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Plinio Walder Prado est philosophe au département de philosophie de l'Université Paris 8, Vincennes - St Denis. Il vient de publier aux éditions Lignes Le Principe d'Université, un texte bref et offensif.

 

Le Principe d'Université est un texte de circonstance qui s'inscrit dans un contexte, celui de l'application du "processus de Bologne" à l'Université par des réformes telles que le LMD, LRU, Mastérisation, statut des Enseignants-Chercheurs...

Pour Plinio W. Prado la vérité de ses réformes est dans l'extension de l'usage comptable du temps à l'Université : "Ce temps consacré au questionnement et à l’écoute, de soi et de l’autre, voilà ce que tend à interdire précisément le surcroît de mobilisation générale et accélérée que le pouvoir politique, administratif et économique entend imposer aujourd’hui à tout un chacun, sur fond de compétition mondiale, enrôlant encore davantage l’existence de chacun dans la loi de l’échange marchande et de l’usage comptable du temps." Au cours de l'entretien, nous en verrons les conséquences à l'endroit même du Principe d'Université.

 

 

Ce texte s'inscrit dans une filiation : Textes fondateurs de l'Université de Bologne (1088), de l'Université des Lumières de Berlin (1810), mais aussi dans une tradition de textes critiques à l'égard de l'université par le monde universitaire et qui donnerons naissance à l'Ecole de Franckfort, à l'Université libre de Berlin ou encore à l'Université de Vincennes.

 


Le Principe d'Université s'inscrit également dans un moment d'intense publication sur le sujet : Revue Internationale des Livres et des Idées, Revue Mouvements, Revue Multitudes, Revue du Mauss, Revue Vacarme...

 


Le Principe d'Université, texte en accès libre sur le site des éditions Lignes, en appelle à la désobéissance civile car "la violation des droits fondamentaux (liberté d'expression) se vérifie doublement dans le présent contexte de la « réforme » sur ladite « autonomie » des universités. Celle-ci ne s’attaque pas seulement au principe d’espace public, de discussion et de délibération à l’intérieur de l’Université, en le subordonnant aux finalités de la compétition économique et de l’impératif de rendement. Elle s’attaque à ce principe à l’échelle générale de la société aussi ― de l’ensemble des citoyens, de ladite opinion publique ―, en y organisant par tous les moyens le passage en force de sa réforme. (...) Les décideurs ont opté de concert pour le verrouillage général de l’espace public, en choisissant de soustraire à la discussion, y compris par les moyens les plus ignobles, une réforme qui manifestement ne saurait résister à une confrontation publique d’arguments." C'est donc au "verrouillage" de l'espace public auquel nous assistons.

 

En 5 points, le texte réaffirme les conditions de possibilités de l'Université, aussi bien qu'il en propose sa réinvention :


L’indépendance inconditionnelle ou la condition de la critique
L’exercice libre et public de la pensée
L’agitation critique comme responsabilité envers l’avenir ou ce qu'Oscar Negt appel "l'espace public oppositionnel"
Se donner le temps de désapprendre ou la promesse des Humanités
Le principe d’Université est un principe de résistance

 

Entretien en écoute et en podcast sur la webradio A Bout de Souffle

Nous sommes à l'université alternative Paris 8, à l'antenne d'A Bout de Souffle, qui est aussi alternatif. Là nous pouvons dire ce que nous pensons, et tout ce que nous disons peut évidement être critiqué, discuté, et nous sommes ouvert à tout cela. Mais nous sommes malgré tout sur une fréquence ou sur un plan qui est un foyer de résistance minoritaire. Le pouvoir nous autorise à survivre tant que nous resterons minoritaire, mais si cela devenait plus important ce serait alors intolérable.

 

Prologue à l'entretien : Michel Foucault, 21 avril 1971, "A quoi servent les intellectuels ?". Radio Canada.

 

 

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