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Billet de blog 1 févr. 2018

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LA MOYENNISATION DE LA SOCIETE ! (Alain Accardo)

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LA MOYENNISATION DE LA SOCIETE !
Alain Accardo, extrait de son ouvrage : "Le petit-bourgeois gentilhomme, Sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes", édition Agone, 2009 (trouvé sur Amazon).

Aujourd'hui, je vous propose de revenir sur l'excellent travail de sociologue d'Alain Accardo (auteur d'un livre sur la pensée de P. Bourdieu) portant sur la Classe moyenne et ses prétentions à l'hégémonie culturelle. En particulier, un chapitre de ce livre intitulé "La moyennisation de la société". Le système capitaliste ne fonctionne pas seulement à l'exploitation et l'oppression mais aussi par l'adhésion de la plupart au système qui les exploite, c'est à dire qu'il fonctionne à l'aliénation psychologique. Dans cette bataille culturelle, la petite-bourgeoisie joue un rôle clé, notamment à travers les médias, les journalistes étant de petits bourgeois qui diffusent chaque jour une "culture moyenne".

Occasion de revenir sur la place ambivalente de la Classe moyenne, objet de ce chapitre.

Que nous dit Alain Accardo ?

"La décomposition intellectuelle semble aller de pair avec la moyennisation de la société. La Classe moyenne a opéré un changement qualitatif de l'augmentation de son influence sur le reste de la société. On peut dire que depuis 1945, la petite bourgeoisie est devenue le vecteur du changement social dévolu jusque là au prolétariat, "horizon indépassable" écrivait Sartre. De sorte qu'en dépit de l'augmentation de ses effectifs, la Classe ouvrière n'a cessé de perdre en rayonnement autour de son projet politique. Autre phénomène important : la hausse de l'interdépendance entre les patriciens dominants et la Classe moyenne, de plus en plus nombreuse à être à son service.

Dans l'écart grandissant entre les nantis de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres, s'ouvre un espace social intermédiaire pour les forces auxiliaires de l'aristocratie dominante. Les Classes moyennes n'ont pas vocation à combattre la domination sociale, mais au contraire à y participer. Elles représentent un poids spécifique grandissant, qui s'accompagne d'une prétention à s'intégrer dans la Classe supérieure. La petite-bourgeoisie fait croire à l'existence d'une mobilité sociale. Il existe un véritable etablishment petit-bourgeois, avec des agents à fort capital culturel.

Il en résulte une contradiction fondamentale, qui explique l'irréductible ambivalence qui la caractérise. D'une part, une tendance à s'identifier à la Classe dominante. D'autre part, une tendance à se distinguer et à s'y opposer. Les aspirations d'une fraction de la Classe moyenne à une meilleure répartition des richesses trouve un écho dans la partie la plus conscientisée des Classes populaires. On voit alors se nouer une alliance boiteuse entre petite bourgeoisie et Classes populaires, ou les représentants de la Classe moyenne confisquent la parole et transforment les Classes populaires en masses dociles.Le PS à porte à sa quasi perfection l'art de manipuler les Classes populaires, pour les maintenir sous l'emprise de la gauche petite-bourgeoise.

Le style de vie petit-bourgeois est devenu le modèle dominant. La Classe ouvrière s'est mise, à chaque génération davantage à la remorque de la petite bourgeoisie, qu'elle imite de loin. Le revirement idéologique du PS, son recrutement essentiellement petit- bourgeois, l'ont à peu près totalement coupé du Peuple. Le petit-bourgeois est à la fois fasciné et opposé au mode de vie de la Classe dominante. Voilà pourquoi, la Classe moyenne est à la fois le sel et la cendre du pain social. D'un côté, ils ont défendu l'idéal humaniste révolutionnaire. De l'autre, il participe à la domination des grands possédants, développant une vision légitimiste favorable à la défense de l'ordre établi. Soit une collaboration de classes bien établie. D'où son soutien actif et enthousiaste aux pires régimes de l'Histoire, aux politiques les plus scélérates.

L'horreur économique doit nécessairement se matérialiser dans une myriade d'auxiliaires salariés appartenant à la petite-bourgeoisie. Leur propre investissement professionnel fait écran à la perception de solidarités plus vastes. Une véritable prise de consciences des inégalités monstrueuses ferait voler en éclats le confort intellectuel et moral du petit-bourgeois. D'où un travail d'euphémisation idéologique de la réalité sociale comme l'acceptation des chiffres truqués du chômage et de la pauvreté.

La culture petite-bourgeoise est une culture métisse entre la culture populaire et la culture des élites. Comme du temps de Monsieur Jourdain, c'est une culture de parvenus. Il s'agit de soigner la mise en scène, dans un espace social ou, exister socialement, c'est être vu. D'où une mise en scène permanente de leur vie quotidienne. La télévision est entré les mains de la Classe moyenne, une vitrine de l'etablishment petit-bourgeois. Certes, les médias appartiennent à des milliardaires. Mais ceux qui les font fonctionner chaque jours sont issus de la Classe moyenne. Même si les journalistes font preuve d'une inlassable complaisance vis à vis de leur patron. Les gens qui travaillent dans les médias adhérent aux normes et au modèle dominant d'une culture moyenne. On parle de tout sauf des projets qui pourraient remettre en cause l'ordre social comme le chômage.

En fait, c'est le règne du bavardage logorrhéique, le triomphe du lieu commun et de l'incontinence rhétorique, où on ne cesse de parler pour ne rien dire. Une succession d'images qui n'expliquent rien. Chaque enfant dans sa musette est un futur invite de réalité show. Dans cette représentation du monde lissée, la petite bourgeoisie prend ses désirs pour des réalités. Les médias ont porté à son comble la comédie de la grandeur, c'est à dire la disposition de la petite-bourgeoisie à confondre l'être et l'avoir, l'avoir et le paraître. On peut aujourd'hui conserver le statut de "vedette de l'info", malgré le "bidonnage" d'une info. On reste confondu devant la bassesse, l'ignorance, la niaiserie, la vulgarité, le cynisme qui règne dans les médias. Des intellectuels à gages liquident l'intelligence critique et la raison. Le pouvoir médiatique est devenu la principale composante du pouvoir symbolique mobilisant la fraction de la classe moyenne la plus ignare, la plus nombriliste et la pus imbue d'elle même qui soit.

De plus en plus, les classes populaires aspirent à devenir classes moyennes. A force d'érosion morale, la petite-bourgeoisie devient moralement anesthésiée. Le devoir de plaisir immédiat l'emporte: drogue, alcool, sexe, vitesse, gout de l'extrême, etc. Les petits bourgeois consomment davantage. la consommation devient le marqueur par excellence de la position sociale.

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