Vie et mort du plan B : suite et fin de l'article.

VIE ET MORT DU PLAN B : HISTOIRE D'UNE TRAHISON PROGRAMMATIQUE ! (suite et fin de l'article)

II-MORT DU PLAN B :

La première version du plan B a été accueillie très favorablement par des économistes eurosceptiques comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir. A rebours de l'idéologie dominante eurobéate, chacun y voyait la volonté réelle manifestée alors par le PG de s'affranchir de la contrainte européenne. Et surtout de construire un rapport de forces réaliste capable d'affronter efficacement la dictature bruxelloise. Mais la suite des événements montre un PG/FI moins offensif que par le passé, renonçant, pour des raisons politiciennes nationales, à la première version du plan B énoncée au cours de l'été 2015. Cette trahison du texte initial se précise en deux temps :

a)-Lors de l'élaboration de notre programme "L'avenir en commun".

b)- En 2018, au cours des différentes prises de position de JLM et de Charlotte Girard.

2.1)-Le plan B ne veut plus dire qu'on sort de la zone euro :

Le programme "L'avenir en commun" est rédigé par Jacques Genereux, sur la base de nombreuses propositions citoyennes postées sur le site programmatique de la FI, que tout militant de la FI peut consulter. De façon générale, ces propositions individuelles sont clairement favorables à la sortie de la zone euro souhaitée par le plan B. Plus ambitieuses même que la version du plan B de l'été 2015.

Or c'est justement l'hypothèse contraire qui est retenue. Le programme AEC donne lieu à trois versions différentes. Or, à chaque version, le texte gomme, édulcore un peu plus ses critiques vis à vis de l'Union Européenne, et donc son plan B de sortie de la zone euro. Comme l'explique Jacques Généreux dans son ouvrage "Les bonnes raisons de voter Mélenchon", édition Les liens qui libèrent, 2017 : "en cas d'échec des négociations avec la Troïka européenne, "sommes-nous dans ce cas obligés de sortir de l'UE et de l'euro ? Obligés, non ! Là n'est pas la question. Personne ne nous oblige à quoi que ce soit"(sic). Les français auront au contraire tout intérêt à poser les bases d'une nouvelle coopération solidaire avec tous les pays de l'Union europeenne. NOUS SORTIRONS DE L'ETAT ACTUEL DE L'UNION POUR ALLER VERS UNE AUTRE FORME DE COOPERATION EUROPEENNE ENCORE INDECISE, MAIS ASSUREMENT MEILLEURE"(sic).

Mais ce n'est pas tout. Au cours d'un débat avec Thomas Piketty, Jacques Généreux met les points sur les i. Déclarant que "le plan B n'est pas un projet de sortie de l'Union européenne"(sic) (voir vidéo postée sur mon mur).

Il ne s'agit pas d'une prise de position isolée. Mais la conséquence "logique" du virage "réaliste" imposé par Corbière et Girard au cours de la convention de Lille d'octobre 2015. Et visant à transmuer la FI en PSbis.

En clair, il n'est plus du tout question de sortir de la zone euro. Juste d'initier un énième train de négociations avec les autres pays européens qui souhaitent désobéir à l'UE, sans même savoir si ces pays eurocritiques existent seulement.

Pire encore, le plan A de "négociations" qui trouvait sa force dans le rapport de force créé par la menace de sortir à tout moment de l'UE s'écroule comme un château de cartes. Et devient une énième réunion de circonstance présidée par les dictateurs de Bruxelles : Junker, Schaüble, Merkel. Ses chances d'obtenir des résultats favorables au peuple français sont bien sûr totalement nulles, calées sur le triple zéro des espérances un peu concrète, que le Peuple français est en droit d'attendre d'une Union Européenne, qui n'a rien de démocratique. Relevant plutôt de la dictature molle expliquait le juriste Louis de Sutter.

Tout l'enseignement de la capitulation de Tsipras en juillet 2015, la nécessité absolue de construire un rapport de forces afin de faire céder Bruxelles disparaît des consciences et tombe dans l'amnésie générale ! C'est une trahison en bonne et due forme de notre position initiale visant à créer une force géopolitique autour du plan B.

2.2)-Le plan B est transformé en plan A' au contenu indéfini :

a)-Au cours de l'émission animée par Jacques Cotta, "Dans la gueule du loup", Charlotte Girard fait manifestement l'impasse sur le plan B, en tant que stratégie de sortie de la zone euro. Proposant à la place un énième train de négociations avec la Troïka bruxelloise. Ce qui lui vaut le commentaire ironique de Jacques Cotta : "mais des négociations et des négociations de qualité, il y en a eu depuis le début de l'Union Européenne. Elles ont toutes échouées à créer un mieux disant social. Comment voulez-vous que votre négociation réussisse, là où toutes les autres auront échoué ?" Naturellement, Girard ne sait pas répondre à cette question lucide, historiquement étayée par le milliard d'échecs rencontrés partous ceux qui voulaient créer "une autre Europe", ou "réformer l'Europe" (sic).

b)-Dans son discours de Marseille du 25 août 2018 et son passage média du 2 septembre sur BFMTV, JLM ne mentionne même plus l'existence du plan B, soit pour l'infirmer, soit pour le confirmer. Comme s'il n'avait jamais existé... !

Résultat : il n'y a ni plan A, ni plan B. La direction caviar de la FI a scié sciemment, volontairement la branche eurosceptique sur laquelle le PG s'était installé depuis l'été 2015. A la place, elle impose au Peuple français un discours aussi confus que possible, favorisant hélas la désespérance des sans nom des sans grade, qu'elle est sensée défendre. Laissant le champ libre au FN.

En effet, comme le rappelle très justement Jacques Sapir dans un billet de blog du 26 mai 2015, intitulé "Sortir de l'euro", "l'euro est directement responsable de 30% du chômage actuel, en raison de l'effet de freinage qu'il exerce sur la demande et sur l'activité, depuis la seconde moitié des années 90", s'appuyant sur des calculs réalisés par l'OFCE. L'euro est indirectement responsable, par le biais des politiques d'austérité imposés en France depuis 2011, pour ramener la compétitivité de la France au niveau de l'Allemagne, sans procéder à une dépréciation monétaire, d'environ 20% du chômage actuel"(sic). Pourtant, du caractère structurellement et profondément anti social de l'Union Européenne, il n'est jamais question dans les passages média des 17 élus LFI, JLM préférant mobiliser les sentiments populaires anti allemands vis à vis de Merkel, comme hier sur BFMTV.

Au courant "Rupture, Pouvoirs aux militants", nous condamnons très fermement ce reniement idéologique. Et réclamons le retour du plan B, mais dans sa version initiale de l'été 2015 !

 

 

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