A bout de souffle
Abonné·e de Mediapart

32 Billets

1 Éditions

Billet de blog 11 juin 2009

Ce qui nous peuple et ce qui nous dépeuple. De l'icône et de l'icônocratie. Entretien avec Marie-José Mondzain

"Peut-être ne se prépare t-il aucun désastre hormis celui, toujours menaçant, de la démission de la pensée" ... L'image ne pourrait en être tenue responsable.

A bout de souffle
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Peut-être ne se prépare t-il aucun désastre hormis celui, toujours menaçant, de la démission de la pensée"

... L'image ne pourrait en être tenue responsable.

Pour décrire notre rapport contemporain à l'image, Marie-José Mondzain, philosophe et directrice de recherche au CNRS, propose le concept d'Iconocratie : Un mode de gouvernement par les images, une organisation du visible qui provoque adhésion par la soumission du regard. L'iconocratie serait un culte quotidien et sans cesse renouveler des visibilités, une addiction au visible pour des yeux devenus aveuglent devant l'invisible. L'iconocratie pour être efficace et pour pouvoir s'imposer comme mode de gouvernement puise sa force dans deux régime de la peur bien disinct :
L'iconophobie où la peur d'un règne de l'image qui se nourrit des dangers qu'elle nous ferait courrir.
La phobocratie où le règne de la peur qui se nourrit des images et se sert d'elles pour établir sa domination.
Ces deux régimes, peur de l'image et image de la peur sont une même conception du pouvoir fondé sur une appropriation du sensible.
C'est sur ce point que notre rapport contemporain à l'image reste lié au conflit de l'époque byzantine qui opposa le pouvoir politique au pouvoir religieux pour le contrôle des pouvoirs de l'image.
Aussi, le temps de l'image libérée de toute appropriation pour dominer et soumettre ceux qui la reçoive, ce temps là, comme temps de l'âge adulte d'un vivre ensemble libre, n'est pas encore advenu. Pire avec la production industrielle des symboles (le marketing) ou l'industrie cinématographique - qui a fait dire à Jean-Luc Godard, que le cinéma industriel n'a fait et ne fait que raconter qu'une seule et même histoire dans tous ces films - avec donc tous ces signes parmis nous, c'est l'image qui se raréfie et tant à disparaître. Et avec elle c'est le langage, la parole qui est en crise.

"Qu'est-ce tout ces signes parmis nous qui finissent par me faire douter du langage et qui me submerge de significations noyant le réel au lieu de le dégager de l'imaginaire".

JLG, Deux ou trois choses que je sais d'elle.

L'époque hyperindustrielle que nous connaissons, (Bernard Stiegler), comme moment de saturation de l'espace public au service du pouvoir économique, est la consommation unique et consensuelle d'un sens, provoquant un effondrement de la vitalité imaginaire, puisque la circulation des signes y équivaut à la circulation des choses. Nous avons désappris à voir non pas pour voir librement, mais pour ne plus rien voir et surtout pas de l'autre.
Surtout pas de l'autre car c'est justement cet accès à l'autre que soi, à la différence, à l'altérité, à l'inconnu que l'image offre dans ce qui excède le visible. Excès qui se donne à voir comme retrait où plutôt qui ne se voit pas, mais qui se montre comme mouvement qui déborde et vide à la fois le visible. Un mouvement qui met en crise le visible, déserté par ce qu'il montre et qui place l'image dans le champs de la démesure.
L'image nous met en mouvement parce qu'elle est mouvement, elle danse et nous fait danser. Si elle est le site de la pensée, c'est parce que la pensée est affaire de mouvement. Etre ému par une image c'est être mis en mouvement par elle, mais encore faut-il un regard libre, qui ne voit pas sur ordre, pour pouvoir se déplacer. Et cette liberté du regard et aussi affaire de désir. Désirer voir, c'est accepter une errance ouverte à l'inconnu, c'est accepter l'insatisfaction. C'est en ce sens qu'il faudrait comprendre que l'image laisse toujours à désirer.

Bibliographie :
Image, icône, économie : Les Sources byzantines de l'imaginaire contemporaine
L'image peut-elle tuer ?
Le Commerce des regards
L'Homo spectator.
Qu'est-ce que tu vois ?

Entretien avec Marie-José Mondzain en écoute et en podcast sur la webradio A Bout De Souffle

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Macron pris au piège des symboles
Pendant cinq ans, le chef de l’État a tenté de construire le récit de son mandat par touches symboliques. Mais de l’affaire Benalla aux vacances de Jean-Michel Blanquer à Ibiza, ce sont d’autres marqueurs qui ont parlé au plus grand nombre et dessiné les contours de son exercice du pouvoir.
par Ellen Salvi
Journal — International
Corruption en Afrique : le protocole Bolloré
Mediapart révèle de nouveaux éléments qui pointent l’implication personnelle de Vincent Bolloré dans l’affaire de corruption présumée de deux chefs d’État pour obtenir la gestion de ports africains. Après l’échec de son plaider-coupable, le milliardaire est présumé innocent en attendant son futur procès.
par Yann Philippin
Journal — Europe
Boris Johnson et le « partygate » : un scandale qui en cache de plus graves
Le chef du gouvernement britannique se démène pour éviter un vote de défiance contre lui. Au-delà de fêtes clandestines organisées en plein confinement, d’autres affaires ont terni sa réputation depuis deux ans, et montrent l’emprise du secteur privé sur sa politique.
par Ludovic Lamant
Journal
Anne Hidalgo face à Mediapart
Ce soir, une invitée face à la rédaction de Mediapart : la maire de Paris et candidate socialiste à l’élection présidentielle.  
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Présidentielles: penser législatives
La ficelle est grosse et d'autant plus visible qu'elle est utilisée à chaque élection. Mais rien n'y fait, presque tout-le-monde tombe dans le panneau : les médias aux ordres, bien sûr, mais aussi parfois ceux qui ne le sont pas, ainsi que les citoyens, de tous bords. Jusqu'aux dirigeants politiques qui présidentialisent les élections, y compris ceux qui auraient intérêt à ne pas le faire.
par Liliane Baie
Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report
Billet de blog
Primaire et sixième République : supprimons l'élection présidentielle
La dissolution de l'Assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle devrait être le principal mot d'ordre actuel des partisans d'une sixième République.
par Jean-Pierre Roche
Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato