« Ce qui manque dans les politiques publiques, c'est la reconnaissance. Ces femmes subviennent seules aux besoins de leur foyer, s'instruisent, travaillent et sont toujours confrontées aux préjugés et à la violence. Nous devons les considérer avec respect, en leur garantissant une protection sociale, la dignité et de réelles opportunités », a déclaré en mai 2025 l'avocate Sueli Amoedo, spécialisée dans les politiques publiques en faveur des femmes, dans une interview accordée au site d'information publique, Agência Brasil.
Selon Amoedo, les mères solos sont confrontées à de multiples défis pour garantir les droits de leurs enfants devant les tribunaux, et la longueur des procédures est l'un des principaux obstacles. « Leurs demandes telles que la pension alimentaire, la garde et les règles de visite prennent du temps à être jugées, et lorsqu'une décision est finalement prise, les montants fixés sont souvent insuffisants pour couvrir les coûts de base de l'enfant », explique celle qui occupe le poste de responsable juridique national pour le projet Justiceiras, maintenu par des volontaires bénévoles, qui offre un accueil gratuit et des conseils techniques dans les domaines du droit, de la psychologie et de l'assistance sociale.
Un autre point critique est l'inégalité d'accès à la justice. « Dans de nombreuses municipalités brésiliennes, il n'y a pas de bureau du Défenseur public, et l'alternative, qui serait l'aide juridique municipale, fonctionne souvent dans des conditions précaires ». Dans plusieurs villes, selon l'avocate, les femmes doivent se lever à l'aube pour obtenir un ticket numéroté. Elles font la queue pendant des heures, parfois avec des enfants en bas âge sur les genoux, et même lorsque leur tour arrive, il n'y a plus de tickets. « Cela les décourage et les empêche souvent d'intenter une action en justice.»
En outre, l'avocate affirme qu'il y a un manque important d'information sur leurs droits. « De nombreuses mères célibataires ne savent pas comment déposer une demande de pension alimentaire, quels sont les documents dont elles ont besoin ou quelles sont les prestations auxquelles elles ont droit. Le manque de conseils juridiques accessibles, non bureaucratiques, quelquefois presque inhumains, est un obstacle de plus sur le chemin de la justice ».
Le pourcentage de femmes responsables des foyers a augmenté de manière significative entre 2010 et 2022, passant de 38,7 % à 49,1 %, selon le dernier recensement démographique (2022), publié par l'Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE). Il y avait 35,6 millions de femmes dans cette situation et 36,9 millions d'hommes.
Le pourcentage de femmes dans cette situation dépasse 50 % dans 10 États, dont huit sont situés au Nordeste et un au Nord : Pernambuco (53,9 %), Sergipe (53,1 %), Maranhão (53 %), Amapá (52,9 %), Ceará (52,6 %), Rio de Janeiro (52,3 %), Alagoas et Paraíba (51,7 %), Bahia (51,0 %) et Piauí (50,4 %). Beaucoup de ces femmes sont des mères célibataires.
Le recensement de 2022 a aussi révélé qu'au cours de la même période, le nombre de familles monoparentales, où le chef de famille vit seul avec des enfants ou des beaux-enfants, a augmenté, passant de 16,3 % à 16,5 %. Près d'un ménage brésilien sur six est dirigé par une personne vivant seule avec des enfants.