Pour un plat de lentilles...européennes par Gérard Bouquet

Certains sont étonnés par la liste «Renaissance», mais le fait que certains Marcheurs de la première heure se situent à des places non-éligibles, est le résultat de toute politique d'ouverture. La chasse aux places est meurtrière. La politique politicienne et l'éclatement des partis réussi par Macron, avec son concept « ni de droite, ni de gauche », ont accentué le risque de transhumance.

Certains semblent étonnés par la composition de la liste «Renaissance» initiée par le président Macron. Premier constat : certains militant.e.s Marcheurs de la première heure ne sont pas présents sur la liste ou se situent à des places non-éligibles. C'est le résultat de toute politique d'ouverture. On l'a vu en 2014 dans la circonscription Est, où placée, à la surprise générale, derrière Édouard Martin, Catherine Trautmann n'a pas réussi à conserver son siège d'eurodéputée. On le voit aujourd'hui à Strasbourg, où l'ancienne maire, proche d'Alain Juppé, Fabienne Keller, se retrouve en place éligible, alors que l'adjointe au maire, en charge des affaires européennes et internationales, Nawel Rafik-Elmrini, marcheuse de la première heure est en situation difficile à la 29ème place de la liste.

Le problème, c'est que la chasse aux bonnes places est meurtrière et arbitrée par la formation dominante. On le voit avec le Mouvement Radical, officiellement fédéraliste, qui ayant décidé de rallier la liste du parti présidentiel, se retrouve avec un seul candidat éligible. On peut se demander si ce ralliement pour un plat de lentilles, méritait de faire exploser un parti enfin réunifié. D'autant, que le président Macron en proposant le renforcement de l'intergouvernementalité, dans sa dernière lettre «Pour une Renaissance européenne», s'éloigne d'un fédéralisme dont il ne veut pas.

Le pari est donc risqué de fédérer les pro-européens dans une seule liste qui risque de cristalliser les mécontentements.

Pour le reste, personne ne doit s'étonner des changements constants de chapelles de la part des politiques. La politique politicienne a atteint un niveau inégalé et l'éclatement des partis voulu et réussi par Emmanuel Macron, avec son concept « ni de droite, ni de gauche », a accentué le risque de transhumance en relativisant la question des convictions politiques. Un trop large gloubi-boulga au centre risque de favoriser les réactions extrémistes. Il est temps de revenir à plus de clarté en politique, même si le combat prioritaire actuel est de sauver la construction européenne du danger nationaliste. Cette clarté ne passe pas par la stratégie du parti unique.

Gérard Bouquet

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