Cette année 2019 que tout le monde se met à redouter.

"Gouverner, c'est mettre vos sujets hors d'état de vous nuire et même d'y penser". Machiavel Dans notre « Douce France « : • Un agriculteur se suicide tous les 2 jours. • Un chef d’entreprise se suicide aussi tous les 2 jours. • Selon l’Inserm, le taux de surmortalité des chômeurs varie de 10.000 à 15.000 par an.

L’occupation des ronds-points, sur l’ensemble du territoire, par les malpropres hors-champ de la politique policée, aura permis de mettre à nouveau en lumière, ce que des citoyens et citoyennes jusque-là anesthésiés ou détruits par les conséquences de la crise financière de 2008 avaient fini par oublier ; grogner toutes et tous ensemble peut commencer à payer.

Ce tout premier gain - inestimable - et qui plus est non imposable, vaut cent fois les miettes distribuées par un pouvoir, qui, malgré ses déclarations de guerre permanente vis-à-vis de sa population pour ne pas céder à des revendications légitimées par 80% des français, s’est mis à reculer afin de ne pas sauter. Enfin pas encore..

Victoire légitime, remportée après plus d’un mois de mobilisation -jour et nuit- par une ligue informelle et transgénérationnelle, dont les membres n’en pouvaient plus d’avoir pour seuls horizons et compagnes - à leur table comme dans leurs rêves – Mademoiselle la Mouise et Madame Panade qui s’invitaient chaque jour du mois et chaque mois, métronomiquement, tout au long de l’année, et ce, depuis bientôt 10 ans.

 Faut-il rappeler que dans notre " Douce France " :

· Un agriculteur se suicide tous les 2 jours.
· Un chef d’entreprise se suicide aussi tous les 2 jours.
· Selon l’Inserm, le taux de surmortalité des chômeurs varie de 10.000 à 15.000 par an. Même si les causes sont multifactorielles, rien n’a été fait, d’après le Pr Michel Debout professeur de médecine légale et de droit de la santé, depuis une mission mise en place en 2015 pour que cela s’améliore.
Et s’il n’est pas nécessaire d’avoir lu Durkheim qui déjà constatait en 1897 que « Le taux de suicide varie en raison inverse du degré d’intégration des groupes sociaux dont fait partie l’individu », les 3 000 séniors de plus de 65 ans qui décident d’en finir chaque année ne font que confirmer la pertinence de cette affirmation.

En revanche les banquiers volants, tout comme les dinosaures, ont disparus depuis bien longtemps et les quelques étranges suicides retentissant de certains d’entre eux à travers la planète depuis le début de la crise de 2008 ne figurent même pas dans l’annexe hors bilan « des comptes de régularisation », (règlements de comptes ne faisant pas partie des éléments de langage des gilets dorés).

Les clameurs, très souvent plurielles, parfois antagonistes « données à entendre et à voir » lors des tumultes autoroutiers ou des chahuts parisiens des Gilets Jaunes ne sont qu’une ultime réaction de survie face à ce suicide anomique qui vampirise nos sociétés contemporaines.

Nombre de femmes Gilets Jaunes qui se sont exprimées publiquement face à des caméras ne parvenaient que difficilement à masquer l’émotion qui les submergeait lorsqu’elles décrivaient leur quotidien et ce qui les avaient amenées à rejoindre ces carrefours de la contestation. Même le président y est allé de sa larme télévisée pour dire qu’il entendait leurs souffrances.

C’est sur ces carrefours de rencontres et d’échanges que ces femmes, ont pu se réapproprier leur histoire, miroir de celle de leur voisine ou de leur voisin. Puis commencer à appréhender, pour mieux les combattre, ce qui leur était présenté comme des fatalités tombées d’en haut (la crise, la dette, la mondialisation, l’automatisation, la pollution, et même cette misère contrainte qu’il leur était demandé de supporter en silence pour le bien de la nation et le retour de la croissance …).

Fédérations patronales et syndicats traditionnels, « Pique-assiettes » du combat des gilets jaunes ?

Les fédérations des transporteurs routiers et les syndicats de policiers peuvent remercier chaleureusement les Gilets Jaunes pour leur ténacité et leur courage qui ont ébranlé le pouvoir après plus d’un mois de manifestations.
Car ce pouvoir sourd durant un mois et demi, n’aura eu besoin que de 48 heures pour « entendre » les revendications de ces organisations syndicales ou patronales.
Du jamais vu.

" La géographie, ça sert d’abord, à faire la guerre ", comme l’énonçait judicieusement le géographe Yves Lacoste, et c’est ce que les gilets jaunes ont mis en pratique instinctivement en prenant possession des nœuds autoroutiers et en transformant ceux-ci en places de rassemblement social, citoyen et revendicatif pour leur avenir et leur cité.
Le ton provincial, déguenillé de jaune, ainsi que les multiples revendications des participant.es permit, au tout début de ce mouvement, de laisser accroire au pouvoir que les brandons de cette nouvelle forme de jacquerie occupant les fourches de communication autoroutières s’éteindraient rapidement, faute de carburant …politique.

