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Billet de blog 1 décembre 2024

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BAHIA: coups et précarité, quotidiens sur le chantier chinois de l'usine auto BYD

Les ouvriers chinois de l'industriel automobile chinois BYD, qui installent une usine depuis mars 2024 au nord de Salvador de Bahia, auraient des journées de travail plus longues que la loi le permet, dans des logements surpeuplés, sans nourriture et sans équipement de protection individuelle. Des rapports et vidéos font état d'agressions physiques de l'encadrement chinois envers ses travailleurs.

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Illustration 1
© governo da BAHIA

"Agressions physiques, avec coups de pied. Logements sales, surpeuplés, mal éclairés, sans séparation entre les hommes et les femmes. Des toilettes sales, sans nettoyage quotidien des lavabos et des toilettes." Des travailleurs qui travaillent sans protections individuelles, soumis à des quarts de travail de douze heures, du dimanche au dimanche.
Toutes ces situations se produisent sur le chantier de construction de l'entreprise chinoise BYD ("Build Your Dreams"), qui installe une usine de voitures électriques dans la ville industrielle de Camaçari, à 45 kilomètres au nord de Salvador de Bahia.
Depuis 2002, cette grande ville, où vivent 305.000 personnes, enroulée autour du pôle pétrochimique et d'une zone industrielle, représente le 2e PIB (9,6 %) de l'Etat de Bahia, derrière la capitale Salvador : 34 milliards R$ (6,2 milliards US$).
 

La marque américaine Ford a annoncé la fermeture de ses usines au Brésil en janvier 2021. À Bahia, environ 12.000 travailleurs directs ont perdu leur emploi, selon le syndicat des métallurgistes de l'État. Ce chiffre s'élève à près de 60.000 si l'on tient compte des employés indirects. Le 11 août 2024, le gouvernement de Bahia a annoncé avoir racheté l'infrastructure et le terrain, mais le montant n'avait pas été communiqué.
 
Ce qu'établit une enquête du journaliste indépendant, de Bahia, André Uzêda, publiée le 27 novembre 2024 dans le site en ligne Agência Pública, à propos de la nouvelle usine chinoise en construction, est tout simplement effarant.
  

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Une femme de petite taille porte une planche de bois derrière son cou pour transporter deux lourds seaux. Un groupe de six ouvriers est transporté vers le chantier dans une voiture particulière, l'un d'entre eux étant transporté dans le coffre. Dans une petite glacière (photographie ci-dessous),  du type de celles utilisées pour conserver au frais les bières et les boissons non alcoolisées, à même le plastique, des centaines de travailleurs affamés se voient servir une soupe après une longue journée de travail.
 
Attaques physiques, à coups de pied. Logements sales, surpeuplés, mal éclairés, sans séparation entre les hommes et les femmes. Toilettes sales, sans nettoyage quotidien des lavabos et des toilettes. Des ouvriers travaillant sans équipement de protection individuelle, soumis à des journées de 12 heures, du dimanche au dimanche.
 

Illustration 2
© DR

Toutes ces situations, selon les plaintes reçues par Agência Pública, se produisent sur le chantier de construction de l'entreprise chinoise BYD, qui installe une usine de voitures électriques dans la ville-pôle industriel de Camaçari, à Bahia.
 

En mars 2024, avec le large soutien du gouvernement de l'État de Bahia dirigé - depuis janvier 2023 - par Jerônimo Rodrigues (PT), le constructeur automobile asiatique a officiellement signé un accord pour la construction de sa première usine au Brésil. Le site est le même que celui occupé précédemment par l'industriel Ford pendant près de 20 ans, jusqu'à ce que l'entreprise américaine décide de cesser définitivement ses activités dans le pays. 
 
Avec le départ de BYD des États-Unis, le gouvernement de Bahia a lui-même acheté le terrain de 4,6 millions m2 et l'a revendu à BYD pour 287,8 millions R$ (50 millions US$), selon les chiffres officiels publiés au moment de l'accord. Lors de la cérémonie de signature, le 5 mars 2024, le gouverneur Jerônimo était accompagné du président de BYD Brasil, Tyler Li, et du conseiller spécial, brésilien, de l'entreprise chinoise, Alexandre Baldy de Sant'Anna Braga**, ainsi que d'autres autorités politiques locales.

