L'Association des cinéastes de São Paulo (Apaci) a publié une note* condamnant les critiques formulées par Paula Lavigne (1969), productrice - via sa société UNS Produções e Filmes, de son compagnon le compositeur-interprète bahianais Caetano Veloso (1942) - et le sénateur Randolfe Rodrigues (PT) à l'encontre de trois personnes: l'acteur bahianais Wagner Moura ("L'Agent secret", de Kleber Mendonça Filho), la députée fédérale communiste Jandira Feghali et Paulo Alcoforado, directeur-président de l'Agência Nacional do Cinema, l'Ancine, figures importantes du débat sur la réglementation du streaming au Brésil.
Un projet de loi sur le streaming vient en effet d'être approuvé en novembre 2025 par la Chambre des députés fédéraux, à Brasilia, et attend d'être voté au Sénat. Et les termes qui le composent paraissent, pour Wagner Moura et son groupe, absolument scandaleux et porteurs d'une exclusion, de fait, d'une juste rémunération pour les différentes structures artistiques et financières du cinéma et du secteur audiovisuel brésiliens.
Lavigne et Rodrigues ont osé remettre en question le contenu d'une vidéo (ci-dessous), dans laquelle l'artiste demandait au président Lula da Silva de corriger les lacunes du projet de loi sur le streaming. Paula Lavigne accuse Feghali et Alcoforado de conspirer pour renverser la ministre de la Culture, la chanteuse bahianaise Margareth Menezes, et a affirmé que les trois étaient "impliqués" dans l'enregistrement de la vidéo.
Grotesque accusation.
L'Apaci a alors, avec grande justesse, réagi avec indignation, qualifiant ces discours de « diffamatoires » et de « tentatives de délégitamation et diffamation (...) Il s'agit clairement d'une tentative visant à affaiblir le débat public et à attaquer les acteurs engagés dans l'élaboration d'une réglementation juste et à la hauteur de l'audiovisuel brésilien (...) À la veille du vote des projets de loi réglementant les plateformes de streaming et les Big Techs, des enregistrements audio à caractère diffamatoire ont été largement diffusés, dans le but évident d'affaiblir le débat public et d'attaquer les acteurs engagés dans l'élaboration d'une réglementation juste et à la hauteur de l'audiovisuel brésilien »», indique le communiqué* de l'Apaci.
L'acteur Wagner Moura, qui a désormais acquis une stature internationale, tout comme Feghali et Alcoforado, sont les principaux défenseurs du projet visant à réglementer les services de streaming au Brésil, afin de garantir que les plateformes investissent majoritairement dans la production audiovisuelle nationale, et renforcent la souveraineté brésilienne. Wagner Moura, en particulier, s'est distingué comme défenseur de cette cause, utilisant sa notoriété due au film "L'agent secret" - candidat brésilien au meilleur film étranger et candidat brésilien au meilleur casting aux Oscars 2026 - pour attirer l'attention sur la nécessité d'une réglementation équitable.
Wagner Moura a également, et de manière très juste, critiqué la proposition d'une taxe maximum de 4 %, dite Condecine (Contribuição para o Desenvolvimento da Indústria Cinematográfica Nacional) affirmant qu'elle est trop faible par rapport aux bénéfices des grandes plateformes. La mobilisation des artistes et des cinéastes a conduit le ministère de la Culture à publier un communiqué dans lequel il réaffirme son « engagement en faveur d'une réglementation équitable, souveraine et capable de renforcer la production nationale ». Le projet de loi est toujours en attente d'approbation au Sénat.
Et l'acteur bahianais, au tout premier rang du monde après son prix d'interprétation au Festival de Cannes en mai 2025, a enfoncé le clou : « Le Brésil est le deuxième plus grand marché au monde où les services de streaming génèrent le plus de revenus, juste après les États-Unis. Pour un marché de cette taille, il s'agit donc d'une taxation très faible. Et de plus, le point le plus bizarre est le fait que ces entreprises peuvent utiliser cet argent pour investir dans leur propre contenu ». Et Moura de conclure : « C'est un moment important, non seulement pour le secteur audiovisuel brésilien, mais aussi pour l'estime de soi du pays, pour la souveraineté du pays. »
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(*) "A APACI manifesta seu repúdio às tentativas de deslegitimação e difamação contra Wagner Moura, a deputada Jandira Feghali (PCdoB/RJ) e o diretor-presidente da Ancine, Paulo Alcoforado, vozes fundamentais na defesa da soberania cultural e do cinema brasileiro.
Às vésperas da votação dos projetos que regulam as plataformas de streaming e as Big Techs, áudios de caráter difamatório foram amplamente divulgados, numa clara tentativa de enfraquecer o debate público e atacar agentes comprometidos com a construção de uma regulação justa e à altura do audiovisual brasileiro.
Reafirmamos nosso apoio à atuação desses agentes e manifestamos nosso repúdio aos áudios vazados."
(**) En 1998, l'édition brésilienne du magazine Playboy publiait une révélation de Paula Lavigne. Elle y révélait que sa première initimité avec le chanteur, déjà icône internationale respectée de la MPB, avait eu lieu alors qu'elle n'avait que 13 ans, en août 1982, lors de la fête du 40e anniversaire de Veloso, où ils se sont rencontrés pour la première fois. Par ailleurs, madame Lavigne, engagée dans le secteur des droits d'auteurs des artistes, et rarement au bénéfice du plus grand nombre et de manière juste, a eu d'innombrables conflits, de toutes natures, avec certains milieux de la production musicale et audiovisuelle brésiliens, depuis des décennies, et même en ce mois de janvier 2026. Des sommes colossales circulent dans ce secteur de la musique populaire brésilienne (MPB). Il est plus que temps, au Brésil, que la page d'une certaine génération, regroupée en chapelles népotiques, non favorable à l'intérêt général de secteurs entiers de la culture, soit définitivement tournée.