C’était sous-estimer le poids croissant de cette paupérisation forcée d’une grande partie des populations européennes, et de leur désir refoulé depuis bien trop longtemps de remonter quelques bretelles à ces « énarchistes » grands maîtres du désordre économique épaulés dans leur mission par des légions de mystagogues de la finance.
Qui plus est, cette nouvelle confrérie de gardiens d’un zoo dans lequel PIGS mais aussi tigre celtique, se devaient de bien se tenir pour éviter de subir à nouveau la schlague (le plan de sauvetage bancaire) ; enjoignait aussi à tout un chacun de se repentir. Car nous aurions TOUS vécus au-dessus de nos moyens, banquiers ou cireurs de chaussures, tout autant que politiciens ou électeurs trompés par ceux-ci.

Cette nouvelle confrérie de chenilles processionnaires arrimée à la locomotive allemande (journalistes, politiciens, « économistes », experts en miracle etc..) répandant en boucle la vision ortho-libérale d’un système dont les remèdes sont, 10 ans après ,en train d’achever le tout premier cobaye de ce grand laboratoire; s’apprête à nous laisser une Europe entièrement défoliée, à bout de souffle et sans plus aucune aspiration ou vision d’avenir en commun.

Embranchement de la dislocation du projet européen.

Si les battements d’ailes des papillons grecs auront mis presque 10 ans pour alarmer une grande partie de ceux qui prétendent encore représenter aujourd’hui cet espace et cet espoir européen, il est déjà trop tard pour gloser sur le désamour annoncé de ces piérides jaunes qui, dès le mois d’Avril, Mai annoncent habituellement le retour des beaux jours.

Sauf pour cette année 2019 que tout le monde se met à redouter.

Car ces piérides, quel que soit leur champ politique d’origine, ont dans leurs facultés réflectives, - depuis déjà un bon moment, intégrés, pour une bonne partie d’entre eux- ce danger qu’il y aurait encore à butiner quelque espoir sur les museaux souriants des hommes et des femmes politiques qui se proposent de les représenter.
Acte tout autant mortifère que d’aller tremper sa trompe de piéride jaune, blanc vert ou rouge, directement dans un bidon de glyphosate qui serait estampillé Démocratie, pour étancher une soif légitime de devoir citoyen.

Au moins s’épargneraient-ils dans ce cas les désillusions et les souffrances prolongées qui leurs seront vendues à nouveau et sous un nouvel emballage lors d’une prochaine consultation.
Mais les citoyens tout comme les patients s’impatientent. Et les recettes miracles de ceux qui en politique en viennent à citer Gramsci pour critiquer Macron tout en sablant le champagne avec les héritiers de ceux qui l’ont emprisonné, ne serviront demain que le même spartiate brouet noir avec lequel Bruxelles, Berlin et Paris nourrissent les cochons du Sud depuis 10 ans.

Et sur ces lignes de fausses fractures idéologiques, nos nouveaux bateleurs en politique, scientologues de la pensée complexe et de la concomitance n’ont à opposer, à tous ceux qui combattent un projet qui ne ressemble plus en rien à ses promesses initiales, qu’un dérisoire mode d’emploi incantatoire qu'ils déclament en anglais - après imprimatur de Berlin- sur le sens de la modernité qu’il faut insuffler, comme nouvelle âme, à nos gaulois réfractaires et autres hellènes indomptables.

Porte-étendard de la pauvreté organisée : la Grèce.

Celle qui enfanta le mythe glamour de la belle princesse Europe fut vite transformée en laboratoire « open bar » pour les banquiers et politiciens allemands et français accompagnés par leurs fleurons d’entreprises prédatrices qui toutes sont impliquées dans des scandales, soit de corruption, (Siemens et le rachat des télécoms grecques), soit « d’optimisation fiscale », scandale des Paradise Papers pour le gestionnaire d’aéroports Fraport, (ayant pour principaux actionnaires, la ville de Francfort , l’état du Hesse et Lufthansa ) qui racheta les aéroports grecs avec l’argent des citoyens européens.
Lactalis entreprise reconnue pour sa grande transparence et ses laits maternisés contaminés vendus dans toute l’Europe et même au-delà, vient elle aussi d’investir en Grèce tout récemment en rachetant une entreprise de ce pays pour faire son fromage, mais diversification oblige, avec cette fois-ci lait de brebis et lait de chèvre.
Les éleveurs grecs vont donc devoir apprendre ,tout comme les éleveurs de Mayenne l’ont appris depuis de trop nombreuses années , à vivre en vendant leur lait au-dessous de ses coûts de production.
Et s’ils ne peuvent entendre cette règle du marché où le plus fort dicte et rédige lois et contrats, nous ne doutons pas un seul instant que notre président toujours à l’écoute de solutions disruptives pour la construction de son projet européen saura offrir à ces pâtres grecs des formations professionnelles appropriées pour les aider à appréhender la complexité économique de ce nouveau monde qui ressemble furieusement à l’ancien…régime.
Mais on ne peut lui reprocher d’avoir lui-même annoncé la couleur à venir lors de son discours d’Athènes du 8 Septembre 2017.

« Je serai d'une détermination absolue. Et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d'avoir chaque jour la même détermination. Ne cédez rien » Emmanuel Macron

PS: L’ensemble des synonymes courants du mot rond-point fut utilisé dans ce billet. Un seul d’entre eux fut volontairement ignoré, au cas où ce gouvernement souhaiterait l'utiliser pour aborder sereinement l'année 2019 : bifurcation.

 

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