Selon des documents et des informations obtenus par Agência Pública, BYD a embauché environ 470 ouvriers chinois de trois entreprises chinoises pour construire l'usine. Le groupe Jinjiang effectue les travaux de terrassement, c'est-à-dire la préparation de la zone pour le début de la construction, et emploie en moyenne 280 personnes, selon les documents, tandis qu'Open Steel est responsable de l'assemblage de la structure métallique de l'usine et emploie 100 Chinois. Enfin, AE Corp est responsable de l'assemblage de la structure métallique interne, où seront produites les voitures électriques. Environ 90 ouvriers chinois travaillent actuellement dans ce secteur.
 

Illustration 3

D'après les photographies, les vidéos et les enregistrements audio auxquels Agência Pública a eu accès, les situations les plus dégradantes se seraient produites avec des employés du Jinjiang Group. Sur les images, on peut voir des travailleurs boire de l'eau saumâtre provenant de flaques d'eau formées sur le chantier, car ils n'ont pas accès à l'eau potable. Certains travaillent pieds nus ou sans les casques de protection obligatoires pendant la construction.

Illustration 4
© DR

Le journaliste Uzêda a reçu des VIDEO (ICI, intitulée "Captura de trecho do vídeo com as agressões") et des audios contenant des rapports d'agression envoyés par des employés qui ont demandé à ce que leur identité soit protégée. Les employés interrogés sous le sceau de la confidentialité ont confirmé ces plaintes. Selon eux, les contremaîtres, qui sont également chinois, ont plus d'une fois frappé les travailleurs à coups de pied et de poing. L'un des cas s'est produit le 9 octobre 2024, selon les plaintes. Une vidéo montre un Chinois allongé sur le sol après avoir reçu un coup de pied dans le dos.
Ce cas n'est pas isolé. Selon les sources entendues, les scènes de violence sont fréquentes lorsque les ordres ne sont pas respectés ou que les tâches sont retardées.
 

Selon les rapports publiés par divers médias suivant l'avancement des travaux de construction, le constructeur automobile chinois BYD prévoyait de finaliser la première phase des travaux d'ici la fin de l'année 2024, avec l'installation de 26 nouvelles structures, dont des entrepôts de production, des pistes d'essai et d'autres équipements. Une fois la première phase achevée, il serait possible de produire 150.000 véhicules par an, selon les chiffres officiels de BYD.

Cependant, selon une source entendue par Agência Pública, il y a eu un retard et la nouvelle échéance estimée est la finalisation de la première phase en janvier 2025. Cela expliquerait la pression exercée sur les employés chinois, qui se traduit par des punitions physiques fréquentes, toujours selon André Uzêda.

Chez AE Corp, d'autres informations font état de violations au nom de l'accélération des délais de livraison. Selon les sources entendues par Agência Pública, la cantine pour la nourriture a été installée sur le même lieu de travail - ce qui constituerait des heures de travail continues, puisqu'il n'y a pas de temps de repos. 
 

Les Brésiliens rapportent que les Chinois ont d'énormes difficultés à communiquer lorsqu'il s'agit de formaliser une quelconque plainte, car ils ne comprennent pas le portugais, tout comme les Brésiliens ne peuvent pas s'exprimer en mandarin, en cantonais ou dans l'une des cinq autres langues parlées en Chine.
 

Selon les sources du journaliste Uzêda, les employés brésiliens qui travaillent à l'assemblage de l'usine BYD, là, à Bahia, ne sont pas soumis au même régime de travail précaire que les Chinois. Les employés brésiliens travaillent de 8 heures à 18 heures (chez BYD), avec une heure de pause pour les repas. Dans les autres entreprises externalisées - Jinjiang Group, Open Steel et AE Corp - les horaires de travail devraient être de 7h à 17h, avec deux heures pour le déjeuner. 

« Même lorsque les Chinois occupent des fonctions administratives, ils sont soumis à des horaires de travail plus intenses que les Brésiliens. Comme ils doivent répondre à des processus pour le siège chinois, ils travaillent souvent à l'aube pour s'adapter au fuseau horaire de 11 heures qui sépare les deux pays », a déclaré au journaliste un employé qui a parlé sous le couvert de l'anonymat. 

En moyenne, 590 employés nationaux travaillent à l'assemblage de l'usine. La plupart d'entre eux sont employés par BYD et le groupe Jinjiang. La société AE Corp, qui assemble la structure métallique pour la production des voitures électriques, ne compte aucun employé brésilien.

L'avocate Ana Paula Studart, spécialiste du droit du travail, rappelle que la Constitution brésilienne garantit aux travailleurs étrangers les mêmes droits qu'aux Brésiliens, tels que le paiement d'un 13e mois, les congés payés supplémentaires, les 30 jours de congés payés, le Fonds d'indemnité de licenciement (FGTS) et le respect des horaires de travail prévus par la Constitution. Cette règle s'applique même aux étrangers travaillant pour des multinationales.
La construction du site de Camaçari a commencé en mars 2024. Selon les rapports des employés, en avril, un mois après le début de l'assemblage, des violations des droits du travail par des employés chinois ont déjà été signalées.

