sur la réforme de l’Agence pour l’Enseignement français à l’étranger rebondira-t-il dans l’opinion et dépassera t-il le cercle des communautés françaises à l’étranger ? Comment le débat se poursuit-il dans le réseau AEFE ? Le directeur adjoint de l'agence semble faire la "tournée des popotes" pour préparer les établissements et les élus à des changements à venir..

Le point sur une réforme « en kit » : la réforme du réseau d’enseignement français à l’étranger.

 

Le débat sur la réforme de l’Agence pour l’Enseignement français à l’étranger rebondira-t-il dans l’opinion et dépassera t-il le cercle des communautés françaises à l’étranger ?

 

Il faut l’espérer. Car les français de l’hexagone sont attachés eux aussi à ce réseau d’enseignement qui participe du rayonnement français à l’étranger. La récente tribune parue dans Libération, signée par Hélène Conway et Yannick Trigance, deux élus du Parti socialiste, pointe l’écart entre la parole présidentielle  et les actes politiques : Emmanuel Macron affiche désormais l’objectif louable de doubler le nombre d’élèves dans le réseau français à l’étranger tout en réduisant dans le même temps les moyens de l’agence pour l’enseignement français à l’étranger.

http://www.liberation.fr/debats/2018/04/23/etablissements-francais-a-l-etranger-apres-les-paroles-les-actes_1645307

Les élus consulaires de Belgique ont pu avoir un échange avec le directeur adjoint de l’Agence en déplacement dans notre pays de résidence le 6 avril 2018. Jean-Paul Négrel a fait un point technique sur le sujet de cette réforme « en kit » dont nous apprenons peu à peu les tenants et les aboutissants.

Un constat est partagé entre les élus et le directeur :

La coupe budgétaire de l'été dernier a créé de la confusion et obligé à des mesures « correctives » que nous avons trouvé brutales en tant qu’élus: Passage de la participation des établissements de 6 à 9%, accompagné de mesures structurelles en termes de suppression de postes (500 sur 3 ans). M Négrel a rappelé que le Président de la République avait annoncé le maintien de la subvention à son niveau antérieur et que la baisse des moyens serait donc jugulée.

La participation des établissements sera ramenée à 7,5% en 2019 puis à 6% en 2020. Le prélèvement réalisé par l’agence sera donc allégé ce qui pose la question de la compensation à terme de cette perte de recettes pour l’agence.

 

Le discours du Président à l'Académie Française, pour la journée de la Francophonie, a permis d'affirmer que l'AEFE allait être « la colonne vertébrale » du système ce qui pour l'Agence est une marque de confiance.

Les élus avaient pu constater que l’opérateur public était jusqu’à ce discours dans le collimateur de la majorité LREM, les députés LREM de l’étranger étant dans l’ensemble suspicieux sur la gestion publique et pensant que des marges d’amélioration importantes subsistaient. Il semble que le Président de la république n’ait pas souhaité s’engouffrer dans une logique de défiance généralisée.

L'objectif assigné au réseau est maintenant de doubler le nombre d'établissements labellisés et partenaires. En tant qu’élus nous ne pouvons que demander des précisions sur l’agenda retenu : Cet objectif sur un quinquennat semble parfaitement irréalisable et demande tout de même des capacités d’investissement importantes dans les pays où les capacités d’accueil sont saturées mais où les partenaires locaux sont trop fragiles pour se lancer dans de vastes projets immobiliers couteux. Dans un pays comme la Belgique, où l’offre d’enseignement francophone existe, difficile d’imaginer un doublement du nombre d’élèves ou d’établissements sous label AEFE car investir à Bruxelles demanderait par exemple des moyens importants pour une efficacité peut être relative.

L'Agence sera plus généralement la dépositaire de la qualité de l'enseignement face à des situations très diverses et nous ne pouvons qu’être satisfaits de ce rôle réaffirmé de régulateur du réseau.

Le directeur adjoint est également revenu sur l'enjeu de la formation : C’est surement le point de la réforme sur lequel les choses pourraient aller le plus vite mais qui comporte le plus de risques pour les personnels : Pour les personnels sous statut d’expatriés, un recours plus systématique sera fait à eux comme formateurs. Cela semble un point positif en terme de capacité à partager compétences et expériences auprès de collègues recrutés localement par exemple.

Pour les personnels résidents, il a toujours été admis que leurs contrats étaient reconduits de manière automatique. Il y a un volume total de 5600 résidents dans le réseau AEFE et seulement 600 ou 700 qui tournent chaque année.

Le directeur adjoint a donc posé la question de la mobilité face à un contexte hexagonal où certains inspecteurs d’académie n'arrivent plus à pourvoir les postes dans leurs départements. Un groupe de travail a été mis en place au niveau du ministère sur les nouveaux résidents qui pourraient donc se voir peut être soumis à une mobilité forcée. Ce serait un virage de gestion sans précédent.

Les formateurs verront quant à eux leur expérience reconnue avec le passage du certificat d'aptitude à la fonction de formateur. L’objectif général est de transformer les établissements mutualisateurs en établissements formateurs.

Au delà des effets de tribune on voit se dessiner une réforme qui misera sur un changement important de la politique d’emploi des personnels dans ce réseau. Il faut espérer que ce ne soit pas les seuls personnels qui fassent les frais de la volonté de changement.

 L’échange aura permis en tout cas d’aller au delà de la parole politicienne et un peu creuse et de rentrer dans les détails des premières pistes de réformes sérieuses. Affaire à suivre donc.

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