Emmanuel Macron n'a pas encore compris l'Europe par Gérard Bouquet

Quand le président dit qu'il a besoin de comprendre le rejet de la candidature de Sylvie Goulard, il prouve qu’il n’a pas compris l’UE et son fonctionnement. L’émergence de la souveraineté européenne suppose nécessairement le dépassement des souverainetés nationales. Cela suppose le respect du Parlement et des majorités issues du vote des citoyens, donc du système des Spitzenkandidaten.

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Le président Emmanuel Macron m'avait répondu un jour à Strasbourg, devant quelques amis, qu'il n'était pas fédéraliste.

L'échec qu'il vient de subir avec le rejet sans appel (82 voix contre, 29 pour et une abstention) de la candidature de Sylvie Goulard à la Commission Européenne, en apporte la preuve.

Beaucoup de pro-Européens, comme moi-même, soutenait Sylvie Goulard pour sa grande compétence et son engagement fédéraliste.

Mais il faut reconnaître qu'il y avait une certaine contradiction dans cette attitude.

En effet, on ne peut pas être fédéraliste et opposé, comme l'est le président français, au système le plus démocratique, celui des Spitzenkandidaten.

Les dirigeants français manquent de culture parlementariste

Le Parlement Européen fonctionne comme les parlements de la majorité des États-membres.

Leurs régimes institutionnels sont parlementaristes, la grande majorité des eurodéputés a donc cette culture.

Dans l’échec de Sylvie Goulard, il y a incontestablement une incompréhension et une erreur d'appréciation du président Macron, qui sont sans doute dues au rapport habituel de l’exécutif français avec le parlementarisme en général.

Un vrai parlement n’est pas à la botte de l’exécutif, comme c’est hélas le cas dans la Constitution de 1958.

Dans le cas de la candidature française, les mauvaises habitudes de domination quasi-absolue des présidents français sur le parlement ont pris le dessus sur la logique de la démocratie parlementaire, dans une tentative avortée de transposition.

Dans le même sens, l’éternelle erreur historique des dirigeants français est de s’imaginer qu’une Europe puissance mondiale serait une grande France.

Elle ne le sera pas, comme elle ne sera pas non-plus une grande Allemagne.

L'invention d'une souveraineté européenne passe par le Parlement

Dans son premier discours devant les députés européens, à Strasbourg, en avril 2017, Emmanuel Macron avait appelé à une souveraineté « européenne » réinventée.

Or, l’émergence de cette souveraineté européenne suppose nécessairement le dépassement des souverainetés nationales.

Cela passe en premier lieu par le respect du Parlement Européen et des majorités issues du vote des citoyens.

Quand le président français dit qu’il réclame des explications au rejet de la candidature de Sylvie Goulard, il prouve simplement qu’il n’a pas compris l’Europe et son fonctionnement.

Gérard BOUQUET     


 

 

 





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