Les Gilets Jaunes : un danger pour l'Europe

Dans l'intérêt de l'Europe, la crise des Gilets Jaunes doit s'arrêter rapidement. Elle était, au début, à la fois sociale, politique et institutionnelle. Avec son instrumentalisation par l'ultra-droite, elle fait courir un risque majeur à la bonne tenue du débat européen et à l'Europe. Le Président qui se veut tête de file des «progressistes» doit tout faire pour résoudre la crise.

Dans ma tribune du 5 décembre 2018, je mettais l'accent sur le fait que la crise des Gilets Jaunes, dans ses prémices ruraux, me semblait être à la fois sociale, politique et institutionnelle, due à l'échec de la métropolisation et l'abandon d'une vraie politique décentralisatrice d'aménagement du territoire.

J'ajoutais la nécessité d'une véritable réforme institutionnelle, qui parallèlement au retour à un régime parlementaire, permettrait une véritable fédéralisation de la République, c'est à dire une décentralisation forte des compétences et des ressources correspondantes.
Depuis, la crise, récupérée par l'extrême et l'ultra-droite, a pris un caractère dangereux pour l'équilibre de notre système politique.

Les Gilets Jaunes : un risque majeur pour l'Europe

Mais aujourd'hui, il faut aussi pointer un autre risque majeur, celui qu'elle fait courir à l'Europe.
Le premier facteur est d'ordre purement calendaire. L'élection du Parlement Européen a lieu dans tout juste quatre mois, le 26 mai.
Or, le traitement prioritaire de la question des Gilets Jaunes par les médias retarde la tenue du débat électoral, qui devrait déjà être engagé sur les enjeux européens. Un débat qui ne passionne déjà pas les médias français en temps normal.

Par ailleurs, il est évident que la crise est le terreau idéal pour les populismes de droite et de gauche, qui ont vite fait de reporter les causes de nos malheurs sur Bruxelles et une Europe bouc-émissaire. Sans machiavélisme, on peut se demander si les partis europhobes n'ont pas intérêt à faire durer l'expression du mécontentement.

Le gros risque couru par le président

Enfin, la manière dont Emmanuel Macron a voulu faire de cette campagne électorale un duel entre «populistes» et «progressistes» est risquée, dans la mesure où toutes les oppositions à sa personne et à sa politique vont se cristalliser au profit des europhobes, comme le souhaitent notamment Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui veulent faire de l'élection européenne un référendum anti-Macron.
Comme le disait très bien dans sa tribune au Monde, Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente de la CDU :
« Ce qu’il faut, c’est dire concrètement quelle Europe nous voulons, pour ma part une Europe qui défend la liberté, la paix et qui se veut économiquement forte. »

Il est de l'intérêt de tous, précisément pour que nous puissions participer au débat de fond sur les enjeux européens, que la révolte des Gilets Jaunes s'arrête rapidement.

Toute les forces progressistes doivent lancer d'urgence le débat européen en désignant leurs têtes de liste et en ne tardant pas à présenter leurs candidats.
Quant au Président qui se veut tête de file des «progressistes» et que le Time présentait à sa Une, comme «le futur leader de l'Europe» en ajoutant «à condition qu'il puisse diriger la France», il doit tout faire pour résoudre la crise.
Il y va de l'intérêt de la France et de l'Europe. Il a une lourde responsabilité aux yeux de l'Histoire.

Gérard Bouquet



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