Le journaliste de Agência Pública a contacté l'entreprise au sujet de ces plaintes. Dans une déclaration, BYD a indiqué qu'elle opérait au Brésil depuis dix ans « dans le strict respect des lois locales ».  Le constructeur automobile chinois a également déclaré que « les travaux de l'usine de Camaçari, Bahia, répondent à toutes les normes légales, y compris la licence d'installation obtenue en 2024 et approuvée par le gouvernement de l'État », tout en soulignant qu'il a réalisé un investissement de 5,5 milliards R$ (1 milliard US$), avec le potentiel de générer « plus de 20.000 emplois».

Dans son communiqué, BYD  informe Agência Pública que JinJiang Construction Group est l'entreprise chinoise de construction responsable des travaux. Et comme il s'agit d'un type de bâtiment très spécifique, « il opère dans plusieurs pays où BYD étend ses activités ». BYD n'a toutefois pas réagi spécifiquement aux informations faisant état de violences.

Le 11 novembre 2024, la police fédérale (PF) et le Ministère public du travail de Bahia (MPT-BA) se sont rendus sur le chantier pour inspecter les conditions de travail, mais ils n'ont pas pu pénétrer dans les logements ni visiter l'ensemble de l'espace d'assemblage de l'usine, selon des sources entendues par Agência Pública.

Le MPT-BA a confirmé l'inspection de l'usine. Selon ses services, une enquête est en cours pour obtenir des informations sur la « santé et la sécurité au travail » des travailleurs. La visite s'est déroulée en présence d'un procureur, d'un expert et de fonctionnaires, ainsi que d'une escorte de la police fédérale.

« Une enquête est en cours. Le rapport n'est pas encore prêt et doit y être joint. Les plaintes nous aident à démarrer l'enquête. Dans ce cas, il y a une enquête qui devra aboutir à une conclusion », a répondu le MP-BA, via son service de presse.

Interrogé par Agência Pública, sur l'inspection du MPT-BA, le cosntructeur BYD a déclaré que l'inspection « a mis en évidence la nécessité de procéder à des ajustements spécifiques dans l'exploitation ». Et que les non-conformités ont déjà été identifiées, avec la demande que JinJiang Group « agisse pour les corriger de toute urgence ». L'entreprise n'a pas précisé en quoi consisteraient ces corrections. La police fédérale et le gouvernement de Bahia ont également été contactés, mais n'avaient pas répondu à Agência Pública au moment de la publication. 
 
Le 2 décembre 2024, dans quelques jours, Stella Li, CEO de BYD, doit se rendre à Bahia. Lors de cet événement, auquel devrait assister le gouverneur Jerônimo Rodrigues, une nouvelle contribution de 3 milliards de R$ (530 millions US$) de la part du constructeur automobile chinois sera annoncée afin d'agrandir la structure initialement prévue.  
 
Agência Pública vient d'appprendre que des changements sont en cours dans la structure des logements des employés pour cette visite de la dirigeante mondiale de BYD, qui sera aussi accompagnée par des journalistes, invités à visiter le chantier.
 

**Note du blogueur :
Alexandre Baldy, homme politique, a appartenu aux partis de droite PSDB (2010-2015), PODEMOS (2015-2017) et PP (depuis 2017). Il a été élu puis investi pour un mandat de député fédéral, du 1/2/2015 au 1/2/2019. Adhérent du parti PP, de la droite de droite, proposé par ce parti, il nommé ministre des villes, le 22 novembre 2017 (jusqu'au 1er janvier 2019), par le président de la République Michel Temer, celui qui a renversé par un coup d'Etat institutionnel la présidente Dilma Rousseff. Il a voté, en 2015 et 2016, contre toutes les demandes de destitution de Michel Temer. Ensuite, dès le 1/2/2019, dans le gouvernement de João Doria (droite de droite), gouverneur de Sao Paulo, il occupe le poste de secrétaire d'Etat au transport métropolitain de l'État de São Paulo jusqu'en octobre 2021.
Le 6 août 2020, Alexandre Baldy avait été arrêté à son domicile, à São Paulo, lors d'une action de la police fédérale (PF) dans le cadre de l'opération Lava Jato. Il a été libéré le lendemain, par une décision d'un ministre du STF, Gilmar Mendes.

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