ISLAM. ARRÊTONS DE NOUS VOILER LA FACE ! par Gérard BOUQUET

Beaucoup de Français sont profondément atteints dans leurs convictions républicaines, à la vue de ces bouts de chiffons, qui rappellent que la moitié de l'humanité, celle des femmes, n'est pas encore libérée, que le prétexte religieux, cache des réflexes identitaires dépassés. Mais face à une situation à caractère essentiellement social la tentation de l'interdit n'est pas la bonne.

Il n'était pas nécessaire d'être grand clerc, pour savoir qu'un jour ou l'autre la confrontation avec l'Islam radical aurait lieu en France.

C'était tout simplement inévitable, parce que certaines pratiques revendiquées avec arrogance et parfois même avec violence, viennent heurter de front le sentiment républicain, créant chez beaucoup une forme d’exaspération dangereuse.

Dans l'affaire du burkini, qui défraye actuellement la chronique, il est clair que beaucoup de Français sont profondément atteints dans leurs convictions voltairiennes, républicaines, voire libertaires, à la vue de ces bouts de chiffons, qui nous rappellent que la moitié de l'humanité, celle des femmes, n'est pas encore libérée, que le prétexte religieux cache des réflexes identitaires dépassés, qui nous choquent.

Mais la tentation de l'interdit n'est pas la bonne.

Nous devons aider ces femmes à se libérer d'elles-mêmes, par l'exemple, la parole, l'éducation, la conviction persévérante, pas par des arrêtés municipaux aux intentions douteuses ou des humiliations publiques sur les plages.

UNE ALERTE GRAVE

Beaucoup de choses ont été dites ou écrites, sur cette situation conflictuelle et grave.

Il en est notamment de ses causes supposées ; colonialisme, échec de l'école, échec de l'intégration par le travail, ghettoïsation de certains quartiers, conflit israélo-palestinien et bien sûr, conséquences des guerres contre l'État Islamique. Tout doit être pris en compte.

Mais la religion n'est en l'espèce que la «couverture» facile d'une situation à caractère essentiellement social.

Cela ne signifie pas, qu'il n'y ait pas une part de responsabilité de nature religieuse au conflit, mais qu'il est, avant tout, de nature sociale.

Par faiblesse ou par aveuglement, la France a raté l’intégration d'une part importante de ses jeunes compatriotes issus de l'immigration, favorisant un communautarisme clivant de plus en plus la société.

La permanence du chômage a aggravé cette situation en favorisant la ségrégation à l'embauche.

Pourtant regarder en arrière ne servirait à rien. Ce sont des solutions pour l'avenir qu'il faut trouver.

Les citoyens d'origine musulmane doivent se sentir intégrés en France, tout en acceptant d'en respecter les fondements, à commencer par la laïcité.

Car ce qu'on peut, en effet, reprocher à l'islam, c'est d'avoir remis la religion au centre du débat public, alors qu'elle en était progressivement sortie depuis 1905.

Elle doit donc en ressortir, au ême titre que les autres religions, ni plus, ni moins.

DONNANT-DONNANT

Nous ne sortirons de cette situation dramatique, que par des efforts consentis par l'ensemble des composantes de la société, dans une tolérance réciproque.

Il est, notamment, absurde d'aviver les braises sur les questions vestimentaires.

La société française doit faire l'effort d'admettre une certaine liberté vestimentaire de chacun et de chacune, à la seule condition qu'elle ressorte d'un libre arbitre absolu et que cela concerne des personnes majeures.

On peut même espérer, que la tolérance conduira à la raison, par exemple sur la question du voile, qui n'est souvent, pour beaucoup de jeunes femmes, qu'un instrument de révolte de nature identitaire.

En contrepartie, les citoyens de culture musulmane doivent admettre que rien n'est supérieur, dans ce pays, aux lois de la République, qu'il y a donc des limites à ne pas franchir.

LES LIMITES INFRANCHISSABLES

La question fondamentale, qui semble clairement être au centre du conflit, est celle de la place de la femme dans la société.

Le principe d'absolue égalité entre les droits des femmes et ceux des hommes doit donc être rappeler et défendu vigoureusement, y compris à l'école, dès le plus jeune âge. C'est une ligne rouge infranchissable.

De la même manière la liberté de ne pas pratiquer, y compris les obligations alimentaires ou la liberté de changer de religion doivent être rappelées et garanties.

La religion doit retourner dans la stricte sphère privée. Le contraire ne peut conduire qu'à des provocations dangereuses.

C'est de plus le seul moyen de contrer les offensives racistes des mouvements d'extrême-droite, à l'heure où commence une campagne électorale à haut risque.

 

Nous devons retrouver le respect mutuel. Et même si certains militants des deux camps devront « mettre de l'eau dans leur vin », pour survivre, les Français doivent apprendre la tolérance.

 

 

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