De Gaulle! de Gaulle! de Gaulle! ou Pourquoi je ne suis pas gaulliste

Si en ce 18 juin, tout le monde se dit gaulliste on a envie de s'écrier : «On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant de Gaulle ! de Gaulle ! de Gaulle !.mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien». Il faut tourner la page de sa vision de l'Europe et de la Constitution de 1958. Si être gaulliste aujourd’hui c’est être souverainiste et anti-européen, je ne suis pas gaulliste.

De Gaulle et Adenauer De Gaulle et Adenauer
Gérard Bouquet·Jeudi 18 juin 2020·4 minutes

En ce 18 juin, tout le monde est gaulliste, même Marine le Pen.

Pourtant on a envie en paraphrasant la célèbre réplique du général dans son entretien avec Michel DROIT entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1965 : «Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe !... mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien» de s'écrier : «Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant de Gaulle ! de Gaulle ! de Gaulle !... mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien».

Plusieurs de Gaulle

Il y a plusieurs de Gaulle qu'il faut louer : celui du 18 juin et de la Résistance, celui qui aura eu le courage de mettre fin à la guerre d'Algérie et de faire accéder à l'indépendance les pays de ce qui restait l'Empire français et, bien sûr, celui qui a fait le pari de l'amitié franco-allemande, avec le traité de l’Élysée le 20 janvier 1963.

On pourrait aussi y ajouter celui qui, le connaissant bien, a mis son veto à l'entrée dans le Marché Commun d'un Royaume-Uni qu'il voyait comme un satellite des États-Unis.

Une relation particulière à l'Europe

Sur l'Europe, c'est plus ambigu. En fait sa vision de la construction de l’Europe était confédérale : celle d’une Europe des nations, qui y conserveraient leur souveraineté.
Il s'opposa à l'Europe supra-nationale et à la stratégie de la déclaration Schuman de 1951 et aussi bien à la mise en place de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier), qu'à la CED (Communauté européenne de défense) et aux traités de Rome que les leaders gaullistes au parlement combattront.

Paradoxalement, sur la question européenne, de Gaulle était hostile aux pertes de souveraineté, dans lesquelles il voyait un risque de vassalisation américaine.

On retrouve cette obsession permanente d'une Europe, au sens le plus large du terme, capable de résister aux autres grandes puissances dans son célèbre discours à l’Université de Strasbourg, le 22 novembre 1959, où il avait lancé : « Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! »

Aujourd'hui, au contraire, la résistance à la vassalisation des États-Unis et aux autres grands puissances passe par la création d'une Europe politique forte.

Le mauvais coup de la Constitution de 1958

Rappelé en 1958 pour mettre fin aux «événements» d'Algérie, le général de Gaulle arrivait en sauveur face à l'impuissance de la IVème République, dont le dernier Président du Conseil fut Pierre Pflimlin.

C'est donc en position de force qu'il a obtenu une révision constitutionnelle rédigée à sa volonté et à son image.

Beaucoup de choses y sont très contestables et surtout le poids démesuré de l’exécutif avec la maîtrise de l’ordre du jour du Parlement, la place excessive du Règlement par rapport à la Loi, le 49.3 et, bien sûr, l’article 16, notamment.

On voit qu'aujourd'hui ces Institutions bonapartistes, dans lesquelles le Parlement n'est qu'une Chambre d'enregistrement de lois rédigées dans les cabinets ministériels, voire directement à l'Élysée, ne fonctionnement plus et qu'il faut passer à un autre modèle.
Ce modèle est celui de tous nos voisins ; le système primo-ministériel parlementaire. Il sera sans doute difficile d'y revenir, mais l'équilibre des pouvoirs, y compris vis-à-vis de la Justice, est à ce prix.

En conclusion

Si l'héritage du Général de Gaulle est fondamental dans sa résistance à l'Allemagne nazie, à la vassalisation américaine et pour le rapprochement avec l’Allemagne, il faut tourner la page de sa vision de l'Europe et de la très mauvaise Constitution qu'il nous a laissée.
Aujourd'hui, au contraire, la résistance à la vassalisation des États-Unis et aux autres grands puissances passe par le renforcement d'une Europe politique forte.
Si être gaulliste aujourd’hui c’est être souverainiste et anti-européen, je ne suis pas gaulliste.

Gérard Bouquet
Strasbourg-Schiltigheim - 18 juin 2020

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