ALSACE ET RÉPUBLIQUE

En regardant cette image de la mise à sac de l'Hôtel-de-Ville de Strasbourg, le 22 Juillet 1789 ou en repensant au salon du Maire Dietrich et à Rouget de l'Isle chantant la Marseillaise, je me demandais: que reste-t-il de l'esprit de cette République naissante, chez certains opposants à la réforme territoriale ?
Pourquoi  ce sursaut ? Est-il uniquement un affrontement droite-gauche, donc a priori antigouvernemental ou est-il plus profond ?
Le modèle alsacien serait-il en contradiction avec le modèle français ?
On peut comme point de départ admettre la grande médiocrité de la réforme dans sa méthode autoritaire (absence de consultation des assemblées des régions existantes, refus des référendum,.).
Ne faisons pas d'amalgame et passons sur les slogans nauséabonds, purement pangermanistes et donc anti-français, de certains manifestants !
Admettons également, que soit secondaire le réflexe égoïste, à la lombarde, selon lequel les autres régions fusionnées sont plus pauvres et que nous n'aurions pas à payer pour elles !
Mais quelle violence dans les réactions ! Quelle haine pour les voisins lorrains, appartenant pourtant, pour une part, à la culture germanique !
Un des leaders de cette révolte est même allé jusqu'à appeler au secours, le président allemand, président du "Grand-Frère d'Outre-Rhin".
Il y a là, pour le moins, un très gros malentendu créateur de malaise. Avec en sous-entendu la question: qu'est-ce qu'un Alsacien?
Pour certains la réponse est claire, purement identitaire.
Quelle violence, par exemple, dès qu'on ose avancer l'idée d'une sortie progressive du concordat et le retour de l'Alsace-Moselle dans la République laïque !
Pour d'autres elle est plus polie, plus nuancée, mais l'exclusion du Hàsebock est certaine.
Peut-être cela vient-il du fait, comme le suggérait Frédéric Hoffet dans sa Psychanalyse de l’Alsace, "que l’Alsace est une personne, dotée d’une âme, d’émotions, de plaisirs et de douleurs", ce qui expliquerait un réflexe primal, totalement tourné vers les traumatismes du passé.
Pour le "Hàsebock" de base, peut-être dé-formé par l'École laïque et républicaine, même au regard de l'Histoire, c'est difficile à comprendre et pour certains, à vivre.
Payons-nous encore l'abandon de 1870 ?
Nous nous sommes quand même pas mal rattrapés en 14-18 (le monument aux morts dans le moindre village de France et de Navarre en témoigne) !
Nos cultures sont-elles si différentes, d'un point à l'autre du territoire national ?
Pour avoir vécu vingt ans en Savoie, avant les vingt-cinq ans d'Alsace (oui!), je ne crois pas que ce pays, si proche de l'Alsace, par bien des côtés, ait perdu son identité dans la région Rhône-Alpes. Il y a plus de drapeaux savoyards en Savoie, que de Rot un Wiss, en Alsace.
Donc, il faut savoir raison garder, bien que là, on ne soit plus dans la raison, mais dans la passion.
Mais j'arrête là, car comme le dit le proverbe allemand: "A des oreilles sourdes, il n'est pas bon de prêcher".
Gérard BOUQUET

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